L'industrie du fer laminé est une des grandes aventures du XIXème siècle. Avec sa fabrication en grande quantité à partir de 1845 il devient disponible pour la création d'ouvrages monumentaux, voies ferrées, ponts, tours, palais, etc. Créant alors une mode à laquelle l'horlogerie n'échappera pas !
La collection exceptionnelle qui vous est présentée dans cet ouvrage fut composée par un collectionneur patient qui sur une période de plus de 20 années rassembla pour notre bonheur plus de 220 montres, toutes intéressantes et originales. Les illustrations en sépia représentent des montres d'intérêt historique ou stylistique, qui ne font pas partie de la collection.
La maison F.P.JOURNE, S.A., devenue gardienne de cette collection, vous propose un ouvrage rédigé par les meilleurs auteurs du moment. Ces auteurs vous expliqueront dans un récit passionnant que ces montres ont comme point commun de départ leurs boîtiers en acier brunis, mais surtout une diversité de modèles et de techniques qui préfigurent l'histoire de la montre bracelet. Ils vous décriront la technique de ces créations 'grand-public' en expliquant leurs origines parfois remontant jusqu'au XVIIème siècle et mettront en lumière une période où la créativité pour une horlogerie entièrement ludique existe rarement à ce point dans la montre précieuse.
Il est vrai que l'acier a des propriétés techniques spécifiques, mais il est utilisé majoritairement dans l'horlogerie pour son bas prix. Alors je profite de ces lignes pour présenter la seule montre F.P.JOURNE avec boîtier en acier. Paradoxalement cette montre est la plus chère de ma collection car ce modèle extrêmement technique 'Grande Sonnerie' m'a demandé 5 ans de développement aboutissant à des innovations réclamant pas moins de 10 brevets d'invention. Cette montre hors du commun est habillée d'un boîtier fait d'acier. Pourquoi ce choix ? Simplement parce que l'acier est de nature cristalline contrairement au platine et il est plus à même de conduire les vibrations de la sonnerie vers l'extérieur de cette montre dont le boîtier se devait aussi d'être étanche. L'acier est donc utilisé ici pour ses qualités mécaniques. La platine par contre, et tous les ponts du mouvement, sont, comme toutes les montres de la collection F.P.JOURNE exclusivement fabriqués en or 18 carats de couleur rose.
Les créations dévoilées dans cet ouvrage font partie d'un patrimoine commun. Plutôt que de les conserver cachés j'ai fait le libre choix de les montrer. Et espère que ceux qui s'en inspireront pour leurs prochaines créations rendront à César ce qui lui appartient, en toute modestie.
François-Paul JOURNE
Les origines et les raisons du développement des montres en acier bruni
Au cours de la seconde moitié du XIXème siècle, la production, comme la commercialisation des montres ont été profondément bouleversées. Les ' Régulateurs ' sont nés de la combinaison d'un grand nombre de facteurs d'ordre scientifiques, économiques, politiques, technologiques, industriels et commerciaux.
Jusqu'au milieu du XIXème siècle, seuls trois types de montres étaient produits : les montres de grand luxe, les montres à usage scientifique ou professionnel et les montres d'un usage courant.
Qu'elles aient été réalisées en métal précieux richement ciselé, ornées d'un décor émaillé, serties de pierres précieuses, dotées d'un mouvement de précision ou à grandes complications, les montres de grand prix étaient le plus souvent ' établies ' en séries très limitées et même souvent à un seul exemplaire, par des artisans joailliers ou des horlogers hautement qualifiés, pour une clientèle privilégiée. Cadeaux princiers, elles étaient traditionnellement offertes à des visiteurs de marque, au cours des voyages officiels, à l'occasion de traités politiques ou d'accords commerciaux. Ces montres d'exception étaient souvent destinées à l'exportation vers la Chine, les Indes ou les marchés islamiques.
Les montres d'un usage courant étaient généralement produites dans les grands centres tels que Paris, Londres ou Genève, par des ' établisseurs ' qui les concevaient, mais sous-traitaient la majeure partie de leurs composants, se contentant de l'assemblage, du ' finissage ' et du ' réglage '. Généralement en argent, les plus courantes étaient produites dans le Haut Jura, en Suisse comme en France, par une main d'œuvre peu qualifiée, constituée de cultivateurs, bloqués par le mauvais temps huit mois par an. Ils travaillaient en famille, dans l'unique pièce à vivre de leur ferme, à des tâches répétitives ne requérant qu'un outillage rudimentaire et de petit volume. Les pièces ainsi réalisées étant ensuite recueillies puis assemblées et terminées dans les grands centres, tels que Neuchâtel ou Genève.
