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L'art de Piaget porté par les célébrités

Le polo

Devenue protagoniste des mondanités et de la jet set internationale, la maison Piaget, poussée par le jeune Yves, passionné par les chevaux, commence, dans les années soixante-dix, à lier son nom aux événements sportifs fréquentés par la 'high Society'. Durant six ans consécutifs, elle patronne alors le plus important tournoi de polo au monde, la Piaget World Cup à West Palm Beach, en Floride. Piaget profita ainsi de l'association de son nom au sport des rois pour la promotion de sa nouvelle collection Polo, qui aura un succès extraordinairement durable. Signature heureuse pour un modèle très heureux, au design, encore une fois révolutionnaire.

La vocation de joaillier-horloger y atteint sans doute sa quintessence et son équilibre parfait grâce à une idée géniale et apparemment très simple : ces montres, pour femme ou homme, carrées ou rondes se sont transformées en un ruban continu, entièrement sculpté dans l'or, où s'intègrent totalement le cadran et le bracelet.

On ne saurait dire la quelle des deux parties aurait été sacrifiée pour l'autre. Est-ce le précieux bracelet qui a fait place à la fonction pratique de la montre ? ou est-ce la montre qui s'est fondue dans la fonction ornementale du joyau ? Le succès de Polo vient justement du fait que chacun des deux éléments, loin de se sacrifier, est exalté par la complicité de l'autre.

A la fin des années quatre-vingt, Piaget se rappelle que le cheval est la plus noble conquête de l'homme et remarque que le pur sang est le parfait objet de luxe : il est élevé pour sa beauté et ses performances, les mêmes caractéristiques que celles d'une montre Piaget. La Maison confirme donc ses liens avec le cheval en dotant richement les Courses d'Or de Deauville, rendez-vous sportif et mondain de grand attrait. Elle prolonge ensuite sa démarche en patronnant la Piaget Gold Cup du Hong Kong Jockey Club qui passionne, au cours d'une seule soirée, plus de 60.000 spectateurs.

Les folies Piaget

Quand éclatent dans le monde les frivoles et tapageuses années quatre-vingt, décennie durant laquelle triomphent le luxe et l'hédonisme, Piaget n'est pas seulement parfaitement armé pour les aborder, mais, comme toujours, il est également prêt à interpréter l'esprit du temps de la meilleure façon. C'est en 1981, à l'aube des nouvelles tendances, que Piaget, habitué aux records techniques depuis plus de vingt ans (les mouvements les plus plats du monde), aborde un tout autre domaine. Celui de la montre pour homme la plus chère du monde.

Phoebus

Baptisée Phoebus, en hommage au dieu grec du soleil avec qui elle partage son étincelante préciosité, cette montre est faite de 154 grammes de platine, sertis de 296 diamants de la plus grande pureté, pour un total de 87.87 carats, parmi lesquels trône un diamant bleu de 3.85 carats, à la luminosité unique. Commandée par un riche client japonais, elle coûte 3,5 millions de francs suisses et a nécessité deux ans de travail aux maîtres joailliers de Piaget. Elle a été présentée, en avant première, lors du prestigieux gala de la Croix Rouge monégasque où, à côté d'Yves G. Piaget (désormais reconnu comme l'ambassadeur officiel de la Maison), on voyait Sylvia Kristel.

Quant au riche collectionneur japonais qui s'offrit 'Phoebus', il n'est, de loin, pas le seul nabab ayant choisi Piaget. Parmi ses clients les plus importants, on compte ainsi plusieurs princes, émirs et cheikhs arabes qui se sont fabuleusement enrichis lors de la décennie précédente grâce à la vertigineuse augmentation des prix du pétrole. Ils commandent chez Piaget des montres-bracelets ou de poche, pour homme et pour femme, ornées de l'emblème de leur famille réalisé en diamants, rubis et émeraudes sur le cadran en or. Un prince arabe commanda ainsi une montre de ce genre, en version dame, pour chacune de ses douze filles. Piaget est en effet apte à réaliser les désirs les plus extravagants de toutes les célébrités, qu'il s'agisse du monde de l'art, de celui du spectacle ou de la politique.

Le pianiste Liberace arbore orgueilleusement sa montre en forme de piano dont le clavier est en saphirs et en diamants. L'écrivain Frédéric Dard, auteur de la fameuse série policière des Sanantonio, possédait une Piaget en forme de livre, au cadran noir, portant gravée, sur le bord supérieur du boîtier, l'inscription 'Minuit' ainsi que son nom.

Gina Lollobridgida, invitée à Cuba par Fidel Castro, a même reçu une proposition bizarre grâce à sa Piaget sertie de diamants. Celle d'échanger sa montre contre la montre de bataille du leader maximo. Elle accepta de bon gré. Ce sera la postérité qui établira qui des deux aura réalisé la meilleure affaire.

Chevaux de race

La suite est de l'histoire contemporaine, encore fraîche dans les journaux. Au seuil des années quatre-vingt-dix, la Maison Piaget, très saine sur le plan financier et surtout toujours sur la crête de la vague, sent néanmoins que sa dimension familiale, jusqu'alors jalousement conservée, ne suffira plus à garantir le développement nécessaire de la marque.

Dans le monde entier, particulièrement dans le secteur du luxe, naît une époque de fusions, d'importantes concentrations des entreprises et des marques dans de puissants groupes internationaux. Mais les Piaget ont encore des habitudes anciennes, par exemple celle de n'avoir aucune dette envers les banques, ce qui semble fou à quiconque ne prenant pas en compte la mesure d'un équilibre entre traditions paysannes et talent d'entrepreneur. Tous les investissements de la Maison sont ainsi autofinancés mais il est clair qu'une gestion de ce genre n'a pas la flexibilité nécessaire pour s'adapter aux transformations indispensables qui vont se produire. Le fait de l'avoir compris à temps constitue encore un point en faveur de la vision d'avenir de la dynastie.

