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De la révolution à nos jours

Dans la seconde partie du XVIIIe siècle, et auparavant déjà, la pendule de cheminée a peu à peu pris la place de la grande pendule de salon. Elle est conçue en harmonie avec ce qui l'entoure, l'encadrement de la glace, les candélabres ou les vases qui l'accompagnent.

C'est à peu près sous ce seul aspect qu'elle paraît encore durant presque tout le XIXe siècle dans les quelques tableaux ou elle est représentée. On ne la fait guère figurer que dans les ateliers d'horlogerie : celui d'un Abraham-Louis Perrelet ou d'un Jacques-Frédéric Houriet (tous deux au Locle) sous la forme de régulateurs parfois très simples, ou encore chez les fabricants et marchands d'horloges de la Forêt-Noire. C'est encore dans les intérieurs paysans d'Allemagne et de Suisse, dans ceux des Montagnes neuchâteloises ou l'atelier de l'horloger voisine avec celui des dentelières travaillant à leur coussin.

Autrement dit, la pendule appartient alors surtout à l'art populaire sans que nous prêtions à ce terme un sens péjoratif, car l'art est " un " et ne comporte pas de hiérarchie, ou plutôt celle-ci n'est que dans la valeur des oeuvres.

La Restauration essaya de remettre en honneur d'autres conceptions ; mais ce qui fut créé sous l'impulsion des Romantiques dans le domaine de la pendule a paru si malheureux que les spécialistes feignent de l'ignorer. Ce que la pseudo Renaissance tenta sous le Second Empire ne valut guère mieux, et c'est en vain que tout le XIXe siècle s'efforça de créer un nouveau style.

Après une longue période de décadence manifeste, notre époque a remis à l'honneur les meilleures formes de la pendule simple d'antan, avec ses décors les plus plaisants, et c'est sous cet aspect que le photographe et parfois encore le peintre lui redonnent vie dans les quelques portraits ou quelques tableaux de genre.

Quant à la montre de dame, elle fut remise en évidence sous l'Empire par le sautoir, la plus décorative des chaînes, à laquelle elle était parfois suspendue. Elle fut aussi portée "dans le cou", c'est-à-dire dans le col montant de la robe, retenue par une chaînette peu visible. Plus tard, la présence de la montre ne fut guère rappelée que par la courte châtelaine, comme dans le fameux portrait de "Monsieur Bertin" peint par Ingres. Les élégants des romans de Pouchkine ou de Balzac portaient une "Breguet" dans le gousset de leur ceinture d'où pendait un sobre breloquier. Puis la chaîne de montre étalée sur le gilet devint pendant un temps universelle, en attendant le bracelet-montre qui reparaîtra sans doute dans les portraits comme bijou sur le bras des élégantes.

Chose curieuse, dans une des premières photographies, vers 1840, le diplomate Sir John McNeill a encore tenu à mettre en évidence montre et chaîne sur le guéridon ou il s'accoude. D'une manière générale, montres et pendules ne paraissent plus guère que dans la caricature ou dans la satire.

Enfin l'horométrie nous ramène au symbole, dernière image du présent ouvrage: Apollon ou, si l'on préfère, le dieu du jour et de la lumière, va conduire le char du soleil, après avoir révélé à Uranie, la muse de l'Astronomie, la grandeur et la poésie de l'Espace et du Temps. Bientôt les coursiers seront lancés en plein ciel, échappant aux lois de la pesanteur. Mais par là, nous nous éloignons de la mesure du Temps, pour rentrer dans l'Universel !

Alfred Chapuis : De Horologiis In Arte