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Marie-Antoinette

Marie-Antoinette

La montre n°160 de Breguet, dite "Marie-Antoinette", a été commandé pour la reine de France Marie-Antoinette par un officier de sa garde, elle fut vendue en 1887 à Sir Burton et rejoignit plus tard la collection de Sir David Salomons.

Montre perpétuelle à grandes complications, initialement destinée à la reine. Commencée en 1783, elle ne sera terminée, après plusieurs interruptions, qu'en 1827.

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Le romancier Allen Kurzweil séduit actuellement le public américain a coups d'intrigues alambiquées dignes d'Umberto Eco.
Son dernier ouvrage, The Grand Complication, à paraître en France au printemps prochain, tire parti du vol retentissant dont fut victime, dans la nuit du 15 au 16 avril 1983, le Mayer Memorial de Jérusalem. Un casse inoubliable pour les amateurs d'horlogerie ancienne. Au nombre des chefs-d'oeuvre dérobés cette nuit-là comptait en effet la fameuse montre Breguet n° 160, plus connue sous le nom de « montre Marie-Antoinette ». Même à un néophyte sa seule description technique suffirait à donner le vertige. II s'agit d'une « montre perpétuelle à répétition minutes, quantième perpétuel complet, équation du temps, réserve de marche, thermomètre métallique, grande seconde indépendante à volonté et petite seconde trotteuse, échappement à ancre, spiral en or, double pare-chute, tous les frottements, les trous et les rouleaux en saphir sans exception, boite d'or, cadran en cristal de roche, aiguilles d'or et d'acier. »

Commandée discrètement, quelques années avant la Révolution, par l'intermédiaire d'un officier aux gardes de la Reine, sa destination ne fait guère de doute Son inventeur, l'horloger d'origine suisse Abraham Louis Breguet, n'était-il pas alors fournisseur attitré de la souveraine ?


Les seules limites du génie

En 1782, Breguet obtint, par l'entremise du comte d'Artois - beau-frère de la reine - sa première commande pour Marie-Antoinette : la montre perpétuelle n° 2, qu'il termina en octobre. Dans la foulée, le roi lui-même lui en commande une, qui sera livrée en décembre de l'année suivante. C'est entre ces deux dates qu'est donc passée commande pour une autre montre, intégrant tous les perfectionnements imaginables à l'époque. Aucun budget à suivre, nul délai à respecter ; les seules limites fixées au chef-d'oeuvre seront celles du génie d'Abraham Louis ! Aussitôt l'horloger s'attelle à la tâche et y travaille régulièrement dans les années 1785-1790. Mais le chef-d'oeuvre est loin d'être achevé quand vacille la Monarchie
Jacobin, le citoyen Breguet n'a pas encore pris ses distances à l'égard de la Révolution. Qu'importe, c'est à lui que s'adressent les souverains captifs au Temple lorsqu'il s'agit de remplacer la montre dérobée à la reine pendant le sac des Tuileries... La Breguet n° 179, une montre à répétition très simple, en acier, sera livrée le 4 septembre 1792. Elle accompagnera la souveraine déchue dans sa longue nuit, avant d'être portée fidèlement par celui qui devait devenir le roi Charles X. De son côté, en dépit de la disparition de la reine, Abraham Louis Breguet n'oubliait pas pour autant son grand défi de la « montre d'or ».


Un bien singulier destin

Ce n'est qu'au seuil du XIX° siècle que l'horloger confie la réalisation du prototype à l'artisan Michel Weber, l'un des meilleurs de son atelier. Sans doute achevée en1802, la montre ne laisse curieusement aucune trace sur les registres commerciaux de la maison. On la retrouve cependant en 1838, dans le gousset d'un certain marquis de La Groye, qui la dépose pour révision... et ne revint jamais la chercher ! Ayant ainsi retrouvé le giron de la famille Breguet, la montre sera cédée en 1887 à un aristocrate anglais, puis passera de mains en mains jusqu'à rejoindre la collection de sir David Salomons.

C'est ce grand humaniste qui la léguera à la fondation israélienne où elle sera dérobée en 1983. Aujourd'hui, la montre d'or est sans doute entre les mains d'un collectionneur clandestin, jouissant du privilège indu d'avoir seul sous les yeux l'une des plus parfaites créations artisanales jamais conçues. Gageons que la reine elle-même aurait jugé indigne de la garder ainsi pour elle, et qu'elle en aurait fait don à son horloger d'époux, afin qu'il la donnât à contempler à tous les amoureux de grande technique.

Spécial Temps, Gazette de Drouot / Franck Ferrand/ Décembre 2001 – janvier 2002