C'est ainsi que, le 26 avril 1988, au cours d'une conférence de presse à fort impact médiatique, Cartier annonce officiellement son acquisition des maisons Piaget et Baume & Mercier. La nouvelle est diffusée en même temps, par satellite, dans sept grandes villes européennes (Paris, Bruxelles, Genève, Londres, Madrid, Milan et Munich). Les journalistes de chacune de ces villes, invités à la conférence de presse, pourront satisfaire leur curiosité en trouvant des réponses précises à leurs questions.

En 1988, plusieurs années avant l'avènement du village global, une telle performance audiovisuelle était tout à fait inhabituelle dans le monde discret et plutôt vieillot de l'horlogerie suisse. Elle constitua la preuve d'une grande force innovatrice et fut également la démonstration que Piaget, conformément à sa passion pour les courses et à la compétence en matière de pur-sang de Yves, son 'ministre des affaires étrangères', a, une fois de plus, choisi le cheval gagnant.

Merveilles de Genève et merveilles de Piaget

Au début des années quatre-vingt-dix, Piaget offre à ses admirateurs l'occasion de découvrir un demi-siècle de chefs d'oeuvre de sa production grâce à l'exposition 'Montres et Merveilles '. Celle-ci a été réalisée avec des pièces provenant de la collection privée, en train d'être constituée par Yves G. Piaget et Emil Keller qui rachètent les plus belles pièces anciennes signées Piaget.

Le livre: "Montres et Merveilles"

'Montres et Merveilles' est d'abord présentée à Milan, en 1992, dans le cadre somptueux du Palais Royal, avant de l'être à Genève, en 1994, au Musée de l'Horlogerie. Le public découvre ainsi non seulement les montres qui ont fait la réputation de Piaget mais aussi des bijoux en émail de très haute qualité, un art qui participa à la renommée de Genève dans le monde. Avec cette association, Piaget célèbre son amour pour la ville de Calvin et met en évidence les liens forts existant entre la double tradition genevoise, de l'horlogerie et du travail de l'émail, et les deux grands chapitres de la destinée de Piaget. Cette dernière a été ponctuée d'innovations dans le domaine de l'horlogerie (mouvement ultra-plats, cadrans en pierre dure) et d'une grande détermination dans sa vocation d'horloger-bijoutier. Cette ténacité de plus d'un demi-siècle a trouvé, dans cette exposition, sa justification historique la plus noble. L'art de Piaget s'y découvre comme le point culminant d'une évolution à laquelle la tradition et la force créatrice ont contribué dans la même mesure.

Ce savoir-faire était d'ailleurs parvenu à sa quintessence deux ans auparavant, en 1990, lors du lancement de la collection de montres et de bijoux Tanagra. Son nom, qui provient d'un village grec célèbre au IVe-IIIe siècles avant J.-C. pour ses figures en terre cuite, se rapporte explicitement à une tradition très ancienne tout en réaffirmant un choix d'orientation et de goût précis, alors que la période était marquée par un triomphe de la vulgarité dans le secteur de l'horlogerie.

Fête internationale organisée pour le lancement du modèle Tanagra

Consécration à Venise

Pour confirmer un prestige international de plus en plus solide et flatteur, Piaget est chargé, en 1997, par la ville de Venise, de procéder à une restauration qui marquera l'histoire de l'horlogerie. Il s'agit de ramener à son ancienne splendeur et à son fonctionnement parfait l'horloge de la Tour de Saint-Marc, l'une des horloges les plus anciennes et les plus célèbres du monde, qui fut construite, en 1499, par deux artisans reggiens, les Rainieri, père et fils.

Le 1er février 1999, pour son cinq-centième anniversaire, le mécanisme de l'horloge a été présenté entièrement restauré et, pour commémorer dignement cet événement d'un grand retentissement international, Piaget a réalisé une montre exceptionnelle. Il s'agit d'un chronographe squelette, produit en dix exemplaires seulement, qui porte les couleurs de Venise (le bleu et l'or) et qui reprend, dans le graphisme des chiffres romains gravés sur la lunette, l'un des éléments stylistique de l'horloge de la Tour. Toujours en 1999, année au cours de laquelle Piaget fête également le 125e anniversaire de sa fondation, un autre chef d'oeuvre technico-esthétique voit le jour : la montre Emperador, équipée du calibre 125P dont l'autonomie de marche est de huit jours.

Une révolution pour le millenium

' Seigneur du Temps ' désormais reconnu à l'unanimité, Piaget se doit de calculer mieux que quiconque le début et la fin des cycles historiques comme le rythme exact des anniversaires. Il ne ferait ainsi pas l'erreur de célébrer en avance le début du nouveau millénaire. Il le fêtera donc en 2001 avec une création, que l'on peut considérer comme exceptionnelle à plus d'un titre, dans laquelle il exprimera sa parfaite maîtrise technique, son sens de l'élégance sobre et raffinée ainsi qu'un goût certain pour la surprise.

Une fois encore, Piaget créera l'événement avec une montre représentant une vraie révolution dans l'histoire de la marque, affichant de cette manière son esprit contemporain tout en célébrant l'entrée dans le nouveau millénaire. Comme d'habitude, Piaget rappellera la force indomptable d'une grande Horlogerie, consciente de ses traditions et de ses valeurs créatives.

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