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Breguet a redonné vie à une montre de reine
Publié le 15 Décembre 2007
 
REVUE DE PRESSE >


La Marie-Antoinette n’a jamais pu être portée par la malheureuse souveraine. Une montre revendiquée comme l’originale aurait regagné son musée israélien.


Le prototype reconstitué par Breguet  est aujourd’hui presque terminé,
DR/AFP

 

Un zeste de technologie, une pincée de tragédie, un soupçon d’escroquerie et une louche de mystère. Le tout auréolé d’un parfum de luxe. La Marie-Antoinette a de quoi faire rêver le monde de l'horlogerie.Cette montre Breguet d’une grande complexité aurait été commandée en 1783 pour la reine par un mystérieux admirateur, sans être jamais portée par la malheureuse souveraine décapitée. Deux siècles plus tard, elle était volée dans le musée de Jérusalem qui l’abritait, disparaissant de la circulation durant plus de vingt ans.

Aucune limite de prix…

Qu’à cela ne tienne. Après avoir racheté la manufacture de la vallée de Joux, fondée en 1775, le président de Swatch Group, Nicolas Hayek, a décidé de redonner vie à cet objet de légende en rééditant la montre. Après quatre ans de travail, Breguet vient d’achever le prototype, même si les décorations manquent encore. Un long développement qui reflète la complexité de la démarche.

Car la Marie-Antoinette, achevée plus de trente ans après le décès de la reine, est une pièce d’exception. Son commanditaire n’avait fixé aucune limite de prix, ni de temps, pour réaliser la montre, exigeant seulement qu’elle comporte toutes les complications horlogères de l’époque.

Or cette richesse technique du passé a dû être restituée à l’aide d’une seule photo et de quelques rares documents. «Nous avons dû retrouver comment fonctionnait la montre à partir de l’esthétique», précise Christian Lattmann, chef de produit chez Breguet. Une cellule spéciale, dotée de quelques orfèvres, a d’ailleurs été montée à cet effet.

Enfin retrouvée?

Mais tandis que ce bijou attend d’être présenté au Salon de Bâle, en avril, la montre d’origine refait parler d’elle. Le mois dernier, un journal israélien a en effet annoncé qu’elle avait été retrouvée et avait regagné son musée. Un coup dur pour sa copie? Au contraire, assure Breguet. «A plus de 200 ans, la montre reste toujours la cinquième plus grande complication au monde et nous serions extrêmement contents de pouvoir les montrer côte à côte», explique Christian Lattmann.

La manufacture reste toutefois prudente face à cette révélation, car elle a déjà déchanté suite à des découvertes qui se sont révélées infondées. «Nous avons demandé au musée de Jérusalem de voir la montre retrouvée, mais n’avons pas encore obtenu de réponse», précise le chef de produit.

Bel investissement

La réédition de la Marie-Antoinette conserve donc son intérêt aux yeux de la maison Breguet. D’autant plus que ce plongeon dans le passé lui a permis d’inventer l’avenir. «Le fait de comprendre des pièces exceptionnelles permet de se projeter dans le futur. Le projet a fait naître de nombreuses idées de mécanismes et réapparaître des métiers et des outils perdus au fil du temps. »

Un patrimoine technique ressuscité au prix d’importants investissements. Les futurs propriétaires de cette montre faite d’or et de cristal de roche s’en souviendront au moment de payer ce bijou, dont le prix n’a pas encore été divulgué (lire ci-contre).

Le trésor n’a pas encore de prix

La réédition de la Marie-Antoinette a exigé quatre ans de développement et le recours à des matériaux de luxe. Combien vaudra cet objet sur le marché? La manufacture Breguet n’a pas encore défini son prix et n’entend pas dévoiler d’approximation. «Mais il ne pourra certainement pas amortir le travail accompli», commente Christian Lattmann.

Et son modèle d’origine? En 2004, Jean-Claude Sabrier, expert en horlogerie estimait que la montre dépasserait en valeur n’importe quelle pièce d'horlogerie, soit plus de 12 millions de francs. Une valeur jugée beaucoup trop élevée par Nicolas Hayek: «Ce n’est plus une montre unique, car nous en avons refait une, qui est encore meilleure. » Le président pense donc que la Marie-Antoinette originale ne devrait pas valoir plus que la Joséphine et la No 5, des montres Breguet uniques que le groupe a acquises pour 1,2 et 1,5 millions de francs.

Quoi qu’il en soit, Breguet assure que cette réédition – une démarche rare dans l'horlogerie – n’est pas une affaire commerciale. «Nicolas Hayek l’a fait par passion. Il avoue même que c’est la première fois qu’il entreprend un projet sans avoir décidé s’il ferait une pièce unique ou plusieurs», précise Christian Lattmann.

Marketing ou pas, Breguet compte désormais sortir des Marie-Antoinette au compte-gouttes et projette peut-être de renouveler l’expérience en rééditant la montre de l’impératrice Joséphine.

24 Heures / LAURE PINGOUD / www.24heures.ch