Elles garnissaient les cheminées de presques tous les foyers ouvriers de Belgique et du nord de la France. Les horloges en faïence se retrouvent aujourd'hui dans un musée bruxellois atypique.
C'est l'œuvre d'un passionné, Jacques de Selliers qui, dans le décor somptueux d'une maison art déco typiquement bruxelloise, a ouvert son musée afin de présenter les quelques 2600 horloges en faïence qu'il a amassées durant vingt ans. Ecumant les marchés aux puces de Bruxelles ou de Lille, il déniche les petites merveilles surréalistes qui trônaient fièrement dans les foyers ouvriers, remplaçant la télévision d'aujourd'hui. Témoignage de l'engouement populaire d'autrefois pour ces garnitures de cheminée, ce musée nous transporte dans l'entre-deux-guerres, période bénie pour les horloges en faïences qui doivent leur origine au développement de l'industrie mécanique.
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De gauche à droite, haut en bas :
- Garniture de cheminée par la fabrique de porcelaines et de faïences G. Bihl & Co. AG (Tchéquie). Dessin abstrait au pochoir, vers 1935.
- Garniture de cheminée de la petite faïencerie familiale boraine Lebrun (1036-1940).
- Garniture de cheminée d'origine probablement tchèque. Décor abstrait au pochoir, vers 1935. |
Les Tchèques exploitent la mode
Si, jusqu'au milieu du ?????A ?º??/XIXe siècle, les horloges sont réservées à une élite, elles se démocratisent petit à petit grâce une production industrielle qui permet d'abaisser les prix. La faïence, matériau peu coûteux de l'époque (équivalent de notre plastique d'aujourd'hui), servira dans les années 1920 à fabriquer ces fameuses horloges dont les Belges et les Français du nord sont friands. Les Tchèques ont également su exploiter cette mode et envahirent le marché dès 1930 avec des dizaines de milliers de modèles différents. C'est ainsi que dans les chaumières du nord de l'Europe, cet objet parfois un peu kitsch devient vite l'élément de décoration indispensable. Afin de répondre aux exigences, les faïenciers débordèrent d'imagination et créèrent des horloges bourgeoises en faux bronze, des ornements de temples grecs décorés d'animaux. Certaines étaient assorties aux papiers peints, d'autres, plus audacieuses, s'inspiraient des peintres avant-gardistes. On y retrouve aussi l'Angelus de Millet, une réplique du paquebot Normandie ou encore des pyramides égyptiennes ! Bref, tout fut essayé, du plus mauvais goût au plus original ! Il faudra attendre l'arrivée des montres bracelets pour les voir disparaître petit à petit, reléguées au fond des greniers des grand-mères ou exportées vers les pays du tiers monde. En tentant de se débarrasser de ces objets, notre société a impitoyablement renié une culture populaire, pourtant créative puisque sans préjugés artistiques. L'erreur est maintenant réparée grâce à ce musée atypique 'de la première horloge de monsieur tout le monde' comme l'a rebaptisé son initiateur.
Vinciane Moeschler
Clockarium, 163, boulevard Reyers, 1030 Bruxelles. Ouvert tous les dimanches pour une visite guidée à 15h05 Tél. (0032) 2 732 08 28. www.clockarium.com
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