Cette organisation de la production se développa tout au long du XVIIIème siècle, sans pour autant permettre une véritable démocratisation du marché ; les montres restant d'un prix relativement élevé. D'une manière générale, une montre était précieusement conservée toute la vie durant, par son propriétaire et faisait l'objet d'un leg à l'un de ses enfants, comme un de ses biens les plus précieux.
Vers 1890, les montres les plus simples, les plus économiques aussi, de qualité dite ' bon courant ', à remontage à clef, échappement à cylindre, placées dans des boîtiers en métal blanc imitant l'argent (métal argenté, nickel, argentan …). étaient vendues de 8 à 20 francs vers 1890.
Les mêmes mouvements mais dorés et de finition plus ' soignée ', étaient dotés d'une boîte d'argent (au titre légal de 0,800), mais leur prix en était alors plus que doublé. Placés dans une boîte d'or, leur prix pouvait atteindre 150 à 300 francs, selon le poids du boîtier, sans pour autant leur conférer une plus grande précision, ni que leur finition soit véritablement plus soignée.
Sachant que le boîtier d'une montre de poche en or, vendue 250 francs, pesait environ 30 grammes et que son mouvement était identique à celui d'une montre en argent de 40 francs, la plus value par gramme d'or, était d'environ 7 francs ; soit 7000 francs par kilo, alors que le gramme d'or brut, était alors vendu 3,2 francs, soit 3200 francs le kg. Il fallait, bien entendu, majorer ces prix, des frais de la garantie.
Au cours du XIXème siècle, les montres à cylindre ont progressivement remplacé les robustes montres à verge, produites depuis plus de deux siècles et qui étaient encore commercialisées vers 1860. Le plus souvent en argent, ces montres étaient destinées à une clientèle rurale_. Leur prix en 1860, était de l'ordre de 30 à 50 francs, selon leur dimension.
La première véritable manufacture d'horlogerie a été fondée par Frédéric Japy en 1777 à Beaucourt (Territoire de Belfort), où il employait déjà 50 ouvriers à la fabrication d'ébauches de montres, avec un outillage perfectionné de son invention. Dès 1801, il employait 300 ouvriers et sortait déjà 100.000 ébauches par an, En 1805 il prit des brevets pour une machine à fraiser, une machine à tailler les engrenages, un tour à vis et une machine a découper les roues. Dès lors, toutes les conditions d'une véritable production industrielle étaient réunies. Ce fut chose faite avec son association en 1807, avec ses trois fils, Fritz, Louis et Pierre et la création en 1819, d'une nouvelle fabrique de blancs roulants_ de mouvements de Paris_, qu'ils vendaient à l'époque de l'Exposition Universelle de Londres en 1851, au rythme de 60.000 exemplaires et de 500.000 ébauches de montres par an. L'étape suivante fut franchie en 1855, grâce à Pierre Frédéric Ingold, avec l'invention des fraises à tailler les roues. C'est enfin à Georges Frédéric Roskopf, que nous devons, la première véritable montre du prolétaire (1868), pour laquelle toutes les méthodes de fabrication, ont dues êtres repensées. Parallèlement, avec la généralisation des perfectionnements apportés par Adrien Philippe au dispositif de remontage au pendant, en 1844, puis son invention du pignon coulant, pour la mise à l'heure, en 1845, la conception, comme la forme et les méthodes de fabrication des boîtiers, ont dû être reconsidéré.
Les conditions de travail des artisans comme des ouvriers ont rapidement évolué tout au long de la seconde moitié du XIXème siècle,. Avec l'avènement du capitalisme libéral, l'extension de l'industrie, la liberté des mouvements de capitaux, l'interdépendance croissante des systèmes monétaires et bancaires, comme le prodigieux accroissement du volume des échanges commerciaux, contribuèrent à l'extension et à l'internationalisation des crises, qui se sont succédées, presque sans discontinuité, jusqu'au jeudi noir du 24 octobre 1929, marquant le début de la Grande Crise.
Des mesures législatives ont tenté de réguler la production afin de maintenir des critères de qualité suffisants. Les syndicats se sont développés tant pour la défense des intérêts des ouvriers que ceux des employeurs. On s'est aussi préoccupé de la formation en ouvrant diverses écoles professionnelles d'horlogerie.
