L'Antiquité avait donné aux heures qui s'écoulent une figure plus gracieuse. Pour les anciens Grecs, la Mort était fille de la Nuit et sueur du Sommeil, munie d'ailes noires; on l'habillait d'une robe sombre semée d'étoiles. Ou ce sont des jeunes filles marchant ou dansant, porteuses de fruits et de rameaux fleuris, telles qu'on les voit sur l'autel des douze dieux du Musée du Louvre ou sur les fresques de Pompéi. Sans nous arrêter aux précieuses enluminures reproduisant des clepsydres arabes, rappelons que les plus anciennes figurations d'horloges mécaniques se trouvent dans les sculptures des cathédrales du moyen âge. C'est, parmi beaucoup d'autres, un bas-relief des stalles de la cathédrale d'Amiens où "l'Ange apporte le repas à Marie".
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'Horloge de Sapience', manuscrit du XVe siècle |
Durant le XIVe siècle, le symbolisme était particulièrement goûté et l'horloge à poids de cette époque, encore très rare et très admirée, devint l'emblème de la Sapience (ou sagesse) dont divers manuscrits enluminés donnent des représentations. L'idée était qu'une horloge, munie de beaux rouages et de carillons sonnants, doit, par sa distribution harmonieuse, proclamer la clémence du Sauveur et inspirer ainsi la dévotion.
Du XVIe siècle jusqu'au XVIIe l'horloge demeura l'emblème de la Tempérance en même temps que de la Mort. La Tempérance est une des quatre vertus cardinales de la philosophie antique: allégorie fréquente dans la décoration ciselée des hanaps, des aiguières, mais qui orne aussi des tombeaux tel celui de François II à Nantes. La Tempérance tient une petite Horloge dans la main gauche et un mors de cheval dans la dextre. Autre attribut fréquent, ce mors symbolise la raison qui freine les passions de l'homme. Quelquefois l'horloge est remplacée par un simple foliot ou un cadran solaire.
La Tempérance est souvent accompagnée d'une tête de mort. Comment est-on venu a produire de tels bijoux ? Certains servaient d'emblème dans plusieurs ordres laïques, tels les chevaliers de Jérusalem; on en voit un exemple dans les portraits de Theobald von Erlach du Musée historique de Berne où ce grave personnage tient dans main une petite tête de mort en même temps qu'une palme. Puis, autour de 1600, à une époque où dans plusieurs arts la fantaisie régnait en maîtresse, on imagina de présenter des bijoux de genre, taillés dans l'ivoire ou exécutés en métal noble, c'est-à-dire en or ou en argent, voire en cristal de roche. De là à en faire des montres, il n'y avait qu'un pas.
Mais revenons au symbole proprement dit. Une source également très ancienne se trouve dans les tapisseries sur lesquelles on voit fréquemment figurer de ces petites horloges en fer à poids, de caractère plus ou moins décoratif. En 1939, à l'Exposition du Prado à Genève, on pouvait voir sur de splendides tapisseries flamandes, provenant en fait du Palais National de Madrid, les symboles des Tempérances et "des combats des Vices et des Vertus", exécutés par Jean de Maubeuge.
Pourtant ce sont les miniatures qui offrent la plus riche documentation concernant les premières horloges d'appartement, et un excellent auteur, Alphonse Wins, dans l'Horloge à travers les âges, en reproduit quelques-unes. Le symbolisme continua, du reste, à être mis en honneur dans les siècles suivants.
Paul Véronèse (1528-1588) nous présente la Vertu tenant une horloge et terrassant le Vice. On peut admirer de même dans les célèbres stalles de l'église de St-Bertrand de Comminges (à l'entrée des Pyrénées) une représentation de la Vertu portant le même objet. L'on voit aussi l'enfant Jésus dans les bras de la Vierge, figurant entre un ange et un berger, et frappant les heures sur le timbre surélevé d'une petite horloge, pour annoncer les temps nouveaux. C'est ce que nous présente une gravure de la fin du XVe siècle, au seuil d'une époque où précisément l'horloge, de même que la montre née depuis peu, viendront se placer dans la réalité, parmi les hommes ou les choses, à titre parfois de curiosité ou de nouveauté ou mieux encore pour y apporter un heureux complément d'art.
Car, dès qu'elles pénétrèrent dans les appartements, les horloges s'embellirent d'ornements de style, comme tout autre meuble important. Ces appareils horaires qui, dans les commencements, n'appartenaient qu'à des souverains ou à de grands seigneurs, furent parfois façonnés en métaux précieux auxquels s'ajoutèrent exceptionnellement des rubis et des perles.Il en sera de même des premières montres.
Le titre l'indique clairement: il ne s'agit point ici de l'art appliqué dans l'horlogerie, mais de l'Horlogerie dans l'Art, c'est-à-dire de l'art enrichi de l'apport des objets, à l'origine si précieux, de l'horlogerie et de l'horométrie dans leur ensemble.