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La reprise: de nouvelles commandes

L'année 1939 vit également, pour Audemars Piguet, le début de la fabrication de chronographes bon marché, dans le but de pouvoir conserver les places de travail aux horlogers et leur permettre, ainsi, de ne pas perdre leur savoir-faire patiemment acquis. Il était toutefois difficile de garantir la livraison de ces pièces car beaucoup d'ouvriers avaient été mobilisés. En cette période d'insécurité et de chaos économique, vécue sur le plan mondial, il était cependant primordial de maintenir la Manufacture en activité. C'est dans cette optique que Paul Louis Audemars et Jacques Louis, son fils, se rendirent par deux fois à Berne pour prendre des commandes passées par la Fabrique fédérale de munitions. Ces commandes, concernant la fabrication de pièces mécaniques, furent exécutées par un mécanicien indépendant établi au Brassus, M. Müller. Ces travaux marquèrent le début des activités du département de mécanique de Audemars Piguet. D'ailleurs, Jacques Louis Audemars proposa de mettre à disposition un local, à l'intérieur de l'usine, dans lequel d'autres mécaniciens indépendants pourraient venir travailler équipés de leur propre outillage. Cette proposition fut refusée à l'époque.

C'est également en 1939 que la première contrefaçon d'une montre Audemars Piguet fut découverte. Il s'agissait d'une montre pour dames. L'année suivante, le département mécanique reçut une commande pour fabriquer 35'000 bouchons de fusée et, par la suite, 17'000 autres. Afin d'y faire face et pour en assumer la production, A. Meylan, mécanicien et deux autres ouvriers furent engagés pour assister M. Müller. Paul Edward Piguet, quant à lui, décida de se consacrer au développement du département mécanique.

Quelque temps plus tard, une nouvelle commande de 100'000 bouchons de fusée, destinés à la France, fut passée par la Société Veuve Léon Schmidt. D'une valeur de 550'000 francs, cette commande fut pourtant annulée quatre jours après. Le 22 juin 1940, en effet, la France venait de signer l'Armistice mettant fin, ainsi, aux hostilités entre les deux Etats belligérants mais non à l'état de guerre. Pour cette raison, entre autres, le chômage partiel dut être introduit chez Audemars Piguet.

Paul-Edouard Piguet et Jacques-Louis Audemars; 1953

Afin de combattre cette situation périlleuse pour l'entreprise, Jacques Louis Audemars proposa à nouveau de développer la montre 'courante', laquelle aurait peut-être apporté des ressources nouvelles. Sans pour autant démarrer dans ce type de production, la Manufacture Audemars Piguet se vit cependant contrainte d'accepter une commande de 90 de ces montres. Il en allait de la survie de l'entreprise. L'année suivante, la semaine de 40 heures fut introduite et c'est à cette époque que Audemars Piguet reçut, de la part de l'Italie, une commande pour des montres 'soignées' alors que l'entreprise Siemens lui confiait pour 60'000 francs de travaux au département mécanique.

En 1942, les activités déployées par l'agent représentant Audemars Piguet aux Etats-Unis, M. Bayer, ne donnaient pas satisfaction. Il fut remplacé par un dénommé Roehrich, lequel disposait d'un magasin sur la 5e Avenue à New York. Le 30 juin de cette même année, l'Italie interdisait toute importation de montres en or, ce qui contraignit Audemars Piguet, si elle voulait conserver son marché dans ce pays, à fabriquer des montres en acier. L'année suivante, en 1943, Audemars Piguet fit à nouveau preuve d'innovation: le calibre 13' VZSS, en version montre de poche fut introduit. Toutefois, avant de se lancer dans sa fabrication à grande échelle, la Manufacture Audemars Piguet voulut attendre les réactions du marché américain, afin de déterminer l'intérêt qu'il pouvait susciter. Deux ans plus tard, le 1er mai 1945, un nouveau collaborateur commença son travail de comptable dans la société. De prime abord, il avait attiré l'attention, dans un groupe de gymnastes, de Jacques Louis Audemars. Après la conversation qui s'ensuivit, cet homme laissa une impression profonde à Jacques Audemars. Il s'agissait de Georges Golay, véritable commerçant pur-sang. Peu de temps après le début de ses activités, il proposa aux deux directeurs une restructuration de l'entreprise, dont la situation allait devoir être analysée par une institution indépendante. En 1947 donc, M. Meyer, DR. ès Sciences Ec. de la Chaux-de-Fonds, expert en économie d'entreprise, présenta un rapport exhaustif. Face à la nécessité urgente de réorganiser l'entreprise, il y formula, entre autres, les propositions suivantes:

Georges Golay (1921-1987)

Collaboration avec d'autres marques

En l'occurrence, il s'avéra pertinent que pour disposer d'un deuxième point d'appui, Audemars Piguet sollicite et obtienne dès 1945, la protection pour deux de ses marques, à savoir 'Audiguet' et 'APCO'. A partir de 1947, des montres de cette catégorie furent produites en ayant recours à des calibres provenant d'un autre fabricant. Toutefois, les modèles reconnus de haute valeur, signés Audemars Piguet, continuèrent â figurer dans l'éventail de production. Les mesures prises furent efficaces et Audemars Piguet allait connaître une phase de prospérité continue qui, d'ailleurs, se vérifie encore de nos jours. A la fin des années quarante, pourtant, la question d'une fusion était toujours pendante. Finalement, et après moult discussions, décision fut prise de collaborer plus intensément avec des sociétés comme Gübelin, par exemple. C'est à cette même période, en 1949, que les directeurs de la Manufacture Audemars Piguet décidèrent de participer, pour la première fois dans l'histoire de l'entreprise, à la Foire suisse d'échantillons de Bâle.

