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L'Allemagne a signé les premières horloges à porter en "monstrance"

Chaque mois, Arnaud Tellier et Hans Boeckh, directeur et conservateur du Patek Philippe Museum, dévoilent une page des riches collections du musée.

Parmi les nombreuses pièces allemandes que renferme le Patek Philippe Museum, il y a l'une des plus anciennes montres connues: une "montre-tambour" en métal doré, datant de 1530-1540 environ. Son mouvement, entièrement construit en fer, est muni d'une fusée (organe régulateur de la force motrice qui apparu au milieu du XVe siècle) et d'un échappement à roue de rencontre dit à verge avec foliot droit. Elle fut, selon toute vraisemblance fabriquée dans le sud de l'Allemagne à Nuremberg ou Augsbourg.
Cette montre est quasi contemporaine de L'Œuf de Nuremberg (Nürnberger Eier) réalisé, entre 1509 et 1518, par Peter Henlein, dit Hele (1480-1542), considéré par de nombreux spécialistes comme la première montre de l'histoire de l'horlogerie.
Aucune trace physique de cette pièce n'est arrivée jusqu'à nous, pas plus que les fameuses dagues, incorporant dans leurs pommeaux de petites montres, de Julien Couldray, orlogeur de Bloys (actif entre 1504 et 1530), qui furent livrées à François Ier en 1517.
Notons que les plus anciennes montres allemandes datées sont la sphère avec réveil, dédicacée au réformateur et humaniste Philipp Melanchthon (1497-1560), produite à Nuremberg ou Augsbourg en 1530 (Baltimore, The Walters Art Museum), tandis que la seconde, datée elle de 1548, est également un tambour portant le monogramme C.W. probablement pour Caspar Werner de Nuremberg (actif entre 1528 et 1557) (Wuppertal, Uhrenmuseum).

Montre-tambour à foliot avec mouvement entièrement en fer, Allemagne du sud vers 1540.

Miniaturisation dans l'air du temps

La plus ancienne montre française encore en existence, la sphère à sonnerie au passage, de Jacques de La Garde de Blois (actif entre 1551 et 1565), est datée de 1551 (Paris, Musée du Louvre, Collection Olivier).
Il nous faut ajouter que le professeur Morpurgo a démontré qu'à la cour de Mantoue, vers 1505, Pietro Guido aurait dans ces régions transalpines été le premier à produire un garde-temps portatif.
Comme on peut le constater, l'idée de réduire les petites horloges portatives à des objets d'apparat à porter en "monstrance" - d'où le terme de montre - était, en ce début du XVIe siècle, dans l'air du temps et n'est autre que la résultante de la miniaturisation progressive de l'horlogerie.
Les montres "à porter" de la première moitié du XVIe siècle sont donc réellement exceptionnelles, quelles soient en forme de boule ou de tambour.
Au chapitre du XVIe siècle allemand, citons encore une rarissime horloge de table portative de forme tambour, en laiton doré, son mouvement est également entièrement en fer, datant de 1550 environ, ainsi qu'une montre ovale en laiton doré de 1590 muni d'un stackfreed, invention allemande du milieu du XVe siècle, elle aussi destinée à égaliser la force motrice. Toutes deux conservées au Patek Philippe Museum.

La Petite Sainte Famille d'après Guido Reni, dit le Guide (1575-1642). Montre bassine en forme de cœur, Johann Martin, Augsbourg, vers 1675.

Le "Cœur" de Johann Martin

Du troisième tiers du XVIIe siècle, est exposée une sélection de montres d'Augsbourg, dont les boîtes émaillées rivalisent avec les plus beaux chefs-d'œuvre blésois ou parisiens de quelques années postérieures, ou des créations genevoises contemporaines.
Parmi ces trésors de l'Allemagne du Sud des années 1670, citons, Le Cœur de Johann Martin (1642-1721) dont la délicate peinture reprend le motif du célèbre tableau de Guido Reni, dit le Guide (1575-1642) La Petite Sainte Famille, qui, conservé au Musée du Louvre à Paris avait longtemps été attribué à Rafaelo Sanzio, dit Raphaël (1483-1520).
La production augsbourgeoise et la venue d'émailleurs genevois à Berlin à la fin du XVIIe siècle ne doit pas occulter le fait qu'au cours du XVIIIe siècle de grands peintres miniaturistes en émail vécurent en Allemagne.

Le canton de Neuchâtel protégé par le Roi Sergent

Citons, entre autres, une Charité romaine, impressionnante de par sa taille et sa qualité, du danois Ismael Mengs (1686-1764), peintre de la cour de Pologne, puis, directeur de l'Académie royale de Dresde, au temps d'Auguste III (1696-1763).
Si le père de Frédéric Le Grand, Frédéric-Guillaume Ier, dit Le Roi Sergent (1688-1740) brilla plus par son sens de l'état que par ses goûts artistiques bien que Johann-Sebastian Bach lui dédia ses Concertos Brandebourgeois, en 1721; il n'en demeure pas moins qu'il préserva le canton de Neuchâtel - sous la protection de la Prusse, depuis 1707 - et développa l'existence d'une forte colonie d'horlogers neuchâtelois à Berlin. Au milieu de XVIIIe siècle, cette présence s'amplifia sous le règne de son illustre fils et survivra jusqu'au moment des guerres napoléoniennes.

Atelier d'horlogerie de l'Allemagne du sud, gravure de Jobst Ammann, 1568.