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Emaillerie et horlogerie  

L'union de l'émail et du métal est indissociable. Le second est indispensable à l'existence du premier, non seulement en déterminant sa composition mais aussi en lui servant de support. Cette alliance trouve son expression, au cours de l'Antiquité, sous l'empire bizantin puis au Moyen Age, dans la décoration d'objets de la parure et de l'habillement, d'objets lithurgiques et domestiques d'une extrême variété. Ainsi étroitement associée à la bijouterie et à l'orfèvrerie, l'émaillerie s'impose naturellement dans le nouvel art du métal, conjugué à celui de la mécanique, apparu sous la Renaissance : l'horlogerie portative.

Les applications de l'émaillerie à l'horlogerie constituent un sujet d'étude dense et varié, surtout illustré par des boîtiers et des cadrans de montres ainsi que, dans une moindre proportion, par des boîtes et des cadrans d'horloges ou des accessoires comme les clefs et breloquiers.

Entre 1600 et 1900, l'émail détient une place prédominante, uniquement comparable à celle de la gravure, dans l'ornementation des montres. Négligé dans la décoration des montres-bracelets du XXe siècle, il connaît actuellement un certain regain de faveur qui témoigne de l'admiration qu'il n'a jamais cessé de susciter.

Dans son état originel, l'émail est un produit incolore et transparent, s'apparentant au cristal. Il résulte du mélange (la fritte) de plusieurs matières : oxyde de plomb, sable siliceux, carbonate de potassium ou de sodium, chaux ou magnésie. Connue sous le nom de frittage, leur fusion est obtenue à une température de 1400 degrés. Réduite en poudre fine, la fritte est mélangée à divers oxydes métalliques qui déterminent ses couleurs, puis refondue. Elle est alors tirée du creuset à l'aide d'une louche et coulée sur des plaques métalliques où elle se vitrifie en forme de galettes. Entrecoupé de soigneux lavages à l'eau, le broyage des morceaux d'émail est effectué par l'émailleur dans un mortier en agate au moyen d'un pilon de même matière. Mélangée avec de l'eau, la poudre d'émail est posée à l'aide d'un pinceau, d'une plume d'oie ou d'une spatule sur un support métallique, en général de l'or ou du cuivre doré.

Depuis le XIXe siècle, des entreprises spécialisées livrent les émaux sous forme de morceaux, de baguettes ou de poudre. Les établissements Dufaux et Millenet, à Genève, ont été renommés dans cette spécialité. Actuellement les ateliers de fabrication sont en voie de disparition.

Catherine Cardinal : Splendeurs de l'émail