Accueil / Encyclopédie / Index encyclopédique / Histoire de l'Horlogerie / Histoire des ébauches / Les blantiers essaiment hors de Genève
Print
Diminuer la taille des caractèresTaille normale des caractèresAugmenter la taille des caractères

Les blantiers essaiment hors de Genève

La révolte contre le monopole genevois

En ses débuts, le système d'établissage adopté par la corporation de Genève va être profitable à cette dernière. Elle s'est réservé la belle part dans le travail : à la fin du XVIIIe siècle par exemple, on paye avec une journée de finisseur six journées d'ébaucheur. D'autre part, ce système entretient des prix relativement bas et favorise l'écoulement des produits genevois. A un tel point, qu'à l'étranger on s'en inquiète.

En 1763, les frères Castels, de Bourg-en-Bresse, demandent en effet appui au roi et tentent de porter pièce à cette jeune industrie genevoise en créant une manufacture d'horlogerie pour "faire tomber le commerce des montres de Genève qui fait sortir tous les ans du royaume une somme considérable, et s'emparer de ce commerce chez l'étranger en fabriquant des montres à si bas prix que les Genevois ne puissent pas soutenir la concurrence". Mais les frais d'exploitation d'une manufacture étaient encore trop élevés pour concurrencer les horlogers genevois, qui réussissaient à vendre leurs montres un tiers meilleur marché que celles des frères Castels.

Proscrite à Genève, - le recensement des professions de 1788 ne nomme pas les faiseurs de blancs par exemple, bien qu'à la même époque 6oo blantiers travaillent pour la "Fabrique genevoise" -, l'ébauche roturière s'étend en toute liberté, d'abord dans la campagne genevoise, puis dans le Pays de Gex, dans le Faucigny, la Savoie et le Jura vaudois. Et Genève draine toute la production des environs.

L'époque cependant est aux transformations. La France est en passe de se révolter contre les privilèges de toute nature. Si cette agitation allait de pair avec les efforts des blantiers pour se libérer de la tutelle de Genève, la corporation, elle, se méfiait de ces mouvements qui menaçaient son monopole. Elle s'attache âprement à ses jurandes, croyant défendre ses intérêts sans s'imaginer qu'elle pourrait nuire à l'industrie même car, "par définition, le système corporatif est opposé partout et toujours au grand atelier et à la machine. Cette hostilité répond à la volonté de maintenir une certaine égalité entre les maîtres et de restreindre la concurrence". Partout, que ce soit à Genève, à Bâle, à Neuchâtel, à Berne ou à Soleure, les corporations ont lutté avec vigueur pour le maintien de leurs privilèges économiques, en édictant des règles toujours plus sévères à l'endroit des étrangers et des non-bourgeois. Aussi les établisseurs, maîtres horlogers et compagnons, ayant appris le métier à Genève, mais n'y jouissent d'aucun droit de cité, cherchèrent-ils fortune hors des communes bourgeoises.

En 1760, ce sont les Vaudois Ador et Bonnard, tous deux formés à la fabrication genevoise, qui obtiennent de créer une manufacture d'horlogerie à Berne. A la suite de difficultés pécunières et de rivalités économiques, cette manufacture fut transférée à Vevey par un autre Vaudois du nom de Michot, dans le but de libérer les blantiers établis dans le Pays de Vaud des bras tentaculaires de Genève. L'entreprise dut assez rapidement fermer ses portes : les ouvriers spécialistes, finisseurs et termineurs, étaient encore très rares en dehors de Genève.

Dans d'autres communes sises au bord du Léman, on réclama, vers 1775, l'abolition de la maîtrise établie peu auparavant, pour rompre les liens économiques imposés sans appel par la Fabrique genevoise. La division du travail aurait pu ainsi se faire sans encombre et l'industrie se serait sentie plus au large, mais les effets escomptés tardèrent à se produire. A l'est de Genève, un seul genre de fabrication réussit à s'implanter durablement et uniquement dans le Jura : celui des mouvements. L'esprit corporatif n'avait pu atteindre ces hautes régions où, grâce à des horlogers expérimentés et à des commerçants en blancs, parmi lesquels mentionnons Charles-Auguste Piguet, l'horlogerie s'installe dans la vallée de Joux et à Sainte-Croix. On s'y spécialise d'abord dans les blancs, les mécanismes de sonnerie, les rouages et les pignons, tous produits dont la qualité s'impose bientôt sur la place de Genève, puis dans le Pays de Neuchâtel.

