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L'incarnation de l'éternité dans le temps: l'Instant. Idée de «premier» - La répétition.

Là aussi, « le premier» a une signification profonde, et c'est ce premier lui-même qui nous intéresse ; toutefois, c'est plutôt par rapport au temps que par rapport à la substance, parce qu'on n'y voit pas la continuité grâce à laquelle le tout est posé en même temps que «le premier». Le tout naturellement, devrait être compris comme le péché qui se propage dans la race. Le premier péché, si nous pensons à la chute d'Adam et d'Eve, attirerait déjà davantage l'attention sur la continuité, mais comme c'est la nature du mal de ne pas avoir de continuité, tu comprendras aisément pourquoi je ne le cite pas comme exemple. Encore un exemple. On sait que plusieurs sectes religieuses de la chrétienté ont voulu prouver la limitation de la grâce de Dieu par les mots qu'on trouve dans l'épître aux Hébreux disant qu'il est impossible à ceux qui ont été une fois éclairés, mais qui sont tombés, d'être encore renouvelés et amenés à la repentance. « Le premier» ici a obtenu sa profonde signification. Toute la profonde vie chrétienne s'est manifestée dans ce «premier», et celui qui s'y méprit a été déchu. Ici l'éternel a été trop mêlé à des déterminations temporelles. Mais cet exemple peut servir à montrer comment «le premier» est le tout, toute la substance. Lorsque ce qui se laisse deviner dans
«le premier» repose sur une synthèse du temporel et de l'éternel, tout ce que j'ai développé dans ce qui précède semble garder sa validité. Le tout est implicite et présent dans le «premier». Encore une fois je n'ai pas honte de prononcer le mot: le premier amour. Pour les natures heureuses le premier amour est en même temps le second, le troisième, le dernier - le premier amour a la détermination de l'éternité; pour les natures malheureuses le premier amour est le moment, il aura la détermination temporelle. Pour ceux-là, le premier amour est toujours du présent, pour ceux-ci, du passé. Si la réflexion existe chez les natures heureuses et si elle a pour objet l'éternel de l'amour, elle sera un appui pour cet amour, mais si elle a pour objet le temporel, elle en sera la ruine. C'est ainsi que pour celui qui réfléchit dans le sens temporel, le premier baiser, par exemple, sera quelque chose du passé (comme Byron l'a fait dans un petit poème), pour celui qui réfléchit dans le sens éternel, il y aura une possibilité éternelle.

Sceren Kierkegaard (1813-1855) : «Ou bien... ou bien», La légitimité esthétique du mariage, p.370-371