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Une montre raconte le miracle de Saint François de Paule à Messine

Le Miracle de Saint François de Paule. Montre bassine avec couvercle, mouvement contemporain signé N. K., Allemagne. Email de Giuseppe Bruno, Italie - vers 1680.

Chaque mois, Arnaud Tellier, directeur du Patek Philippe Museum, dévoile une page des riches collections du musée.

Peinte par Giuseppe Bruno au XVIIe siècle, une montre raconte le Miracle de Saint-François de Paule à Messine

Le musée conserve au sein de ses collections anciennes une remarquable montre en or et émail d'origine italienne réalisée vers 1680 et signée Bruno F.
Hans Boeckh, docteur ès lettres, conservateur au Patek Philippe Museum et spécialiste de la peinture sur émail, a trouvé la signification de cette allégorie ainsi que des données biographiques sur cet énigmatique Bruno.
Cette montre de la deuxième moitié XVIIe siècle est en effet unique. Elle porte la signature de Giuseppe Bruno (1648-1726), artiste émailleur, originaire de Porto Maurizio, autrefois seul port maritime piémontais en Ligurie.
On ne connaît de cet émailleur que trois autres pièces, toutes cependant exécutées avec la même flamboyance des couleurs, ou le rouge, l'orange et le bleu prédominent.

Montre de poche, en or, de type "découverte" à remontage au pendant avec chronographe, compteur de 30 minutes à 12 heures - 1897, délivrée le 9 octobre 1897 à Musy Padre & Figli, fournisseur de la Cour, Turin (Italie), pour la somme de 910 francs. Cette montre porte sur le couvercle les armoiries de Victor-Emmanuel III (Vittorio-Emanuele) (1869-1947), roi d'Italie (1900-1946), empereur d'Ethiopie (1936-1943) et roi d'Albanie (1939-43).

Messine, l'antique ville de Zancle

La scène qui orne le couvercle du boîtier est en quelque sorte une dédicace. On y voit deux moines qui glissent sur les vagues de la mer, de toute évidence sur un pan de manteau. Ils se servent de leur bâton en guise de mât, tandis que l'autre moitié du tissu leur sert de voile. Le blason apposé dessus semble être celui de la famille catalane de Aragon-Peñafort rappelant que le sud de l'Italie fut jadis administré par l'Espagne. Cette scène miraculeuse montre Saint François de Paule (1416-1507), fondateur de la congrégation des Minimes et un de ses disciples. La scène est aussi reconnaissable par le mot "CHA/RI/TAS", devise de ce saint canonisé en 1519. Saint-François et son disciple passent le détroit entre la côte calabraise et la ville de Messine en Sicile, l'antique ville de Zancle, "la faucille", à cause de la forme de son port.

Topographie précise

La ville de Messine et son port apparaissent de ce fait sur le fond du boîtier paré de la signature de l'artiste. Les indications topographiques sont précises: on aperçoit d'abord sur le môle qui entoure le bassin la Torre di San Reinieri, érigée en 1555 par Angelo da Montorsoli, et sur la pointe le fort de San Salvatore. Au centre de l'agglomération urbaine, se dresse le campanile de la cathédrale dédiée à la Madonna della Lettera. Cet hommage se réfère à une lettre qui, selon la légende, fut écrite en l'an 42 par la Sainte Vierge et transmise à la ville de Messine.
Le motif sous le couvercle représente, en relation à ceci, une icône de la Vierge et de l'Enfant qui se trouvait autrefois dans cette cathédrale.
La scène à l'intérieur du boîtier se réfère à l'eschatologie (doctrines et croyances relatives à la fin des temps) par l'allusion au salut éternel de l'âme par le baptême en nous montrant Saint Jean-Baptiste assis dans un paysage.
Ainsi, cette montre tout à fait méditerranéenne nous mène miraculeusement de part ses sujets au-delà de tous les temps.

Antoine Norbert Patek annobli par Pie IX

Quelques pièces Patek Philippe, ont un rapport direct avec l'Italie des rois et des papes et sont conservées dans les collections du musée.
Un certain nombre de ces montres "historiques" émanent de personnages célèbres et ont été leur propriété durant de longues années. Elles portent, gravées, ciselées, émaillées ou rehaussées de pierreries: armoiries, initiales, dédicaces ou portraits.
D'autres sont dites de présentation; ces objets étaient généralement commandités par les souverains en vue d'être offerts à d'importants visiteurs ou d'être donnés en gage de reconnaissance à des sujets pour actes de bravoure ou de loyauté.
C'est ainsi que dans la deuxième moitié du XIXe siècle la quasi-totalité des monarques de la vieille Europe firent appel à Patek Philippe ou à ses détaillants locaux pour se pourvoir en présents.
De la même façon, des villes telles que Genève utilisèrent les services de la manufacture genevoise pour rendre hommage à de glorieux visiteurs.
C'est à cette époque que le pape Pie IX conféra à Antoine Norbert Patek le titre de comte, en reconnaissance des services rendus en tant que catholique actif, aussi bien au sein de la communauté des émigrés polonais qu'à l'extérieur de celle-ci.

Montre de poche, en or, savonnette à remontage au pendant avec répétition à demi-quarts. Vendue le 26 juin 1867 à Mgr Mermillod pour la somme de 1370 francs.

Portrait de Mgr Mermillod, 1887, par C. Hildebrand, Musée de Carouge.

La Patek de Gaspard Mermillod

Né à Carouge en 1824, Gaspard Mermillod fut nommé évêque auxiliaire à Genève en 1864. En 1873, il devint vicaire apostolique. En 1883, Léon XIII le nomma évêque de Lausanne et Genève, avec résidence à Fribourg. Sur les conseils de son ami R. de La Tour du Pin Chambly, il créa l'Union catholique d'études sociales de Fribourg (1884), où il poursuivit sa lutte d'ardent défenseur des idéaux du catholicisme social, élaborant une doctrine qui fut reprise par Léon XIII dans son encyclique "Rerum novarum" (1891). Fondateur en 1889 d'une université catholique à Fribourg, il accéda au cardinalat en 1890 et fut appelé à Rome, où il décéda en 1892.