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Les montres "chinoises" dévoilent leurs secrets

La fabrication, jusqu'au XIXe siècle, de garde-temps en double exemplaire pour le marché chinois a toujours suscité la controverse. Arnaud Tellier, directeur du musée genevois, démontre qu'il ne s'agit pas uniquement d'habileté commerciale.

Habileté commerciale de géniaux marchands ou particularité culturelle, le fait que toutes les montres destinées au marché chinois aient été fabriquées en paires demeure l'objet de nombreuses discussions et controverses parmi les historiens. Certains pensent que seul un but commercial, celui d'augmenter le nombre des ventes, se cache derrière ce mystère. D'autres avancent la thèse, plus proche des réalités socio-économiques de l'époque, que la présence d'une seconde montre s'avérait indispensable en cas de réparation ou même de simple révision. En effet, si l'on considère la distance qui sépare la Suisse de la Chine, l'aller-retour d'une montre, jusqu'au XIXe siècle, pouvait prendre plusieurs années. D'où la nécessité d'une montre de remplacement.

Pièces d'exception

Aujourd'hui, les dernières études se prononcent pour une troisième hypothèse. En effet, il a clairement été attesté que la fabrication de montres en double répondait à la coutume, courante en Chine, de tout offrir en paires.

Reflet du système de pensée philosophico-religieux chinois du yin et du yang ou simple amour de la symétrie… personne ne se hasardait à aller à l'encontre de cette pratique, que ce soit pour les chevaux, concubines ou encore des objets comme les montres ou les vases. Les Anglais l'avaient observé, comme en témoignent les pièces issues de l'atelier de James Cox, puis de ceux de William Anthony et de William Ilbery. A l'origine cependant, les montres destinées au marché chinois étaient parfaitement identiques. Ce sont les horlogers genevois qui poussèrent l'inventivité au point d'inverser les décors, les sujets se faisant alors face dans une complémentarité des plus chinoises.

Parmi ces pièces d'exception se trouvent celles des associés horlogers Isaac Daniel Piguet et Philippe-Samuel Meylan (lire en pages 38 et 39), maîtres en automates et complications musicales, dont les pièces symétriques, ornées de magnifiques émaux, sont parmi les plus belles du début du XIXe siècle.

L'amour séduit l'innocence, d'après Pierre-Paul Prud'hon (1758-1823). Paire de montres 'chinoises' se faisant pendant, avec répétition à quarts et mouvement entièrement en acier. Piguet & Meylan, Genève. Email attribué à Jean-Abraham Lissignol (vers 1815-1820).
Vue de Genève et du Mont-Blanc depuis Pregny. Montre 'chinoise'. Ilbery London, Genève. Email attribué à Jean-Louis Richter, Genève (vers 1820).
Les concessions européennes dans le port de Canton. Anonyme, Genève (vers 1830).