Nombre d'aveugles utilisent des montres savonnettes dont le verre est enlevé et calculent l'heure d'après la position des aiguilles, en promenant le bout de leurs doigts sur le cadran. Pour quelques-uns, l'indication fournie par le toucher, très délicat, est suffisante, et ils arrivent à connaître l'heure avec une approximation relativement faible; mais, pour la majorité, le calcul est difficile, sans compter que les aiguilles ainsi manipulées, et malgré la délicatesse du tact, peuvent se déformer sinon se briser, en tout cas dévier dans un sens ou dans l'autre, multipliant ainsi les chances d'erreur. Un Autrichien, de Vienne, a imaginé de remplacer les chiffres romains du cadran par une suite de signes conventionnels dont la forme rappelle d'une façon allégorique le chiffre de l'heure qu'ils représentent. Le système de Lukaschovsky (c'est le nom de l'inventeur) consiste à représenter une heure par un point, deux heures par deux points, trois heures par un triangle, quatre heures par un carré, cinq heures par une étoile à cinq rayons, six heures par un zéro. Dans la première moitié du cadran, ces signes sont en relief; dans la seconde ils se reproduisent symétriquement mais en creux. Quant aux aiguilles, elles sont en acier et assez robustes pour résister à de fréquents contacts des doigts. Un autre système, dû à un horloger du Locle (Suisse), P. Tissot, présente sur le précédent cet avantage d'employer les caractères Braille, déjà connus des aveugles. Le cadran porte, en outre, les divisions des minutes, qui sont indiquées par des points saillants plus petits.
La Manufacture A. Reymond, fidèle à son esprit de pionnier, se maintient sans cesse à l'avant-garde des progrès techniques et esthétiques de la création horlogère. Ainsi, au début des années cinquante, ses ingénieurs développèrent deux nouveaux produits qui allaient assurer la renommée de la marque pendant plus de vingt ans: les montres digitales à 'heures sautantes' et les montres 'braille' pour aveugles.

Aujourd'hui encore, Auguste Reymond est le spécialiste incontesté des montres tactiles pour aveugles, qui sont commercialisées sous la marque ARSA (Auguste Reymond S.A.). Une réplique de montre à 'heures sautantes', baptisée 'Jumping Jive', fut réalisée en 1994. Les cinq cents pièces de cette série font déjà la joie des collectionneurs de montres rares.
(Reymond Auguste SA / rue de la Promenade 29 / 2720 Tramelan BE / tel 032 487 42 46) / www.augustereymond.ch

Dans la foulée de la déjà célèbre «T-Touch», voici la «Silent-T». Pour l'année de son 150e anniversaire, la marque horlogère Tissot – propriété du Swatch Group – lance une montre qui indique l'heure par des vibrations silencieuses. Les malvoyants sont un public cible mais pas le seul. «La ‘Silen-T' est d'abord une montre pour le cadre débordé de réunions et qui a besoin de ‘sentir' l'heure ou faire sonner l'alarme vibrante, pour ne pas offusquer ses interlocuteurs, mais sachant quand même qu'il faudra clore la discussion», indique la société du Locle.
Comment fonctionne cette nouvelle innovation signée Tissot? «En appuyant brièvement sur la couronne et en faisant le tour de l'écran avec votre doigt, vous pouvez ‘palper' l'heure indiquée par une vibration, constante pour les heures et intermittente pour les minutes. Ces différentes vibrations correspondent à l'une des douze appliques en relief de la lunette», explique la marque horlogère.
Toujours en matière de discrétion, la montre est «dotée d'une alarme vibrante silencieuse qui, comme pour le réglage automatique de l'heure, peut être activée et vérifiée simplement en agissant sur la couronne et en palpant l'écran dans le sens antihoraire, sans avoir à regarder la face de la montre».
Des années de développement ont été nécessaires à la conception de cette technologie. Tissot n'a pas travaillé en solo. De nombreuses associations ont été impliquées «afin de s'assurer que cette montre répondra à tous les critères requis». Il ne fait nul doute qu'elle constitue une percée pour la communauté des malvoyants.
La «Silen-T» est dotée d'un mouvement quartz avec alarme silencieuse. La glace en cristal saphir est tactile et résiste aux rayures. La montre est étanche jusqu'à 30 mètres. Elle est disponible avec un cadran noir, blanc ou argent, un bracelet en acier ou en cuir.
En Suisse, pour lancer se produit, Tissot soutient un projet de l'UCBA (Union centrale suisse pour le bien des aveugles). Il s'agit du gant de Lorm, «qui, comme la montre elle-même, allie le touche et la créativité à une utilisation facile et efficace», indique-t-on au Locle. Pour chaque montre vendue en Suisse, Tissot et ses détaillants s'engagent à verser 15 francs. chacun pour soutenir le projet de l'UCBA.
Ce dernier, «unique au monde», permet aux voyants «d'entrer dans le monde des sourds-aveugles et de communiquer facilement sans avoir à passer par un long apprentissage». De quoi s'agit-il? «Tout l'alphabet sonore (soit, par exemple, une fois c et pas c et k) est imprimé sur le gant. Simplement en suivant les traits, flèches et points, avec une légère pression du doigt, on peut se faire entendre».
Cet alphabet digital a été mis au point par Hieronymus Lorm, de son vrai nom Heinrich Landesmann. Né en République tchèque en 1821, cet essayiste, journaliste et auteur dramatique est devenu quasiment aveugle à l'âge de 16 ans et a créé ce système pour permettre aux malvoyants de dialoguer.