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Duo comique, tableau mécanique |
Honoré Daumier, le grand artiste caricaturiste qui poursuivit le ridicule dans tous les domaines et s'attaqua, entre autres, aux bourgeois sans goût, béats et satisfaits, a représenté l'un d'eux devant un tableau où la tour de l'église contient une horloge. On voit sur cette gravure le bonhomme tout sourires contemplant avec extase une telle merveille. La légende porte : «Achat d'un tableau-horloge; ravissement inexprimable du bourgeois qui entend sonner midi avec un bruit de tocsin.»
Aujourd'hui, on ne considère plus de pareils objets comme des chefs-d'oeuvre incomparables, mais comme des bizarreries d'antan, d'un goût parfois discutable, bien qu'il y en eût quelques-uns de jolis. Par contre, les tableaux mécaniques, c'est-à-dire représentant une scène animée, sont restés des curiosités recherchées des collectionneurs, et si certains choquent par leur surcharge ou leur présentation hétéroclite, d'autres, au contraire, plaisent par leurs belles proportions et par l'esprit qui les anime. Nombre d'entre eux comportent aussi une horloge vivante ou une pendule figurée par une montre à sonnerie dont le cadran seul est visible. Parfois celui-ci est placé dans le cadre.
Anatole France évoque un tableau mécanique qui l'avait frappé dans son enfance: «Elle était pourtant très curieuse la salle à manger à cause d'un tableau à horloge qui représentait une montagne au bord de la mer avec une église, sous un ciel bleu. Et quand l'heure sonnait, un navire s'agitait sur les flots, une locomotive avec ses voitures sortait d'un tunnel et un ballon s'élevait dans les airs.»
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Tableau mécanique, chez le devin (coll. Malassis) |
La variété de ces tableaux mécaniques est très grande. De telles oeuvres existèrent depuis la fin du XVIe siècle; les deux siècles suivants, surtout le XVIIIe, en produisirent de très réussis en France, en Angleterre, en Allemagne et en Suisse. (On fit alors aussi des tableaux-horloges, mais d'un genre différent, d'ordre décoratif.)
A Lille se trouvait chez André Beague, marchand, en 1750, selon son annonce, «dans un magnifique cadre tout de glace, un tableau mouvant peint par Bernardin... Il serait ennuyeux de décrire ici les différents sujets qu'il représente à cause du nombre. Au jugement des connaisseurs, cette pièce mérite attention».
Le XIXe siècle en vit naître de plus nombreux encore, faits avec plus ou moins de goût, certains joliment agencés, d'autres, au contraire disproportionnés et d'une complexité exagérée.
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