C'est plus haut que l'ère chrétienne qu'il faut remonter pour connaître les premières machines naïves par lesquelles on reproduisit artificiellement le chant des oiseaux. Philon de Byzance, entre autres, utilisait dans ce but la pression de la vapeur ou celle de l'air: moyens qu'imitèrent plus tard les Arabes et les Persans.
Héron d'Alexandrie, puis les mécaniciens de la Renaissance, tels Salomon de Caus, compliquèrent cette présentation en faisant interrompre le sifflement de leurs volatiles, lorsqu'une chouette, par exemple, se retournait de leur côté. De petits tuyaux d'orgue furent introduits dans ces mécanismes, apportant une variété de sons plus grande.
Puis, au début du XVIIIe siècle, on imagina d'imiter plus ou moins le chant des oiseaux par des mélodies au moyen de «jeux de flûtes» ou «serinettes», c'est-à-dire par un jeu d'orgues très réduit dont un tambour à goupilles actionne les soupapes. Il y avait des ateliers spécialisés dans la construction de ces instruments, et nous avons relevé, à l'intérieur d'un de ceux-ci, l'inscription : "Gavor, fils, facteur d'Orgues et de Serinettes, à Mirecourt en Lorraine."
C'est le système qu'employa encore en 1750 Pierre Jaquet-Droz pour l'oiseau qui orne sa fameuse pendule du «Berger». Cet oiseau qui tourne sur lui-même est déjà doué des mouvements du bec, de la tête et des ailes; son chant est produit par une serinette à huit airs.
Mais ce fut surtout le ramage des oiseaux que l'on réussit à rendre par une nouvelle invention, avec une perfection presque incroyable, roulades, trilles, trémolos, dans leurs infinies variantes, comme on les entend exécuter par le rossignol, le pinson et d'autres petits chanteurs de nos bois.
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Dessin de G.Suc, Paris,Oiseau chantant de Philon de Byzance |
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Schéma du sifflet et de la soupape. Chant d'oiseau |
A l'époque où la trop célèbre comtesse de la Motte menait grand train, avant de se lancer dans l'extraordinaire aventure du «Collier de la Reine», en 1784, on put admirer chez elle, parmi cent autres bijoux, «un oiseau automate qui chantait et battait des ailes et qui avait été échangé contre un diamant de quinze cents livres». Sans doute était-il contenu, comme la plupart des oiseaux mécaniques d'alors, dans une tabatière. Les Jaquet-Droz et leur précieux collaborateur jean-Frédéric Leschot, furent-ils les inventeurs de ces dispositifs? Ce que nous pouvons affirmer, c'est que nous ne connaissons pas de spécimens plus anciens de pièces de ce genre que ceux qui sont sortis de leurs mains.
Les Jaquet-Droz et Leschot, établis plus tard à Genève, produisirent, comme leurs livres de comptes nous l'ont prouvé, quantité de ces précieuses tabatières à oiseau chantant; ils étaient secondés par de très habiles ouvriers, à commencer par J-F. Leschot, qui devint ensuite associé, puis chef de la maison, Jacob Frisard, à ses débuts spécialiste, orfèvre, Lemaire, Henri Maillardet, à Londres et ses deux frères qui s'établirent aussi à leur compte, à Fontaines, au Val-de-Ruz. Il y avait en plus, de nombreux ouvriers secondaires spécialisés.
C'est le cas de M. Antoine Salmon à Genève, le très habile constructeur et réparateur d'oiseaux chantants qui, ayant eu l'occasion d'étudier tous les genres d'oiseaux mécaniques, nous écrivait: «Les anciens oiseaux chantants sont de beaucoup les plus intéressants. A tel point que lorsque je fais une démonstration dans telle ou telle exposition, je fais chanter de préférence les anciens. Tout le monde alors s'émerveille devant la grâce de l'oiseau et la beauté de son chant.»
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Tabatière des Jaquet-Droz ( collection H. Wilsdorf) |
Cela ne veut point dire naturellement que certains oiseaux modernes, ceux de MM. Lucien Bontems, Alfred Bontems, Frioulet, à Paris, et en particulier de M. Salmon, lui-même, à Genève, ne produisent point un très joli effet, malgré leurs mécanismes plus simples que ceux d'antan. Certaines des oeuvres anciennes ont pu être appelées des jouets de rois. Seule la belle clientèle princière de jadis permettait la naissance de tels chefs-d'oeuvre aussi somptueusement présentés, car la décoration des boîtes allait de pair avec les mécanismes; elles étaient en or, émaillées, avec entourages de perles, voire de diamants, etc...
Les premières tabatières à oiseau des Jaquet-Droz donnaient surtout des mélodies composées et arrangées. C'est à la fin du XVIIe siècle que l'on entendit les véritables chants d'oiseaux et au XIXe siècle, on fit mieux encore.
Vers 1810, jean-Frédéric Leschot avait à peu près cessé son activité, et son fils, Georges Leschot, technicien et inventeur de grande valeur (dont les conceptions allaient révolutionner la fabrication de la montre), s'orientait déjà dans une toute autre direction.
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Pommeau de canne à oiseau chantant |
Deux fils du premier Rochat, Ami-Napoléon et Louis Rochat, s'associèrent et continuèrent dans la suite, à Genève, la fabrication des oiseaux chantants, cherchant à les introduire dans quantité d'objets nouveaux souvent inattendus, réalisant à cet égard des tours de force ou plutôt d'habileté et de technique incomparables. Ce sont des miroirs surmontés d'une rose qui s'ouvre pour faire paraître un oiseau, des nécessaires à broderie d'une richesse inouïe, de très petites cages somptueuses, et ces extraordinaires pistolets d'or, émaillés et garnis de perles et de diamants à l'extrémité du canon desquels apparaît le colibri qui ouvre le bec, tourne, bat des ailes, chante pour disparaître ensuite.
Marcel Piguet écrivait à ce sujet:
«Le mécanisme, composé de plusieurs platines superposées portant divers barillets à chaîne ainsi qu'un nombre considérable de pièces d'acier bizarres, est, dans quelques-uns de ces pistolets magiques, d'une complication telle qu'il faut toute là patience et tout le talent de nos meilleurs horlogers pour parvenir à le comprendre et à le réparer.»
En réalité, bien que, sous le rapport technique, ces pistolets ne diffèrent point des autres pièces à oiseau, leur fabrication offrait d'extrêmes difficultés qui furent surmontées avec une maîtrise incomparable. Les oeuvres des Frères Rochat sont signées FR dans un cercle ou un losange, suivis d'un numéro.
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