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Montres et tabatières à automates

Montre à trois jaquemart

Dans son infinie variété, contient une figuration humaine et animale, à des échelles très différentes, depuis certains gigantesques jaquemarts, dominant de très haut la gent humaine (il en est qui atteignent plus de trois mètres), jusqu'aux minuscules personnages des tabatières, des montres et même des bagues. Ces trois dernières catégories furent surtout à la mode dans le dernier quart du XVIIIe siècle, puis, jusqu'en 1830 environ. A leur décoration travaillaient, en plus de l'horloger, le bijoutier, le joaillier, le sertisseur et graveur, l'émailleur et le peintre sur émail. Cette collaboration d'artisans bien au fait de leur métier, a souvent produit de véritables petites merveilles.

C'est dans les tabatières et les bonbonnières, leurs cousines, que l'on trouve la plus grande fantaisie, parce que leur surface, plus grande que celle des montres, permettait le développement de scènes animées plus importantes. Une troisième catégorie d'objets avec montres et parfois divers automates, est constituée par les nécessaires à coudre ou à broder, les flacons à parfums, dont certains peuvent compter parmi les plus riches objets de la fin du XVIIIe siècle et de l'époque Empire. Les collections d'horlogerie que nous avons étudiées, de même que les catalogues de vente, nous révèlent la très grande variété de ces objets.

Vers 1820 la mode exigeant toujours du nouveau, on chercha d'autres formes : carquois, boîtes en forme de papillon, de coeur, de coquille, de fleur, de pastèque, de corbeille, d'instrument de musique (théorbe, rebec, guitare, lyre), de bouclier, de cadenas, de pommeau de canne, d'urne, de lorgnette, etc., avec ou sans montre, beaucoup comportant des automates, jusqu'à des broches, des pendentifs et des bagues.

Tabatière, volets ouverts

C'était le deuxième âge de la montre fantaisie, après celle de la fin de la Renaissance, de 1550 à 1650 environ ; mais la première, dans sa richesse, ne connut point ces jolies scènes exécutées par de menus automates, ni les musiques qui accompagnaient leur jeu. Rappelons en quelques mots les principaux types de ces automates lilliputiens. Les plus nombreux et les moins difficiles à confectionner, sont les jaquemarts frappant sur une ou deux cloches ou plutôt faisant le simulacre, car, en réalité, le son est produit par des marteaux cachés, sur des ressorts-timbres qui entourent le mouvement. Ces jaquemarts sont d'aspect très varié, souvent au nombre de deux, mais aussi seuls, ou plus nombreux, jusqu'au nombre de cinq. Ils étaient placés soit à l'extérieur du cadran et excentriquement, soit à l'intérieur des heures. A côté d'eux, on imagina bientôt d'autres personnages : le Temps avec son inséparable faux et plus souvent encore une fileuse ou un rémouleur, ici et là réunis.

Les scènes varièrent de plus en plus

L'époque Louis XVI, comme celle qui la précéda immédiatement, s'est plu à représenter l'amour sous toutes ses formes. C'est le cas en d'assez nombreuses montres à automates où l'on voit représentés des amours forgerons ou d'aimables pages en train de frapper sur l'enclume, puis d'aiguiser les flèches dangereuses de Vénus.

Les Bonbonnières

Bonbonnière avec automates

Ce que l'on fait rentrer sous le nom général de «tabatière», constituait très souvent des bonbonnières. Celles-ci revêtaient parfois la même richesse, mais certaines sont plus simples, c'est-à-dire que le fond émail est remplacé par un décor sous vernis Martin, les personnages étant découpés dans de l'ivoire et peints. Tandis que les pièces émaillées sont en général d'origine genevoise ou neuchâteloise, les bonbonnières dont nous parlons paraissent plutôt d'origine française.

Nous ne nous arrêterons point, cela va sans dire, aux montres et tabatières à sujets polissons (dénommées «lubriques» dans les anciens inventaires) où un secret découvrait quelque peinture par trop nue ou des automates libertins. Certaines de ces pièces servaient d'attrapes et d'amusement, ou avaient un caractère plus qu'osé. Il en était de grossièrement façonnées, d'autres, au contraire présentées avec grand luxe. Ces montres qui s'exportaient en général au loin, étaient payées fort cher. D'autres aussi se vendaient sur place clandestinement, si bien que des fabricants ou des commerçants se virent poursuivis par la justice, comme nous le constatons en pays neuchâtelois.

Les montres à guichet dans lesquelles passent en cortège des personnages non mobiles ne nous arrêteront pas. Rappelons cependant les pièces dites "secteur" où un petit personnage en métal, découpé et ciselé, indique l'heure et les minutes de ses deux bras mobiles sur des secteurs marqués de chiffres et placés de chaque côté. C'est en général par pression que l'on fait mouvoir les bras.

Les bagues avec automates sont parmi les plus délicats objets de ce genre. Il en est qui ne comportent que de petits jaquemarts, mais d'autres qui présentent des scènes relativement compliquées.

D'après la lettre suivante, écrite par J-F. Leschot à son client Duval à Londres, en 1802, ce serait dans ses ateliers à Genève que les premiers de ces bijoux auraient été imaginés et construits:

" J'ai en établissement deux bagues à mécanique : tableau mouvant, garni en roses, représentant un oiseau sorti de sa cage mais ne bougeant point, plus une femme jouant un air de musique au moyen d'une manivelle et un jeune homme vis-à-vis, battant la mesure avec le pied. Vu le petit volume de cette pièce, le son en est très distinct. C'est un genre d'ouvrage absolument nouveau; il ne s'est fait encore rien de pareil."

Les Automates d'Alfred Chapuis et Edmond Droz, Editions du Griffon
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