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Le bracelet Hermès : une valse à douze temps

Les ateliers de La Montre Hermès, à Bienne, ont ouvert leurs portes à un nouveau venu, et non des moindres. Depuis le 9 octobre 2006, ils abritent l’atelier de bracelets Hermès. Mécanique de haute précision et maroquinerie fine jouent maintenant de concert.

C’était écrit. Dans les années 1920, Hermès est entré dans l’horlogerie par ses bracelets. Aujourd’hui, ses cuirs entrent en Suisse. Les deux faces de La Montre Hermès, savoir-faire sellier et inventivité horlogère, s’unissent enfin. La Maison se donne ainsi les moyens de répondre à la demande croissante de clients internationaux et aux commandes spéciales. Ce qui se résume d’un mot : la réactivité.

Un bracelet Hermès, c’est un ballet de mains, virevoltantes, passionnées, qui travaillent des cuirs vivants, toujours singuliers. Lever de rideau sur une activité très peu décrite dans le milieu horloger, une valse à douze temps.

En prélude, les peaux sont stockées dans un local fermé, à température et hygrométrie constantes. Ce sont les mêmes qui servent à la fabrication des sacs et des selles. Tous les types sont représentés, aussi bien la chèvre, le veau, le buffle, que l’autruche ou l’alligator. On reconnaît les noms et la qualité des cuirs de la Maison, le Barénia robuste ou le grain de l’Epsom, et les coloris fins comme le rouge H.

Au premier temps de la valse, la précoupe et l’appairage, soit le prélèvement de deux morceaux apparentés qui formeront les deux parties du bracelet, le sanglon et le boucleteau. La sélection est rigoureuse, évitant les rides, les veines ou les griffures, et attentive à ce que les deux plaques aient la même teinte, les écailles du croco, par exemple, la même forme et la même taille. Au deuxième temps, la refente et le parage, où l’on affine les peaux trop épaisses. Au troisième temps, le collage, d’abord du viledon, textile assurant la tenue de la pièce, ensuite de la doublure. Les petites manipulations et les instruments de contrôle ont la précision des machines qui les inspirent et qui font la réputation de l’arc jurassien. Au quatrième temps vient la coupe juste. Le cuir amorce sa métamorphose.

Alors entrent en scène les maroquinières, pour le ballet tourbillonnant des finitions. Elles sont multi-instrumentistes et tous leurs outils, de l’aiguille au filet, ont été modifiés, affinés pour le travail des cuirs.

Après le traçage et le griffage, cinquième temps de la valse, c’est-à-dire le marquage du trait et des points de couture, celle-ci s’effectue, temps six, avec un fil de lin et se termine à la main, en trois points d’arrêt aux extrémités : c’est le « piqué sellier ». La tranche du bracelet, temps sept, est abat-carrée, grattée, polissée au papier de verre. Elle est teintée, temps huit, lissée, temps neuf, cirée, temps dix, et chaque mouvement se répète. Le filetage, temps onze, le marquage d’une raie entre la couture et le bord du cuir, assouplit le bracelet tout en le rehaussant.
Au dernier temps de la valse, en des gestes plus délicats encore, les deux passants du bracelet, le fixe et le coulant, sont eux aussi coupés, parés, collés, griffés, et encore grattés, teintés, lissés, relissés, cirés, recirés. La figure la plus complexe s’exécute sur le passant fixe, qui est cousu à la main, toujours du même point sellier, l’aiguille papillonnant autour du passant sans le faire bouger.

Au final, la marqueuse authentifie chaque bracelet par une lettre signalant l’année de fabrication du cuir, et par une forme géométrique désignant les peaux les plus précieuses.
S’imprime enfin la marque de la Maison, qui est la marque d’un seul geste : Hermès.

Lexique

Appairage
Sélection de deux morceaux de cuir qui considère leur teinte ainsi que leur aspect, par exemple la configuration des écailles.

Sanglon
Partie longue du bracelet, à six heures (c’est-à-dire fixée au bas de la tête de montre), qui se termine en ogive et dans laquelle sont percés les trous.

Boucleteau
Partie courte du bracelet, à douze heures, où s’ajustent la boucle et les deux passants.

Refente
Coupe du cuir dans le sens de l’épaisseur, dite aussi « mise à l’épaisseur ».

Parage
Amincissement des bords du cuir, en une pente douce et régulière, qui part du plein cuir et s’achève en une épaisseur de feuille.

Traçage
Marquage au compas du trait où sera effectuée la couture.

Griffage
Frayage du cuir indiquant l’emplacement de chaque point de couture et la distance qui les sépare.

Abat-carrer
Adoucir le « carre », l’arête du cuir.

Le piqué sellier
Couture à la main qui s’effectue au moyen d’un seul fil et de deux aiguilles, lesquelles se croisent dans chaque trou, assurant à l’ensemble une résistance majeure.

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