La concurrence des deux systèmes de production alors en vigueur: l'établissage artisanal traditionnel, en régression d'une part, les fabriques et manufactures, en fort développement, a eu pour effet de faire chuter les salaires de plus de 50 % en une quinzaine d'années. Un chef de famille ne parvenait plus à subvenir aux besoins de sa famille avec le fruit de son travail.
Les crises de l'industrie horlogère liées à ce changement de mode de production furent très sévères dans les principaux pays européens producteurs (France, Suisse, Grande-Bretagne). Elles bouleversèrent de fond en comble l'équilibre et les habitudes solidement ancrées depuis des générations, dans ce secteur traditionnellement conservateur.
Telle était donc la situation, au moment de l'introduction sur le marché, des montres en acier bruni, qui sont nées de la combinaison d'un grand nombre de facteurs d'ordre politiques, sociaux, économiques et techniques.
L'avènement de l'ère industrielle à la fin du 19ème siècle a radicalement changé les conditions de travail, comme les techniques de production. Ses conséquences ont été spectaculaires dans le domaine de l'horlogerie, sur le marché des montres en particulier, dont le prix s'est considérablement démocratisé. Alors que les montres de qualité, réservées à l'aristocratie et à une certaine bourgeoisie, étaient toujours fabriquées en petites séries par des artisans d'élite, les horaires rigoureux imposés par le travail en usines et le développement du chemin de fer, ont rendu l'usage des montres, indispensable à l'ensemble de la population. Enfin, avec la guerre de 1870 et les campagnes coloniales, qui se sont déroulées jusqu'à la Grande Guerre de 1914-1918, il fallut équiper tous les militaires de montres purement utilitaires, robustes et fiables, produite à bas prix en très grandes séries.
Les montres en acier bruni firent donc leur apparition et leur production s'est développée, peu après la fin de la Guerre de 1870. En raison en premier lieu, des charges considérables, engendrées par le contrôle des métaux précieux, le prix des montres en or étant devenu excessif. Ainsi en 1907, une montre de 30 grammes, commercialisée par Venot Frères et Cie., était vendue en or au prix de 320 francs, alors que la même montre, en acier ou en nickel, ne valait alors que 42 francs.
Par ailleurs, les contraintes protectionnistes des Douanes, la lutte contre la contrebande, les règlements tatillons des Postes, interdisant les envois d'objets de valeur, entravèrent considérablement le commerce des montres de métal précieux, tout en favorisant celui des montres en métal, qui pouvaient alors circuler librement et qui n'étaient pas taxées.
L'usage de la montre par ailleurs, s'étendant désormais, à toutes les classes de la société, toutes les conditions étaient réunies, pour que la production industrielle d'une ' montre de prolétaire ' puisse se développer dès 1868. Cette production a aussi été grandement favorisée par l'essor de la sidérurgie française, résultant de l'introduction de nouvelles méthodes de production et de traitement de l'acier._
L'industrialisation du façonnage a permis de réduire prodigieusement les coûts de production, par rapport à la fabrication, alors pratiquement artisanale, des boîtiers en métal précieux. Il en résulta des écarts de prix considérables, entre le prix des boîtes en acier et celui des boîtes en or. Se substituant progressivement au travail à domicile, le développement des manufactures d'horlogerie dotées d'un outillage perfectionné, a permis la production des mouvements de montres en grande quantité, avec une main d'œuvre de moins en moins qualifiée. Leur prix de revient a pu ainsi, être aussi diminué, dans de larges proportions.
Dans un même temps, avec l'invention du remontage au pendant et sa généralisation grâce aux perfectionnements introduits par Adrien Philippe dans ce domaine (1844), et les progrès importants apportés aux méthodes de fabrication des mouvements, par les travaux de Pierre Frédéric Ingold (1855) et de Georges Frédéric Roskopf (1868) et, la production des boîtes de montres, a du être entièrement reconsidérée.
L'usage de l'argentan_ et autres métaux blancs, alliages de fer, de nickel, de cuivre ou de zinc, a permis de réduire prodigieusement les coûts et les temps de production, par rapport à la fabrication traditionnelle, jusqu'alors pratiquement artisanale, des boîtiers en métal précieux. Ces métaux présentaient en effet l'avantage de se façonner aisément et de bien résister à l'oxydation, ils étaient en revanche relativement fragiles, malléables, sensibles à l'usure et à la déformation.
