En 1790, Charles Auguste Piguet ouvrit au Bas-du-Chenit, un atelier assez grand, le premier en son genre pour la fabrication industrielle d'ébauches pour montres à fusée. L'ensemble de sa production était livré à Genève, où les mouvements étaient terminés, signés, emboîtés et vendus aux clients. Vers 1800, ce fut finalement Jacques Louis Piguet qui se mit à voyager pour apprendre le métier d'horloger et, ainsi, d'ancrer dans la famille pour les générations à venir.
Le dernier loup sauvage
C'est encore à lui que revint le mérite d'avoir abattu, en 1815, le dernier loup sauvage vivant à la Vallée de Joux. Une quarantaine d'années plus tard, le 19 mai 1853, Edward Piguet, fils de l'horloger Georges Eugène Piguet, vint au monde. A force d'observer et d'aider à la réalisation de travaux sur des montres à complications, la passion pour le métier d'horloger s'éveilla chez lui aussi. Dès lors, après sa scolarité à l'école primaire, il trouva tout naturel d'acquérir une formation de haut niveau auprès de différents maîtres de la Vallée de Joux. Par un cours de repasseur chez Charles Capt, syndic du Chenit et président du tribunal des prud'hommes de la Vallée de Joux, il termina sa formation en 1875.
A son tour, Edward Piguet avait gagné ses galons d'aristocrate de la classe horlogère. Au cours des années suivantes, il travailla comme repasseur indépendant au Brassus. Il fut également pourvu en commandes par Jules Audemars, entre autres, qu'il avait connu à l'école, puis revu à la société sportive ainsi qu'à la chorale. Lors de leurs rencontres, lorsque Edward Piguet venait prendre en charge de nouveaux travaux ou lorsqu'il livrait des travaux terminés, ils discutaient toujours de leur métier, des desiderata excentriques de la clientèle exigeante et des possibilités qu'il y avait d'améliorer encore davantage les montres fines et compliquées.
Piguet & Cie, entreprise familiale
La fondation de manufactures de montres suisses nombreuses et célèbres est souvent due à la rencontre de deux ou plusieurs horlogers doués et ambitieux, désireux, à un moment donné, de poursuivre ensemble leur chemin professionnel. C'est ce qui se passa avec Jules Audemars et Edward Piguet. A la suite de nombreuses discussions sur les problèmes de l'horlogerie à la Vallée de Joux, à des idées développées en commun et à une collaboration s'avérant de plus en plus intense, ils mûrirent le plan de ne plus travailler, dorénavant, en seuls sous-traitants pour les maisons établies, mais de fabriquer et commercialiser, sous leur propre responsabilité, ces montres compliquées qui leur tenaient à coeur par-dessus tout.
Quinze articles
L'année 1881, où Jules Audemars vit également naître son fils Paul Louis (décédé en 1969), fut décisive: le 17 septembre, Jules Audemars-Renaud et Edward Piguet, fabricants au Brassus, se présentèrent devant John Capt, notaire du district de la Vallée, pour sceller la fondation de l'entreprise Audemars, Piguet & Cie. Le contrat de société comportait quinze articles. Sa durée initiale était de dix ans. Le but de l'entreprise était la fabrication et la commercialisation de produits horlogers. Au titre d'apports immatériels, le travail personnel et l'assiduité de chacun des deux associés furent inscrits à l'actif de l'entreprise.
Capital de 10.000 francs
Le capital social était constitué, d'une part, d'une somme de dix mille francs mise à disposition, pour une durée de six ans, par Edward Piguet, et, d'autre part, de dix-huit mouvements compliqués de montres complètement terminés, ou en voie de l'être, que Jules Audemars apporta à l'entreprise. Ces mouvements comportaient les numéros 1144, 1158, 1164, 1174, 1204, 1212, 1213, 1238, 1239, 1246, 1250, 1262, 1278, 1284, 1290, 1310, 1318 et 1320. Cependant, Jules Audemars s'en réservait le bénéfice de vente, avec une marge limitée, toutefois, à 250 et à 400 francs pour les numéros 1174 et 1250 respectivement. Par ailleurs, l'entreprise s'engagea à verser un intérêt annuel de 5% sur la valeur de réalisation de ces mouvements, ceci jusqu'à leur vente.
Salaire adapté aux besoins
En outre, il fut déterminé que les profits ou les pertes accumulés par l'entreprise seraient imputés à parts égales aux deux associés fondateurs. De plus, chaque associé avait droit à un salaire fixe, adapté à ses besoins personnels. Il fut estimé convenable de prévoir, pour jules Audemars, des revenus supérieurs à ceux d'Edward Piguet, soit de 1'500 francs pour la première année et de 1'200 francs pour, au moins, deux années consécutives. Après les trois premières années, les salaires devraient faire l'objet de nouvelles négociations. Parallèlement, jules Audemars se réservait une priorité quant à l'occupation de postes vacants. Ils concernaient principalement son père, François Louis Audemars Jaccard, son frère Albert ainsi que différents collaborateurs qu'il avait déjà employés auparavant.