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Horlogerie autrichienne  


Sur ce cadran provenant d'une horloge,
on peut lire "Johann Michael
Grossuhrmacher in Wien Anno 1790".

Alors que l'Europe cédait à l'industrialisation, Vienne préservait sa tradition horlogère. Ce fut à coup de pièces uniques et de séries limitées qu'à l'aube du XIXe siècle, elle se hissa dans la cour des plus grands.

L'un des centres européens de la production horlogère. Telle était la position privilégiée de Vienne à la fin du XVIIIe siècle. Pas étonnant lorsqu'on sait qu'à cette époque, elle se présentait comme la ville la plus ouverte et la plus riche du monde germanique. Mais c'est en parcourant des ouvrages comme "Viennese Timepieces", de Frederick Kaltenböch, que l'on comprend vraiment comment ce phénomène fut possible.
Beaucoup d'horlogers exerçaient déjà dans la Vienne du XVe siècle. Ce, malgré les normes particulièrement restrictives infligées aux aspirants maîtres. Malheureusement, Prague devenant la ville résidentielle de l'Empereur, les plus talentueux d'entre eux y déménagèrent. C'est là en effet que les plus importants ateliers de la cour s'étaient installés. Il faut dire que la clientèle potentielle y était pour le moins attractive: dignitaires étrangers, ambassadeurs, aristocrates, riches marchands...

Des bâtons dans les rouages

Les temps qui suivirent accordèrent leurs faveurs au développement général de l'horlogerie, notamment grâce à l'invention des pièces de petit format. Toutefois, leur exactitude horaire restant insatisfaisante, elles faisaient plutôt l'objet de collection que d'usage quotidien. Leur symbolique était considérable. Leur mécanisme et leur mouvement régulier représentaient la perfection créatrice dont était capable l'Architecte de l'univers, autrement dit l'Horloger absolu. Mais la Guerre de Trente Ans (1618-48) et ses conséquences, allaient figer les choses.
Le métier d'horloger devint synonyme de précarité. Dès lors, on s'évertua davantage à réparer les anciens garde-temps qu'à en créer de nouveaux. D'autant plus que les productions anglaises et françaises se voyaient peu à peu préférées aux allemandes. Elles resteront à la mode jusqu'au tournant du XVIIIe siècle. Si bien que leurs influences se retrouvèrent assimilées par les créations viennoises, ce qui ne tarda pas à façonner un style bien distinct.

A défaut de quantité, la qualité

D'un autre côté, l'horlogerie de luxe était vue comme une démonstration de pouvoir. C'est pourquoi l'Etat et l'Eglise s'en firent les principaux clients. L'un s'en servant comme tribut à payer pour dissuader les Turcs d'entreprendre d'autres agressions, le second pour asseoir sa suprématie sur les autres religions. Pour les deux, seul l'effet comptait. Or, quand vint la paix avec les Turcs, les maîtres préférèrent continuer à fabriquer des chefs-d'œuvre de complexité plutôt que des produits d'une plus grande utilité commune. D'où le maintient de nombreux petits ateliers privilégiant les pièces uniques, au moment même où la division du travail et la standardisation faisaient leurs premiers pas dans le pays (fin XVIIIe).
Pourtant, ce fut grâce à l'esprit d'innovation de ces maisons que l'horlogerie viennoise sortit son épingle du jeu. Car s'il est vrai qu'elle ne put jamais concurrencer ni la quantité, ni les prix des productions étrangères, elle parvint à une richesse artistique, à une variété et surtout à une qualité exceptionnelles. Des atouts qui concentrèrent l'activité horlogère allemande à Vienne et firent de la ville l'un des centres européens en la matière.
Faisant la place belle aux photographies, "Viennese Timepieces" en offre un bel aperçu.

Sylvie Guerreiro

"Viennese Timepieces", Frederick Kaltenböch, 1993, éd. Nicolaus Günther.