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Bovet de Chine ou la saga d'une famille de pionniers  


Pascal Raffy,
président de Bovet Fleurier SA.

En 1822, Edouard Bovet arrive à Canton avec la ferme intention de créer sa propre entreprise. Il n'a pas froid aux yeux. En plus du monopole exercé par la Compagnie des Indes orientales, rares sont les marchands occidentaux autorisés à s'installer en Chine. Seul le port de Canton tolère leur présence. Ce qui ne veut pas dire qu'une fois sur place, ils sont libres de leurs mouvements. Pour démarrer leurs affaires, il leur faut encore passer par l'intermédiaire de la guilde locale. Celle-ci décide des prix et des contingents.

Quant à la situation helvétique, elle n'est guère plus favorable. Conséquence du blocus continental imposé par Napoléon Ier, l'activité horlogère est à la traîne. Mais les Chinois sont fascinés par les montres et la concurrence est faible.

Une botte secrète

A l'époque, Edouard a 24 ans. Né en 1797 à Fleurier, dans le Val-de- Travers, il est fils de maître horloger. C'est donc sur les pas de son père qu'il forgera sa carrière professionnelle. D'abord dédiée aux échanges entre la Suisse et l'Empire du Milieu, l'entreprise artisanale deviendra rapidement une véritable industrie.

Son secret: la 'montre chinoise '. Un garde-temps d'un nouveau genre. Fabriqué en Suisse pour l'exportation, il est conçu pour résister à la forte humidité du climat chinois. Son boîtier, de forme 'bassine', dissimule un cadran bombé, parfois peint de caractères chinois symbolisant les douze signes du zodiaque.

Chronographe automatique en acier de la ligne 'Sportster'. Sur le cadran blanc, des caractères chinois ont été peints, tout comme la minuterie. Un témoignage de l'attachement que porte la marque au commerce avec la Chine.
Montre de poche émaillée Bovet, vers 1835. Boîte en or 18 carats, carrure et lunette serties de demi-perles entourées d'émail champlevé en bleu cobalt et lie de vin.
Mouvement Prestige à remontage automatique de la montre Fleurier. Très fine, cette pièce évoque les montres de poche ornementales commandées par la cour impériale de Chine.

Les plus beaux exemplaires enchantent par leur raffinement et par leur précision. Décorés à Genève par les plus fameux artistes du XIXe siècle, ils arborent d'exquises miniatures peintes sur émail, opposées par paire. Les motifs les plus courants se déclinent en bouquets de fleurs aux couleurs délicates, ainsi qu'en portraits de femmes au teint laiteux. Autant de petits chefs-d'œuvre rehaussés de fines gravures, de perles serties ou de pierres précieuses incrustées. Quant au mouvement, richement gravé, il est pour la première fois rendu visible par un double fond transparent.

Expédiées en Chine par bateau, les pièces voyagent durant des mois. Pour éviter que la réparation d'une montre endommagée mine son propriétaire pour de longs mois, Bovet les vend par paire. Il semble que cette particularité réponde également à l'amour des Chinois pour la symétrie et la juxtaposition des contraires. A la manière d'un yin et yang entrelacés, les dessins émaillés se répondent en effet comme reflétés par un miroir.

Très en vogue jusqu'aux années 1880, la montre chinoise finira par décliner, avant de disparaître en 1910.

Sylvie Guerreiro

Un lien privilégié

Avec la fabrication de ses montres à Fleurier, l'expédition à Londres et la vente à Canton, les Bovet contrôlent, dès le début, chaque étape de leur commerce avec la Chine. Mais à la fin des années 1830, la concurrence se fait vive. Six ans plus tard, les Bovet plongent même dans une situation économique préoccupante. Elle s'étendra jusqu'en 1842.
Forcée de vendre certaines montres au prix de fabrique, l'entreprise envisage alors de changer d'activité. Il faut dire qu'entre 1839 et 1842, en raison de la première guerre de l'opium, la libre circulation des marchandises est empêchée par les Anglais. Ces derniers sont excédés par la soumission forcée des marchands européens à l'arbitraire des Chinois. Le blocus prendra fin avec le traité de Nankin (août 1842). Celui-ci cédera Hong Kong aux Britanniques, permettra d'ouvrir cinq ports au libre commerce étranger et hissera l'entreprise Bovet au sommet de la pyramide.
Aujourd'hui devenue Bovet Fleurier SA, la marque renforce ce lien privilégié avec l'Asie. Notamment par son souci de qualité et son sens du détail. Auxquels il faut ajouter une grande maîtrise de l'art de la gravure et de la peinture sur émail.
Les filiales de Bovet Fleurier à Hong Kong et au Japon confortent également cette présence historique en Asie.

Bovet Fleurier SA,
rue Ami-Lévrier 9,
1201 Genève,
tél. 022 731 46 38
www.bovetfleurier.ch