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Au XVIIIe siècle  

La peinture et la gravure du XVIIIe siècle, si exactes dans la reproduction des intérieurs et du mobilier, nous présentent peu de montres car celles-ci avaient cessé d'être une rareté. Par contre, elles nous font voir de nombreuses pendules, en reproduisant jusqu'à leurs moindres détails extérieurs. C'est le cas des fines images d'un Moreau le Jeune ou d'un Freudenberger (souvent reproduites), sensibles au caractère hautement décoratif des pendules, des cartels de salon ou d'alcôve. L'étude seule de la gravure nous donne toute l'histoire de ces objets.

'La mécanique', dessin de Jean Jouvenet

Mais la peinture n'est pas demeurée en arrière et il suffit de se reporter à certains intérieurs de Boucher ou de Troy pour se rendre compte de ce que pouvait ajouter une belle pendule à l'harmonie d'un salon où converse l'élégante société qui connut plus que tout autre 'la douceur de vivre '.

La pendule, moins majestueuse que dans le siècle précédent, a pris des formes plus plaisantes durant la Régence, puis s'est laissée aller à la fantaisie de la rocaille, à l'équilibre nouveau de ces courbes ascendantes comme des vagues, jusqu'au moment où le style Louis XV s'assagit, en attendant l'harmonie plus froide, mais toujours élégante du style Louis XVI, néoclassique et pastoral.

N'oublions pas qu'au XVIIIe siècle de grands artistes ne dédaignaient point de créer des meubles, des pendules: 'En ce temps-là, a écrit Théophile Gautier, les peintres donnaient le dessin de tout. Ils fournissaient les modèles pour les fauteuils, les tapisseries, les trumeaux, les dessus de porte. Ils peignaient eux-mêmes les plafonds, les lambris, les écrans, les paravents, les carrosses, les soufflets, les clavecins, les tabatières et les éventails. Ils ne dédaignaient aucune besogne et faisaient tout ce qui concernait leur art. '

'Chez l'horloger', d'après l'ouvrage
allemand 'Les métiers', J.-P. Voit

La montre, redevenue moins épaisse, plus légère, est un objet nécessaire, par conséquent généralisé et simplifié. Mais dans la pièce riche, très répandue aussi, tous les genres de décor (gravure, ciselure, joaillerie et émaux) sont appliqués. L'ampleur décorative de la montre Louis XIV a fait place à une grâce plus brillante, à une esthétique faite d'accords ingénieux, à une grande finesse.

Cette montre n'est que rarement appliquée aux effets du costume qui la cache en général, bien qu'elle soit assez souvent encore attachée à la taille des élégantes. Mais la voici remise en évidence par le breloquier.

C'est dans la première moitié du XVIIIe siècle que les breloquiers ou châtelaines deviennent à la mode. Il s'agissait de bijoux compliqués et presque toujours très riches dont le décor s'harmonisait avec celui de la montre et donnait à celle-ci une importance qu'elle n'avait pas encore eue dans le costume. Le plus souvent, elle est placée dans le gousset de la ceinture, tandis que le breloquier pend au dehors, ayant à son autre extrémité des cachets, des clefs, des glands ou d'autres fantaisies.

Parfois, c'est la montre elle-même qui est suspendue au breloquier. Comme toujours, la complication conduisit à l'extravagance. Il fut à un certain moment de bon ton de porter deux châtelaines, comme on peut en voir dans quelques dessins de l'époque qui précéda immédiatement la Révolution française. En considérant la gravure célèbre 'la Bel paré' de St-Aubin, les Goncourt remarquent que 'les n& sur les jupes'. Toutes les dames portaient le breloquier.

Alfred Chapuis : De Horologiis In Arte