Cette même année, la succursale de Genève fut abandonnée et Audemars Piguet cessa sa collaboration avec son agent des Etats-Unis. Le nom de la marque revint à Audemars Piguet qui reprit cette représentation par l'intermédiaire de sa société, Audemars Piguet Inc. USA à New York. Il est intéressant de relever qu'à cette époque, toutes les montres exportées aux USA possédaient dix-huit rubis au minimum. Par ailleurs, la mention Audemars Piguet & Cie, qui figurait sur les cadrans, fut également abandonnée au profit d'une formulation plus simple: Audemars Piguet. Quant à lui, le système de référence en vigueur jusque-là, à savoir le numéro du mouvement correspondant à celui du boîtier, fut aussi laissé de côté. Le nouveau système établi faisait débuter les références à partir du numéro 5001.

Royal Oak

L'année 1951 vit la réouverture d'un bureau commercial à Genève, dans lequel deux ouvriers travaillaient. Et ce n'est que vers la fin des années cinquante que la fabrication des montres 'Audiguet' et 'APCO' fut définitivement abandonnée. En effet, ces deux lignes de produits ne correspondaient pas à la philosophie de l'entreprise qui, avant toute autre considération, privilégiait le haut de gamme et la qualité. Comme prévu lors de son engagement, Georges Golay relaya en 1962 Paul Edward Piguet, qui était resté sans descendance mâle, à son poste de directeur commercial. La direction technique de la Manufacture était, quant à elle, déjà passée sous la houlette de Jacques Louis Audemars, en 1959. De 1966 à 1987, Georges Golay en tant qu'administrateur-délégué et directeur général, allait marquer définitivement de son sceau la philosophie et l'image de la Manufacture. Son nom reste lié, de façon indélébile, à l'introduction sur le marché de modèles aussi importants que la 'Royal Oak' ou le 'Quantième Perpétuel'

Restructuration au sein d'Audemars Piguet

Forte du succès international que rencontrait l'ensemble de ses produits, la Manufacture Audemars Piguet dut se restructurer et se réorganiser pour faire face à la demande, toujours croissante. C'est ainsi qu'en 1973, l'usine du Brassus fut agrandie. Cependant, Georges Golay, lui aussi, ne voulait pas se fier au seul et unique pilier qu'étaient les 'montres de luxe'. Au début des années quatre-vingt, il fonda à proximité de la gare du Brassus une fabrique des plus modernes. Cette usine était destinée à la fabrication de spécialités micromécaniques et électroniques. Selon Georges Golay, en effet, 'il faut diversifier lorsqu'on n'en a pas vraiment besoin'. Audemars Piguet comptait beaucoup sur le développement de ce département. L'usine avait été édifiée de façon à pouvoir être agrandie sans problème. Grâce à ce concept de base, diverses extensions, destinées à des travaux horlogers en particulier, furent ainsi entreprises.

Dans cette stratégie de développement - et en vue d'assurer son approvisionnement en mouvements de base réalisés selon des plans établis en collaboration avec son service technique -, Audemars Piguet acquit une participation importante au capital-actions de la Manufacture de montres renommées Jaeger-LeCoultre, établie au Sentier.

Assurer la philosophie des fondateurs

Georges Golay devait disparaître subitement en 1987. Depuis cette année-là, Georges Henri Meylan et Stephen Urquhart, puis Georges Henri Meylan seul, assurent la direction générale d'Audemars Piguet. En 1966, année où décéda son prédécesseur à ce poste, J.C. Savary, la présidence du Conseil d'administration fut exercée par Jacques Louis Audemars. La famille Piguet, quant à elle, était représentée par Paulette Piguet, l'une des filles de Paul Edward. Aujourd'hui, en 1992, le Conseil d'administration est présidé par Jasmine Audemars, fille de Jacques Louis Audemars, alors que Paulette Piguet représente toujours la famille Piguet. A l'aube de ce troisième millénaire, il leur incombe la délicate responsabilité de conduire cette vénérable entreprise familiale sur le chemin de la continuité. Au travers de tous les efforts entrepris par les fondateurs et leurs successeurs en faveur de la - réalisation de modèles de montres reconnus et du maintien de l'entreprise, cet objectif de pérennité d'une Manufacture de renommée mondiale n'en est que plus noble.

Malgré tous les progrès techniques et l'évolution fascinante que connut l'horlogerie, chez Audemars Piguet, l'amour de l'horlogerie classique prévaut toujours. La philosophie des deux fondateurs de la Manufacture continue, aujourd'hui encore, à être honorée, et c'est bien là le gage du respect d'une longue tradition horlogère, forgée avec patience, travail, détermination et efforts quotidiens.

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