L'arrivée d'équipements lourds, comme les machines et les presses à découper, à étamper et à emboutir, entraînées par la force hydraulique, la vapeur puis l'électricité, permit la production de boîtes en acier bruni.
Improprement désigné en Angleterre par le terme gunmetal, qui signifie littéralement ' métal à arme ', mais qui était à l'origine une variété de bronze, l'acier bruni était déjà utilisé depuis fort longtemps par les armuriers, pour la fabrication des pistolets comme des canons de fusils. Il était déjà particulièrement apprécié par les chasseurs comme par les militaires, pour sa robustesse, sa résistance à l'usure et à toutes formes de corrosion dans un usage courant. Il fallut cependant perfectionner les méthodes industrielles de brunissage, avant qu'il puisse s'imposer pour la fabrication des boîtiers de montres à la faveur des nouvelles techniques de façonnage. Le brunissage, consiste à traiter chimiquement la couche superficielle de l'acier dans un gaz ou un liquide, qui transformait sa surface, en oxyde de fer inaltérable, de couleur noire.
Par leur prix de revient, relativement modique, les boîtiers de montres en acier bruni présentaient donc de multiples avantages. Le revers de la médaille étant, qu'ils requéraient pour leur usinage, des méthodes de production plus proches de celles de l'industrie que de l'artisanat. Il en résulta une certaine standardisation, qui ne se prêtait guère à de nombreuses fantaisies, quant à leurs formes et à leurs décors ; limités le plus souvent à des ornements sur- ajoutés en métal doré. L'usage de l'acier bruni, a donc eu pour première conséquence, la production d'une très grande variété de montres, ne se distinguant pratiquement, que par leurs caractéristiques techniques, l'affichage de l'heure et par leurs cadrans, dont la variété des décors à permis le développement de modèles, destinés à des catégories de clients, dont les origines socioprofessionnelles étaient les plus diverses, favorisant ainsi l'avènement de nouvelles techniques de ventes.
Il en est ainsi, par exemple, pour les grosses montres, improprement appelées ' Régulateurs ', dont le plus grand nombre était en premier lieu destiné aux employés du chemin de fer, qui était alors en pleine expansion. Elles étaient vendues par des colporteurs qui s'efforçaient d'accréditer l'idée, qu'en raison de leur métier, ils avaient impérativement besoin d'une montre de précision (d'où leur nom de ' régulateur '). La technique consistait à en vendre une, au chef de station, la plupart de ses subalternes souhaitaient alors en acquérir une semblable.
Bien qu'elles étaient souvent d'une qualité médiocre, en raison de leur grande taille (24 lignes, soit 55 mm de diamètre environ) elles étaient robustes et réglaient en fait, relativement bien. Il en existait de multiples modèles. La boîte, parfois unie, était le plus souvent ornée de deux frises de métal doré, en applique sur la lunette et en bordure du fond. Selon leurs prix , les cadrans étaient en émail blanc, simplement marqués du mot ' Régulateur ' ou agrémentés de chiffres, peints sur des cartouches circulaires d'émail flinqué_, de nombreuses couleurs. Ils étaient souvent ornés d'une locomotive. Leur succès fut tel, que de très nombreux ' Régulateurs ' furent produits en Franche Comté, pour toutes sortes de publics.
La nécessité cependant, d'abaisser toujours plus, les coûts de fabrication de toutes les montres, conduisit à une surproduction, qui engendra une succession de crises sans précédent, qui affectèrent l'ensemble de l'industrie horlogère, à compter de 1875.
Condamnés pour survivre à tous les compromis, depuis la production de montres de pacotille, nécessairement d'une qualité fort médiocre, jusqu'à des techniques de vente, parfois contestables, en passant par les contrefaçons et les plagiats, les fabricants ont tout essayé. Tous les coups étaient permis, tous les arguments utilisés.
Un des avatars de cette surproduction, les montres de pacotilles_ à elles seules constituent un véritable phénomène économique.
L'importation massive de montres américaines_, fabriquées mécaniquement dans des usines modernes, comme l'abaissement, au-delà du raisonnable, de la qualité de certaines productions européennes, entraînèrent la saturation du marché par des montres de bas prix et de mauvaise qualité.
