
Henry Graves Jr (1869 - 1955) La réussite de Maxwell & Graves, banquiers sur Liberty Street à New York au début du XXe siècle, assura une vie de loisir à Henry Graves Jr : dans un style convenant parfaitement à un homme cultivé ayant du goût.
Après sa mort en 1955, à l'âge de. 86 ans, ses descendants restèrent discrets à son sujet, le dépeignant ainsi qu'il l'aurait fait lui-même tout simplement comme un sportif et collectionneur. Mais son petit-fils, Reginald Fullerton Jr, s'empresse de corriger la réputation de reclus faite à son grand-père. Il se souvient de lui comme d`un homme sans prétention, certes réservé, mais qui connaissait une foule de gens. Pas très démonstratif mais ayant beaucoup d'humour. Ce ne sont pas ses prouesses sportives (en équitation, ball-trap ou aviron) mais son flair de collectionneur qui ont fait sa renommée. " Il n'était intéressé que par la crème de la crème ", se souvient Reginald Fullerton Jr.
La collection Henry Graves Jr d'eaux-fortes et de gravures, qui incluait un Dürer important et fut dispersée en 1936, est restée une référence sur le marché de l'art. Les horloges de parquet qui décoraient son appartement new-yorkais avaient été réalisées par les maîtres : Tompion, Knibb et Graham. Ses gravures de marine étaient parmi les plus remarquables au monde, ses pièces de monnaie américaines parmi les plus rares, ses dessins étaient des Rembrandt et il conservait dans sa salle de bains une impressionnante collection de presse-papiers. Les maisons de campagne où il passait l'été en famille débordaient de meubles somptueux, d'oeuvres d'art et d'argenterie portant les armes des Graves et leur devise " Esse quam videri " - être plutôt que paraître. - Ces collections sont très peu connues, affirme Reginald Fullerton Jr." Il n'en parlait jamais."
Graves commença à s'intéresser aux montres dans les années 20, alors qu'il avait la cinquantaine. Toujours déterminé à acquérir ce qui se faisait de mieux, il choisit Patek Philippe, poussant la société à se surpasser en ce qui concerne la précision et la complication. Il ne voulait que les chronomètres ayant obtenu le premier prix du concours de précision de l'Observatoire de Genève. Lorsqu'il acquit la montre la plus compliquée au monde, en 1933, il comprit que la limite était atteinte et que des progrès dans les domaines de la complication et de la précision horlogère n'étaient plus possibles. Bien qu'il commandât encore quelques Patek Philippe jusqu'à son 80e anniversaire, en 1947, la dynamique qui l'incitait à collectionner les montres s'était éteinte.
Même Patek Philippe ne connaît pas le nombre exact de montres qui furent réalisées pour Graves; on l'estime à 18, dont quelques premières montres-bracelets à complication. Ses petits-enfants héritèrent de sa collection et une dizaine des montres de Graves ont depuis été mises en vente.
D'après Reginald Fullerton Jr, la crise de 1929 n'affecta en rien la fortune de Graves, mais le sort ne fut pas aussi clément avec Patek Philippe. Les 60 000 francs encaissés pour la montre Graves en 1933 ne suffirent pas à sauver la société qui fut achetée la même année par ses propriétaires actuels, la famille Stern, à l'époque fabricants de cadrans et fournisseurs de Patek Philippe.
La super-complication n'appartint pas longtemps à Graves; dans les années 30, il en fit don à sa fille Gwendolyn Graves Fullerton. Elle la laissa à son fils, Reginald Fullerton Jr, qui la vendit en mars 1969 à M. Seth Atwood, fondateur du Time Museum de Rockford, dans l'Illinois. Le propriétaire actuel, qui acquit la montre lors de la dispersion de la collection du musée, conserve l'anonymat, perpétuant ainsi la tradition de son premier détenteur.