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Ces grands maîtres british qui revivent grâce à des Suisses

L’histoire de l’horlogerie britannique est d’une très grande richesse. Dans la City de Londres, le musée d’horlogerie de Guildhall, actuellement en travaux de restauration, se prépare dès l’automne à en dévoiler à nouveau les trésors.

L’âge d’or de la montre anglaise se situe entre la fin du XVIIe siècle et le début du 18e.

Sept créateurs vont, chacun à leur manière, apporter des contributions déterminantes à l’art horloger: Thomas Tompion, Daniel Quare,George Graham, John Harrison, Thomas Mudge, John Arnold et Thomas Earnshaw.Tompion (1639-1713) est considéré comme le père de l’horlogerie anglaise. Son invention majeure, l’échappement cylindrique, a permis la fabrication de montres plates et compactes, préfigurant les montres bracelet des temps modernes.

Son rival Daniel Quare(1648-1724) inventait, à la fin du 17e, le mécanisme à répétition permettant aux heures et aux fractions d’heure de sonner sans encombrant carillon. Neveu par alliance de Thomas Tompion, George Graham (1673-1751) hérita ses affaires et son titre officieux de meilleur horloger britannique, qu’il justifia largement en apportant plusieurs inventions majeures à son art. Après avoir perfectionné l’échappement cylindrique créé par Tompion, Graham inventa le pendule compensé au mercure, qui éliminait les effets négatifs de l’environnement météorologique sur le mouvement.
En 1715, il créa «l’échappement mort», qui éliminait tout recul, et permettait un degréde précision jusqu’ici inconnu pour les pendules et les montres. Ce système fut utilisé durant un siècle et demi.
Pour beaucoup, Graham est également le pionnier du chronographe, puisqu’il fut le premier à permettre la mesure de la durée d’un événement avec une pendule. Comme son oncle, Graham repose à l’abbaye de Westminster, au panthéon des grands hommes de l’Angleterre.

Son apprenti Thomas Mudge (1717-1794) poussa plus loin encore la précision et la fiabilité des montres en leur apportant pour la première fois l’échappement à levier, et des complications, comme le calendrier perpétuel ou la répétition minute. En 1776, il fut nommé horloger du roi George III, un grand amateur de montres. La contribution majeure de John Harrison (1693-1776), un autre héros de l’horlogerie britannique, renvoie aux destins de l’Empire. Il a réussit à résoudre un problème scientifique majeur: déterminer la longitude en mer. Il fut récompensé par le parlement britannique du «Longitude Prize», et toucha la somme astronomique pour l’époque de 20'000 livres.

Concurrents aussi ingénieux l’un que l’autre, John Arnold (1736-1799) et Thomas Earnshaw (1749-1829) sont souvent considérés comme les pères du chronomètre moderne.
Arnold était un maître de la miniaturisation, produisant une montre à répétition d’une épaisseur d’un demi-pouce (1,2cm), et un chronomètre de poche très précis dont les variations ne dépassaient pas trois secondes par jour, un exploit à l’époque.
Earnshaw, de son côté,popularisa le chronomètre en simplifiant sa production, réussissant à vendre ses pièces, désormais abordables au commun des mortels, en grand nombre.

L’héritage exceptionnel de ces inventeurs survit aujourd’hui à travers la série «British Masters» de la société Les Monts SA, lancée en 1997 par deux Chaux-de-Fonniers, Eric Loth et Pierre-André Finazzi, soutenus par Pierre Halimi, un distributeur de montres basé à Miami, par le manufacturier Jean-Pierre Jaquet et par des investisseurs emmenés par Ernst Thomke, dont on se rappelle le rôle central dans la création de Swatch et chez Omega.
Ces passionnés désiraient concrétiser leur savoir-faire en l’appuyant sur des noms historiques et prestigieux. Mais les patronymes des patriarches de l’horlogerie française et suisse étant hors de prix, c’est vers la très riche, et parfois méconnue, histoire anglaise que ces Suisses en quête d’aventure se sont tournés. Leurs pièces, qui arborent les noms de tous les grands horlogers britanniques à l’exception de John Harrison (son nom n’a pu être acquis), rencontrent un succès croissant qui témoigne de leur qualité. En dédiant une part de leur chiffre d’affaires à un fonds destiné à financer des jeunes Britanniques désireux de se former à l’horlogerie en Suisse, British Masters veulent aussi contribuer à ce que l’art de la manufacture de montres bourgeonne à nouveau outre-Manche.

Le Temps
Thierry Meyer
Londres 3 avril 2002

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