Destinées à rivaliser avec les montres américaines, Waterbury en particulier, dont le mouvement était fabriqué selon la technique des réveils, avec un échappement duplex estampé, ces produits rudimentaires, dont le cadran pouvait être de métal imprimé ou même de papier, étaient généralement dotés d'un mouvement économique dérivé du ' Roskopf ', mais d'une finition bien moins soignée. Elles étaient parfois encore munies d'un échappement à cylindre de médiocre qualité, largement dépassé depuis la généralisation de l'échappement à ancre.
Produites en métal courant pour en abaisser le prix, mais aussi pour échapper aux diverses contraintes douanières, aux charges de la garantie_ et à la loi du 19 brumaire an VI - Article 74 -, relative au commerce et au colportage de la bijouterie _, leur prix était compris entre 2 et 3 francs ! Cette production parasite a fait un tort considérable à l'ensemble de l'industrie horlogère de la fin du XIXe ; notamment aux montres d'apparence similaire mais de qualité courante.
Ces produits de mauvaise qualité étaient parfois offerts en prime, par les Journaux notamment, ou vendus hors des circuits habituels de distribution par de faux marins, soldats, courtiers, petits fonctionnaires, aubergistes, colporteurs et autres charlatans, au grand dam des horlogers détaillants, à qui on les apportait très rapidement pour réparation ou des réglages souvent impossibles, compte tenu des graves défauts constitutifs
Trompés sur la qualité, les clients non avertis, faisait retomber sur la profession toute entière, le poids des indélicatesses dont ils avaient été les victimes
Un texte de Victor Garrel, publié en juin 1885 dans le N°1 de ' L'UNION HORLOGERE ' de Besançon. (Revue scientifique, pratique, industrielle & commerciale. Tribune des Horlogers, Bijoutiers, Orfèvres & Opticiens) rend parfaitement compte, du poids de ces montres de pacotilles, sur la situation économique de l'époque._
Cette période, particulièrement favorable à la créativité, s'étend de 1870, jusqu'à l'avènement de la montre-bracelet, peu après la fin de la Grande Guerre (1914-1918). Un très grand nombre de brevets ont été obtenus, pour l'affichage de l'heure, des décors particuliers, des mécanismes et des caractéristiques techniques, dont certaines prêtent à sourire, mais d'autres ont inspiré le développement de la plupart des montres, commercialisés de nos jours. Quelques-unes de ces montres enfin, de très grande qualité, ont été réalisées par les élèves des écoles d'horlogerie, présentées à des concours de chronométrie ou encore spécialement construites pour le dépôt d'un brevet, par d'ingénieux horlogers indépendants, qui ne disposaient pas de moyens financiers suffisants pour les doter d'un boîtier de métal précieux.
Texte extrait de l'ouvrage ' Steel Time ', 310 pages, plus de 300 illustrations, édité par François-Paul Journe, en vente uniquement au Centre international de documentation sur l'horlogerie (CIDH), 9, rue Lévrier, 1201 Genève, tel 022 906 85 85, au prix de 120 francs
The industry of laminated iron was one of the great adventures of the 19th century. Produced in large quantities as of 1845, the material was used in railways, bridges, towers, and innovative buildings. The fashion spread to all walks of life, and not the least horology! The exceptional collection shown in this book was assembled by Jean Aubé. For over 20 years, this patient and knowledgeable collector sought out and acquired more than 220 watches, each with its own particular fascination and character. The illustrations in sepia are not part of the collection; they represent watches of historical or stylistic importance. MONTRES JOURNE S.A. is privileged to be the guardian of this collection, and has chosen to devote a book to it, written by today's most notable experts. Their lively study shows how these watches, though they share the common denominator of gunmetal cases, in fact demonstrate a wide variety of styles and techniques that pre-figure the wristwatch. The authors describe the techniques employed in the creation of these “everyman's” watches, tracing some of their history as far back as the 17th century. They paint a captivating picture of a new type of watch that was both egali-tarian and -- fun! Rarely has such playfulness been seen in horology, and almost ne-ver in the field of “high quality” watches. Steel has generally been employed in horology for its low cost. I take this occasion to present the only F. P. JOURNE watch with a steel case. This watch, paradoxically the most expensive of my collection, is a technically demanding 'Grande Sonnerie'. Five years were required for its development and its innovations resulted in no fewer than ten patents. This exceptional watch is housed in a steel case, simply because steel - which unlike platinum is crystalline in structure - is a better conductor of sound, and the case, in order to be watertight, can have no openings. Steel is thus used for its physical and mechanical qualities. Like all F. P. JOURNE watches, the movement's plate and bridges are made exclusively of 18 carat pink gold. The watches revealed in this book are part of a common heritage. Rather than kee-ping them hidden, I have chosen to show them to the public. It is my modest hope that those who are inspired by them for their future creations will give to Caesar what belongs to him.
