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Top chrono Swatch

Comme il a été révélé dans le journal L'Express du 14 octobre 1989 (éditorial économique), Swatch testait dans le plus grand secret un chronographe qui serait lancé en 1990. Effectivement, aux alentours du 20 mai 1990, ce chronographe Swatch était mis sur le marché. Au moment précis où les fabricants de chronographes avaient de la peine à faire face à la demande. Bien sûr, cette pièce n'avait absolument rien à voir avec les traditionnels chronographes mécaniques suisses, une spécialité que les concurrents étrangers confinés dans l'électronique pour ce type de montres compliquées n'a pas encore réussi à fabriquer avec un semblant de crédibilité et surtout de fiabilité.

La valeur ajoutée du chrono mécanique reste telle, que dès la fin des années quatre-vingts, et cela dure encore au moment où ces lignes sont écrites, on s'arrache les modèles connus à des prix moyens échelonnés entre 2000 et 15000 fr. suisses. Les grandes marques et la haute complication sur chrono, dépassant allègrement ces valeurs jusqu'aux environs de 50000 fr. Sans parler des ventes aux enchères de modèles classiques en Rolex ou Patek Philippe où les prix grimpent jusqu'à 200000 fr. Bref, le moment était particulièrement bien choisi par Swatch. En octobre 1989 le prix de lancement au public était prévu à 80 fr. A la fin de mai 1990, il sortait sur le marché suisse au prix de 100 fr.

Qualité à prix provocateur, nouveauté sensationnelle, annonçait le communiqué de presse rédigé à Zurich. En l'occurrence, il n'y avait là aucun superlatif: c'était bel et bien de cela qu'il s'agissait. A ce détail près, assez surprenant à vrai dire: les marketers Swatch parlaient d'un chronomètre, c'est-à-dire une montre ayant subi les épreuves du contrôle officiel suisse des chronomètres et muni du bulletin officiel ad hoc, armorié de la croix suisse, sorte de passeport de la précision. Et là, cela semblait dépasser franchement tout ce que l'on avait vu en matière de qualité à prix provocateur. C'était pourtant trop beau: Swatch priait les journalistes de rectifier et de remplacer le terme de chronomètre par celui de chronographe, plus approprié. Dont acte. Mais même sans bulletin officiel, cette montre compliquée, permettant de chronométrer à la seconde près les heures, les minutes, mais aussi les temps intermédiaires, promettait de faire mal sur les marchés. Notamment, aux Japonais Casio et Seiko.

On prévoyait une ruée sur les 150 points de vente en Suisse sélectionnés où cette pièce serait disponible au départ en quantité limitée. Et l'on ne fut pas déçu: ils disparurent avec la vitesse de l'éclair. A tel point que même en 1991, à l'ouverture de la Foire européenne de l'horlogerie et de la bijouterie à Bâle, plusieurs directeurs de fabrique d'horlogerie, eux-mêmes collectionneurs, tentèrent d'en obtenir en douce auprès de détaillants-horlogers qui visitaient la foire, contre des livraisons de leurs propres chronographes. Car celui qui se présentait pourtant dans un magasin distributeur de Swatch pour demander un chrono était regardé comme un inconscient: le commerçant ne disait même pas qu'il n'en avait plus il secouait simplement la tête. Ce qui signifiait beaucoup de choses...

En juin 1991, Nicolas Hayek, lors de la conférence de presse annuelle de la SMH à Berne promettait que les marchés seraient approvisionnés. On passerait de 120000 chronos par mois à près de 180000 très vite, ou quelque chose dans ce goût. Parole sans doute tenue sans beaucoup plus d'effets pour l'acheteur moyen: au Grand Passage, à Genève, une livraison de 100 à 200 pièces fut épuisée en une seule heure. Et ce n'est qu'un exemple. Quoique le prix eut été augmenté de 100 à 300 fr. II est vrai qu'à la vente aux enchères de Christie's, consacrée à Swatch, à Zurich, le 15 juin 1991, certains prix d'estimation avoisinaient pour la Swatch chrono collection parfois 250 fr., mais le plus souvent entre 350, 450, 600 et 800 fr. (pour le White Horses SCW 100). Et ce n'est qu'un début.

Les premiers modèles étaient livrables en six variantes de design différents: Skipper SCN 100, Sand Storm SCB 104, Black Friday SCB 100, Skate Bike SCB 105, Signal Flag SCN 101, White Horses SCW 100. Quant à la collection 1991, elle se présente sous forme de trois modèles très colorés: Neo Wave SCJ 100, Flash .Arrow SCL 100 et Navy Berry SCR 100, suivis de modèles plus classiques: Goldfinger SCM 100, sur bracelet cuir véritable, mais toujours avec la fameuse fixation en créneau Swatch (ton brun). Silver Star SCN 102, sur bracelet cuir véritable (ton bleu). Skipper SCN 100, sur bracelet cuir véritable/boîtier noir sur bracelet ton bleu plus clair. Black Friday (Swatch classique, habillée de noir, comme son nom l'indique, avec chiffres, compteurs et aiguilles blancs.

Au même titre que la première Swatch, le chronographe reste une prouesse industrielle, lorsque l'on sait le soin avec lequel il s'agit de produire ce type de montre compliquée avec du personnel hautement spécialisé. Même avec plusieurs moteurs au lieu du mécanisme classique, il faut le faire.

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