English | Français
«Notre meilleur atout anticontrefacon il n’y a aucun investissement»  


INGÉNIEUX Frédéric Jordan (à g.) et Martin Kutter ont créé un système qui lutte contre les contrefaçons. Il s'agit de points microscopiques qui peuvent être imprimés avec une simple imprimante de bureau. Les marques les dissimulent sur leurs emballages. Yvain Genevay

«S'il y a un marché qui se porte à merveille, c'est bien celui de la con­trefaçon… Et ça nous arrange», ri­gole Martin Kutter, cofondateur de la petite entreprise AlpVision, basée à Vevey (VD). Comme son compère Frédéric Jordan, il a le sourire. Et il y a de quoi. Tous deux ont inventé et commercialisé un système de lutte contre les contrefaçons qui orne déjà 100 millions de produits dans le monde! «Il s'agit de minuscules points jaunes de 40 microns de dia­mètre, invisibles à l'oeil nu, qui sont imprimés sur l'emballage», explique Frédéric Jordan. Il suffit de passer l'emballage dans un simple scanner de bureau, puis le logiciel conçu par AlpVision dira im­médiatement s'il s'agit d'un vrai ou d'un faux. Aux marques, ensuite, de traquer les faus­saires.
«Les points, in­copiables, peuvent être disposés sur tout l'emballage, on ne peut donc pas les enlever ou les gratter, en­chaîne Frédéric Jordan. Et surtout, notre meilleur atout, c'est qu'il n'y a aucun investissement: nos clients peuvent imprimer notre cryptogly­phe, comme nous l'appelons, avec n'importe quelle imprimante.» Les commandes affluent et la pe­tite entreprise de neuf personnes née en 2001 est rentable depuis 2004. Mais pas un mot sur les clients. «On est tenu à la discré­tion, explique Martin Kutter, les marques n'aiment pas que tout le monde sache qu'il existe des copies de leurs produits.» Les deux patrons avoueront tout de même travailler avec le gouverne­ment éthiopien comme avec une grande banque helvétique. Mais leur invention peut aussi servir pour les tickets de loterie, billets de banque, documents officiels et, surtout, pour les produits pharmaceutiques. «Là, c'est même parfois une question de vie ou de mort, lance Martin Kutter. En Inde, par exemple, on estime que les contrefaçons de médicament tuent des milliers de gens.» Martin Kutter a 37 ans et est Thurgovien d'origine. Quant à Fré­déric Jordan, il a un an de plus et est Français. Ils se sont connus il y a dix ans dans les laboratoires de l'EPFL, à Lausanne. Depuis, ils ne se sont plus quittés et fourmillent d'idées. «Notre innovation peut aussi servir au grand public, raconte Frédéric Jor­dan. Imaginez: vous êtes à Bangkok et voulez savoir si une Rolex est vraie ou fausse. Vous photographiez l'em­ballage avec votre mobile, envoyez le MMS à un serveur central qui vous renvoie la réponse en quelques se­condes. » Cette version n'a pour l'instant pas trouvé preneur. Peut­être parce le touriste sait déjà très bien que la montre est fausse…

 

Le Matin / Renaud Michiels / www.lematin.ch