François-Paul JOURNE
The Origins of Gunmetal Watches
During the second half of the 19th century, profound changes occurred in the production and commercialisation of watches. A combination of a great many factors - scientific, economic, political, technological, industrial and commercial - gave rise to the development of regulators.
Until the mid 19th century, only three types of watches were produced: expensive or luxury watches, watches for scientific or professional use, and ordinary watches.
Expensive watches, whether they were made of elaborately chased precious metals, embellished with enamel decoration, set with precious stones, or fitted with a precision movement or a movement with many complications, were usually produced for an elite clientele in very small series - and often as one-of-a-kind pieces - by jeweller-craftsmen or highly skilled watchmakers. They often served as princely gifts presented to important people during official visits, when political treaties were signed or when commercial agreements were reached. These exceptional watches were often destined for exportation to China and India, or for the Islamic market.
Ordinary watches were generally produced in large centres such as Paris, London or Geneva, by établisseurs who designed them but outsourced the production of most of their components, themselves doing only the assembly, finishing, and adjustment. Generally made of silver, the most common type were those made in the Swiss or French High Jura by a little-trained corps of workers consisting mostly of farmers who were obliged to seek other employment during eight months of the year. Whole families worked together in one-room farmhouses, executing repetitive tasks that required only a few rudimentary tools. The pieces they produced were sent to large centres such as Neuchâtel or Geneva, where they were assembled and finished.
Production was organised in this manner throughout the 18th century, though it never resulted in a true democratisation of the market, for the watches remained relatively expensive. Generally, a watch was jealously guarded by its owner throughout his or her lifetime and was then handed down to a descendant as one of the owner's most prized possessions.
Towards 1890, the simplest and the least expensive watches, of a quality that was called 'bon courant' (literally 'good ordinary'), featured key winding and a cylinder escapement. Fitted in white metal cases that looked like silver (silvered metal, nickel, argentan, etc.), they sold for between 8 and 20 francs.
The same movements, but gilt and more carefully finished, were placed in silver cases (with the legal standard of 0.800); these sold for more than double the price of the others. When fitted in gold cases, with no difference in precision or finishing, their prices could go as high as 150 to 300 francs, depending on the weight of the case.
A gold pocket watch with a case weighing approximately 30 grammes and a movement identical to that of a silver watch (which sold for 40 francs), was priced at 250 francs. Thus, the added value per gramme of gold was approximately 7 francs, or 7,000 francs per kilo. Pure gold sold for 3.2 francs the gramme, or 3,200 francs the kilogramme. To these prices were added the guarantee fees collected for hallmarking.
During the 19th century, cylinder watches progressively took the place of the sturdy watches with verge escapements that had been produced for over two centuries and were still offered for sale around 1860. Generally silver, these watches were destined for a rural clientele. In 1860 they sold for approximately 30 to 50 francs, depending on their size.
The first true horological manufactory was founded by Frédéric Japy in 1777 at Beaucourt (in the Territoire de Belfort); there 50 workmen created watch ebauches, using specialised tools invented by Japy. By 1801, he employed 300 workmen and produced 100,000 ebauches per year. In 1805 he registered patents for a milling machine, a gear-cutting engine, a screw-head tool, and a wheel-cutting engine. From then on, all the necessary conditions for true industrial production were in existence. This finally happened when in 1807 Japy entered into an association with his three sons, Fritz, Louis and Pierre. In 1819, a new factory opened for the production of blanks and mouvements de Paris, of which, at the time of the 1851 Universal Exhibition in London, the firm sold 60,000 pieces per year, while they sold 500,000 watch ebauches every year. The next step was taken in 1855, thanks to Pierre Frédéric Ingold's invention of the wheel-cutting engine. Georges Frédéric Roskopf was the creator of the first true proletarian watch (1868), for which the methods of production had to be revolutionised. Similarly, with the widespread adoption of Adrien Philippe's 1844 improvements to keyless winding, and with his 1845 invention of the sliding pinion winding mechanism for time-setting, the conception and shapes of cases, as well as the methods used for case-making, had to be revised.