Tout le Jura d'ailleurs parait offrir un terrain propice à cette jeune industrie qui ne demande qu'à s'étendre. Le sol y est avare de ses dons, les habitants y sont pauvres mais industrieux, car les conditions de vie ne les poussent guère au dolce farniente. De longue date, on y a travaillé le fer, sinon les métaux nobles, la pendule était un article de la région et on s'était mis à faire des dentelles et des indiennes dans les régions basses et moyennes du Pays de Neuchâtel. Il y avait donc déjà une tradition de mains agiles et il n'en fallut pas davantage à l'horlogerie, d'autant plus qu'aux premiers jours de l'établissage, on ne demandait pas à la main-d'oeuvre un doigté d'une sensibilité et d'une exactitude extraordinaires. Ce sont des établisseurs du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui vont exploiter la voie traditionnellement ouverte par Daniel JeanRichard. Vers 1785, des blantiers se fixent dans le Val-de-Travers. Et l'horlogerie des Montagnes neuchâteloises va, à la barbe de Genève qui n'a pas d'assez "longs bras" pour lui porter atteinte, prendre son essor et pousser vers l'est, vers l'Erguel qui restera, au courant du XVIIIe siècle et jusqu'en 1830, comme une colonie horlogère neuchâteloise.

Dans cette région en effet, l'atelier précède le commerce, comme dans le Jura vaudois. On s'y spécialise dans les pièces mécaniques : Moïse Wuilleumier de La Sagne se fixe avec ses frères à Tramelan comme finisseur, David de la Reussille y fabrique des blancs et des cadratures à répétition ; l'atelier de blancs des frères et soeurs Frésard, à Villeret, entre en activité dans les années 1765 ; plus tard encore, on mentionne un autre faiseur d'ébauches, du nom de Bourquin, dit chez le Secrétaire. Des ateliers de mouvementaires apparaissent à Courtelary, à Saint-Imier, à Renan et à Corgémont.

L'état de l'horlogerie

Voici, à l'époque de la Révolution française, l'état de l'horlogerie suisse dans ses grandes lignes : Genève en constitue encore le centre incontesté, mais centre aristocratique, privilégié, dont les produits sont avant tout de luxe. Ne faisant pas d'ébauches, elle se les procure dans la campagne genevoise, le Pays de Gex, le Faucigny et la vallée de Joux. Cette vallée est à la limite du domaine que commande la Fabrique genevoise et, déjà, sent-elle l'attraction d'un nouveau centre de vente et de comptoirs qui paraît s'affirmer dans les Montagnes neuchâteloises, centre qui, à son tour, commandera le travail des vallées du Jura au sud et à l'est. Si le premier centre est celui de la montre "noble", le second tend plutôt à devenir celui de la montre "citoyenne", car il prospère dans une région qui ne connaît pas les privilèges commerciaux ; la liberté de commerce qui y règne tend à diminuer l'importance des produits de luxe et à parfaire la division du travail. L'industrie s'étend maintenant de la cité de Calvin à Moutier et elle procure du travail à 10.000 personnes environ. La moitié de ce nombre est occupée à Genève, qui s'attribue encore une part proportionnellement supérieure quant à la valeur de la production d'ensemble.

L'outillage traditionnel - étaux à banc et à main, pinces, brucelles, bocfil, filières et autres - lui aussi a dû s'adapter à la nouvelle méthode de travail. Il est complété par le tour à ébaucher, les outils à diviser les roues, à tailler les roues plates et les fusées, à refendre les roues, à centrer, à replanter. Les roues passent maintenant entre les mains du blanquier proprement dit, du fendeur de roues, du finisseur, du faiseur de dentures et du polisseur. Un autre spécialiste, et qui prendra toujours plus d'importance, c'est le "faiseur d'outils". Pour tourner, le blanquier se sert au début de l'archet, puis de la pédale dont la roue motrice est actionnée par le pied. Suivant les besoins et surtout l'audace du "faiseur" ou de l'établisseur, ces perfectionnements techniques apparaissent plus ou moins nombreux. La production moyenne par ouvrier de 24 mouvements bruts à l'année, au tout début de la division du travail, passe à deux, à quatre, puis à six ébauches et davantage, par semaine.

    Toutes les actus

    26.05.12 06:00

    VACHERON CONSTANTIN - Escale japonaise sous les cerisiers en fleur

    Montre Hanami de la collection Métiers d’art – La symbolique des laques

    Chaque année depuis 2010, Vacheron Constantin dévoile un coffret de trois montres...

    26.05.12 06:00

    A.LANGE & SÖHNE - Saxonia Thin

    Saxonia Thin

    C'est la plus fine des montres d'A. Lange & Söhne jamais créée. La nouvelle version en or...

    25.05.12 15:53

    CERTIFICATION - Des diamants et de l’or 100% éthiques? Le défi est lancé

    Diamant © www.responsiblejewellry.com

    Une marque a-t-elle forcément une attitude raisonnable vis-à-vis de l’environnement?