En tout, ce sont cinq calibres différents, déclinés en treize variantes, qui sont développés dans les ateliers de Fleurier.
La manufacture à Fleurier
A l’heure où chaque grande marque horlogère cherche à développer ses propres mouvements, Chopard a pris une sérieuse avance avec ses ateliers de Fleurier: 6000 m2 où travaillent actuellement plus de 70 personnes.
Initiée il y a six ans sous l’impulsion de Karl-Friedrich Scheufele, qui était alors un visionnaire, cette manufacture produit aujourd’hui cinq calibres différents
déclinés en treize variantes dont un tourbillon. Un exploit quand on sait les difficultés et les coûts engendrés par le développement d’un seul mouvement.
«Nous allons lentement, un pas après l’autre, sans brûler les étapes», explique Karl-Friedrich Scheufele qui rappelle qu’il a commencé avec deux techniciens venus de Genève et en collaboration avec Michel Parmigiani, installé luimême à Fleurier.
C’est donc un peu par hasard que Chopard a pris pied dans ce paisible village du Jura neuchâtelois, à une encablure de Sainte-Croix.
«Au début, se souvient Karl- Friedrich Scheufele, nous avons loué un atelier dans un bâtiment appartenant au groupe Swatch. Il avait été construit en 1904 pour l’entreprise «Ebauches Fleurier», puis agrandi dans les années 1960, au grand dam des habitants du village car c’était le plus haut de la commune. Quand nous sommes arrivés, il était désaffecté depuis longtemps et loué par étages à divers artisans. Depuis, nous l’avons racheté à Nicolas Hayek en 2000 et nous avons entrepris de le rénover entièrement, par étapes. C’est dire si nous avons encore de l’espace en réserve pour nous développer ».
De la mécanique de très haut niveau

Une partie de l’équipe Fleurier.
Certifiée «ISO 9001», ce qui permet de garantir une structure cohérente, la manufacture de Chopard à Fleurier est en perpétuelle évolution. Pour l’instant, elle fabrique environ 3000 mouvements «L.U.C.» chaque année («L.U.C.» pour Louis Ulysse Chopard) réservés aux montres de haute horlogerie signées Chopard, tout en ayant d’autres activités comme de l’emboîtage ou du service après-vente qu’elle sous-traite pour la maison mère à Genève. La manufacture de Fleurier est en effet un centre de profit indépendant au sein du groupe familial.
Son épine dorsale reste néanmoins la conception et le développement de mouvements mécaniques de très haut niveau, la plupart étant même munis du fameux «Poinçon de Genève» dont les critères de qualité sont particulièrement élevés. C’est donc une formidable performance d’être parvenu, en six ans, à développer et à fabriquer autant de mouvements car, aujourd’hui, à part les vis et les roues, chaque élément est produit sur place grâce à d’imposantes machines ultramodernes.
«Chaque pièce est découpée plutôt qu’étampée, explique Karl- Friedrich Scheufele car, d’une part, nous ne lançons que de petites séries et, d’autre part, cela nous donne une très grande souplesse pour répondre rapidement aux différentes demandes du marché».
Le succès des montres «Haute horlogerie» de Chopard est en effet du à l’extraordinaire passion de Karl-Friedrich Scheufele pour les mouvements mécaniques et les complications. Une passion contagieuse qu’il fait partager à chacun de ses collaborateurs à Fleurier. «Grâce à elle, nous avons réussi la synthèse entre l’artisanat et le marketing, entre le minutieux travail des horlogers et les demandes du monde extérieur, chacun finissant par comprendre parfaitement les contraintes de l’autre», note-t-il.
J.-C. P.

Brigitte Clevenot est chargée d’assembler les éléments des prototypes.

Armin Behrend et M. Bolognesi, prototypistes, travaillent actuellement sur le tourbillon Chopard qui «tourne» à 28 800 alternances (une performance) avec une autonomie de 9 jours, grâce à quatre barillets. Il est de plus certifié chronomètre, ce qui, pour les tourbillons, est relativement rare pour être signalé.

Vue partielle de l’atelier mécanique.

Farouk Kharchi est un spécialiste du «perlage», une des décorations des pièces du mouvement.

Hervé Faivre est en train de tracer les fameuses «côtes de Genève» sur les ponts d’un mouvement «L.U.C.».

Eric Broulis, responsable technique.

Pierre Nicolet, le père de la «Quattro»; une montre-bracelet dont le mouvement comprend quatre barillets (ressorts) permettant une autonomie de plus de huit jours, aux côtés de Karl-Friedrich Scheufele, le fondateur de la manufacture.
Tribune des Arts No315 - Octobre 2003