The working conditions for artisans and workmen evolved rapidly over the second half of the 19th century. The advent of liberal capitalism, the growth of industry, the free circulation of capital, the growing interdependence of monetary and banking systems, and the tremendous increase in the volume of commercial exchanges, all contributed to the extension and to the international nature of economic crises. These crises followed one other with almost no interruption, until Black Thursday - October 24, 1929 - the day that marked the beginning of the Great Depression.
Attempts were made to regulate production by legislation, in order to maintain sufficient quality. Unions developed, both for the defence of workers' interests and those of employers. To insure the training of students, several professional horological schools were opened.
Over a period of about fifteen years, the competition between the two types of production then in vigour - on the one hand, the traditional établissage as practiced by isolated craftsmen, then in regression, and the factories and manufactories, in rapid development at the time - resulted in salaries dropping by over 50%. Heads of households no longer earned enough to meet their families' needs.
In the European countries that were the principal producers (France, Switzerland, Great Britain), the crises in the horological industry due to the changes in production methods were very severe. They profoundly upset the equilibrium of habits that had been entrenched for generations, in a sector that was naturally conservative.
Such was the situation when gunmetal watches were introduced onto the market. Their production grew out of a combination of many different social, economic, and technical factors.
The advent of the industrial era at the end of the 19th century radically changed both working conditions and production techniques. Its consequences for horology were spectacular, and particularly as concerns the watch market, where prices became considerably 'democratic'. While high-quality watches, reserved for the aristocracy and certain members of the middle class, were always made in very small series by an elite group of workmen, the stringent working hours imposed by factory schedules and the development of the railroad made watches necessary objects for most of the population. With the war of 1870 and the colonial campaigns of the period just before the First World War of 1914-1918, it became imperative that soldiers be equipped with watches that were purely utilitarian, sturdy and trustworthy, and which could be made in very large series at a low cost.
Thus gunmetal watches developed shortly after the war of 1870, and their production constantly grew thereafter. One of the reasons for this was the extremely high cost of gold watches, due to the substantial taxes levied on precious metals by the government. As an example, in 1907, a gold watch weighing 30 grammes was sold by Venot Frères et Cie. for the price of 320 francs, while the same watch in steel or nickel was worth only 42 francs.
In addition, the reigning climate was highly protectionist. Customs regulations and laws against smuggling led to stringent postal regulations forbidding the shipment of valuable objects, thus considerably hindering the commerce of watches made of precious metals. Those watches whose cases were in other metals could circulate freely and were not subject to taxation.
The fact that the use of the watch had become generalised to all classes of society, and the existence of other favourable conditions, led to the industrial production of the 'proletarian watch' as early as 1868. This production was also greatly encouraged by the growth of the French metal industry, which resulted in the development of new methods of production and treatment of steel.
Industrial techniques had made it possible to greatly lower production costs, as compared with cases in precious metals, which were virtually entirely hand-made. The result was a considerable price difference between steel watchcases and those in gold. Little by little, horological manufactories with specialised tools and machinery began to take the place of independent craftsmen working at home. This encouraged the production of watch movements in large quantities - by a work force that was growing less and less skilled - and therefore at a greatly reduced cost.
At the same time, the invention of keyless winding and its coming into general use due to the improvements of Adrien Philippe (1844), and the important progress made in the production of movements thanks to the work of Pierre Frédéric Ingold (1855) and Georges Frédéric Roskopf (1868), made it necessary to completely modify the process of watch case production.
The use of argentan and other white metals - alloys of iron, nickel, copper, or zinc, made it possible to greatly reduce costs and production times as compared with cases in precious metals, which were almost entirely hand-made. While the new metals offered the advantage of being easily fashioned and extremely rust-resistant, they were also relatively fragile, malleable, and subject to wear and denting.
The advent of heavy equipment driven by hydraulic power, steam, or electricity, such as cutting presses and stamping and embossing machines, allowed the production of gunmetal cases.
Gunmetal, as it is improperly called in England, was originally a type of bronze that had long been used by gunsmiths for pistols and rifle barrels. Hunters and military men in particular appreciated it for its sturdiness and its resistance to wear and all types of corrosion during common usage. It was necessary, however, for certain processes to be perfected before the material could be widely used for the making of watchcases by means of new industrial fashioning techniques. The treatment involved chemically treating the steel with a gas or a liquid so that its surface is transformed into an inalterable ferrous oxide that is black in colour.
Their relatively low production cost was just one of the advantages of gunmetal watches. The disadvantage was that their machine finishing required production methods closer to those of industry than of craftsmanship. The result was a certain standardisation of products with little room for whimsy or imagination as concerned case shape or decoration, generally limited to a few added gilt metal ornaments. Thus the first consequence of the use of gunmetal was the production of a wide variety of watches that were distinguishable only by their technical characteristics and type of time display, as well as by their dials, whose different varieties of decoration allowed the development of models intended for different sorts of clients and various socio-professional categories. This had the added consequence of encouraging the development of new sales techniques.
This was the case for the large watches improperly called regulators, of which the majority were intended primarily for the employees of the rapidly expanding railroad network. They were sold by travelling salesmen who generally advanced the argument that due the profession required a precision watch (thus the name 'regulator'). Once a watch had been successfully sold to a stationmaster, most of his subordinates would want to buy a similar one.
Though they were often mediocre in quality, these watches were sturdy thanks to their large dimensions (24 lines, or approximately 55 mm in diameter), and they indeed ran quite well. Numerous models existed. The cases, sometimes plain, were also often adorned with two gilt metal bands applied to the bezel and to the edge of the case back. Depending on the price, the dials could be of white enamel, simply marked with the word 'regulator', or embellished with numbers painted on round cartouches of flinqué enamel, of various colours. They often depicted a locomotive. The success of these watches was so great that a great number of regulators were produced in Franche Comté for various types of clientele.
However, the necessity of constantly lowering production costs for all watches resulted in overproduction, which in turn led to an unprecedented succession of crises affecting the entire horological industry from 1875 onwards.
Watchmakers were obliged to make any and all compromises in order to survive. These ranged from the production of very low quality goods to sales techniques that were sometimes questionable; from time to time watchmakers even resorted to counterfeiting and outright copying. All was fair in commercial war, and everything was attempted.
Of all the effects of excessive production, very low quality watches are an economic phenomenon unto themselves.
The massive importation of American watches produced in modern factories, as well as the tremendous reduction in quality of certain types of European merchandise, led to the market's becoming saturated with low-cost, low-quality watches.
Compete with American watches
These rudimentary products were destined to compete with American watches, and in particular with those of Waterbury, whose movements were made in the same manner as those of alarm clocks, with an embossed duplex escapement. Their dials were made of printed metal, sometimes even of paper, and they were generally fitted with an inexpensive movement derived from the 'Roskopf' one, but more poorly finished. They sometimes still featured a mediocre quality cylinder escapement, which had become out-of-date since the widespread use of the lever escapement.
They were made of common metal to reduce their production costs as much as possible, and also in order to avoid certain customs requirements, as well as the taxes imposed by the garantie and the law of 19 brumaire year VI, Article 74, concerning the commerce and sale of jewellery. Their price ranged from 2 to 3 francs! This 'parasite' production considerably harmed the entire horological industry of the end of the 19th century, especially in the case of watches that were similar in appearance, but were in fact of better quality.
These low-quality products were sometimes given as prizes, particularly by newspapers, or were sold outside the regular distribution circuits by people posing as sailors, soldiers, agents, low-level civil servants, innkeepers, peddlers, and other charlatans. They were a source of great annoyance to watchmakers, to whom they were often brought for repairs or adjustments that often turned out to be impossible due to defects in their construction.
Many uninformed clients who had been cheated in this way became disappointed, scornful, and distrustful of the entire horological profession.
A text by Victor Garrel, published in June 1885 in the N° 1 of 'L'UNION HORLOGERE' of Besançon (Scientific, Practical, Industrial and Commercial Review. The Tribune of Clockmakers, Jewellers, Goldsmiths & Opticians) gives an account that sheds light not only on these low quality watches, but also on the economic situation of the period.
The period from 1870 until the advent of the wristwatch shortly after the First World War (1914-1918) was a particularly creative one. Many patents were registered. These concerned time displays, special types of decoration, mechanisms and technical characteristics - some of which now seem ridiculous and others that went on to inspire the development of most watches on today's market. Certain of these watches, of extremely high quality, were made by students of watchmaking schools, and were presented at chronometry competitions. Others were specially made by ingenious independent watchmakers who were registering a patent, and could not afford case their invention in precious metal.







