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Les pendules au XVIIIe siècle

Encore une scène de théâtre, mais de caractère profane dans cette pendule vénitienne de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle est à poids, le tout placé dans une longue gaine de style. L'extérieur de la pendule proprement dite, haute de 57 cm, construit en bois laqué vert et or, fait penser à celui de certaines horloges de la Forêt-Noire de la meilleure époque. Mais le caractère des automates est différent. Ces deux figurines polychromes sont vêtues de costumes vénitiens très caractérisés de l'époque. Elles dansent au son d'un carillon de timbres frappés par des marteaux qu'actionnent les pointes métalliques d'un rouleau en bois. Les motifs joués sont d'anciennes danses du pays.

Pendule à poids avec figurines dansantes, d'origine vénitienne.
Pendule Anglaise à quantième, à musique et à automates, époque 1740.

Les pendules anglaises, « longue-ligne », ou « de parquet », dont la variété est immense, présentent parfois, de même que les pendules flamandes ou hollandaises, les phases de la Lune ou de petites scènes d'automates, plutôt discrètes, placées presque toujours au-dessus du cadran. Les personnages sont en général minuscules; découpés et peints dans du métal, ils ressortent sur un paysage: marine, sites hollandais et défilent en cortège. Ils sont remplacés souvent aussi ou complétés par des navires qui tanguent continuellement, actionnés par le mécanisme. Ce sont aussi, comme dans les tableaux que nous étudierons dans un autre chapitre, des scènes de métiers, toujours sur le fond d'un paysage où se silhouettent de grands arbres, rappelant la campagne anglaise.

Lors d'une Exposition artistique et technique sur les anciens moulins à vent au «Victoria and Albert Museum» (1948), nous avons vu la belle pendule hollandaise, signée jean-Henri Amster. Cette pièce présente une boîte ornée du haut en bas de superbe marqueterie et de très beaux bronzes ciselés de style Louis XV. On y voit, au-dessous du cadran, un paysage néerlandais typique avec, comme de juste, trois moulins à vent et un pêcheur levant et abaissant sa ligne, non loin de deux élégants promeneurs.

Pendule Anglaise

Les pendules de cheminée anglaises et hollandaises offrent aussi des scènes variées de petits automates, paysages ou scènes d'intérieur. C'est une horloge de table signée «Tho. Moore, Ipswich», en bois, ornée de très beaux bronzes. La scène représente un groupe de cinq musiciens en costumes de l'époque Louis XVI, qui entrent en action en même temps que la musique de la pendule se fait entendre.

La pendule anglaise suivante, avec marine animée au-dessus du cadran, est d'un style bien différent. Il s'agit d'une de ces très riches pièces confectionnées pour l'Orient aux époques où les négociants britanniques avaient réussi à évincer leurs concurrents français et genevois à Constantinople, selon les fluctuations d'une lutte politique et économique séculaire.

Dès 1780, les Anglais triomphaient de nouveau, puis plus nettement encore, à l'époque de la Révolution et de l'Empire. C'est pour cette raison que l'on voit dans tout le proche Orient d'innombrables montres anglaises, mais aussi de nombreuses pendules de même origine. Les plus belles sont conservées dans le Trésor de Topkapou, au Musée du Vieux Sérail à Istanbul, où nous avons obtenu l'autorisation d'en faire photographier un certain nombre.

Pendule Ecaille et bronze, avec marine animé (Musée du Sérail, Istanbul)

Celles-ci, provenant des anciens palais des sultans, sont dans ce style très fastueux, parfois un peu lourd, qui caractérise le règne de Georges III. A cette époque, l'Angleterre possédait des ateliers d'arts industriels de premier ordre, en particulier des bronziers réputés. Cette pendule, haute de 68 cm. et large de 30, est en bois recouvert d'écaille. Ses ornements, qui prennent une large place, sont en bronze massif doré et superbement ciselés. Le tout a belle allure. Un des petits cadrans intérieurs concerne la musique, l'autre «le sonne» et le «non sonne». Le grand cadran, comme on le voit, porte les chiffres turcs. C'est au dessus que, sur un fond de marine, tanguent et roulent quelques navires que la photographie ne montre que fort indistinctement. La pièce est signée de trois noms: Markwick, Markham, Borrel, London. En effet, ces trois horlogers étaient associés en 1780. Le Musée du Vieux Sérail contient plusieurs autres de leurs oeuvres. L'une d'elles, au lieu d'un paysage animé, présente une série de cascades figurées par des fils torses en verre tournant en plusieurs sens.

Il y a ressemblance de forme entre cette pendule du Sérail et celle de Diego Evans, rencontrée à Londres; mais le décor de cette dernière est plus simple, d'une ornementation plus sobre, pourtant de très bon goût, en bois précieux avec des bronzes bien travaillés. Les automates sont également placés au-dessus du cadran, sur quatre plans différents. Au fond, sur un pont incurvé, passent en bon ordre des compagnies de soldats, fantassins et cavaliers. Sur la rivière, c'est un cortège de bateaux divers et, plus en avant, un chien, nageant, poursuit des canards qui, de temps en temps, plongent. Enfin, au tout premier plan, à droite et à gauche on voit gesticuler Arlequin et trois autres personnages de la Comédie italienne.

Sur le cadran, se lit la signature «Diego Evans, Bolsa Real, Londres». Les Evans fournirent toute une dynastie d'horlogers londoniens. A la fin du XVIIIe siècle et au début du suivant, James Evans & Sons exportaient de nombreuses pendules en Espagne, toujours de belle qualité. Elles portent divers noms des membres de cette famille.

Pendule Française

Pendule Empire avec deux groupes d'automates, Vulcain et Neptune de De Belle à Paris

La pendule suivante, en bronze doré, en forme de vase, est française et de style Empire bien caractérisé, malgré quelques rappels du style Louis XVI, comme la tête dé bélier. Elle s'apparente aux pendules de cheminée, mais elle est d'assez grandes dimensions (8 cm de hauteur et 47 de largeur).

Dans son aspect général (exception faite du col moins large) et dans toute son ornementation, cette pendule est semblable à deux pièces, constituant une paire, que nous avons rencontrées jadis au Palais royal de Madrid.

Ces pendules sont pourvues dans leur panse, au-dessous du cadran, d'un groupe d'automates que découvrent des panneaux glissant dans des rainures. Ces panneaux s'écartent à l'heure ou à volonté. Les groupes d'automates ne sont pas les mêmes dans les deux pièces. Dans l'une c'est la forge de Vulcain, sujet classique s'il en fut. Dans l'autre, c'est la scène souvent représentée aussi de Neptune armé de son trident, debout dans une conque marine, parmi les flots mouvants où s'ébattent des naïades.

Or, ces deux groupes d'automates se retrouvent dans cette pendule-ci qui appartient à une collection suisse. L'un est placé, comme on le voit (pas très distinctement), dans la panse et l'autre dans le pied. Il y a de plus, dans le médaillon du col, un oiseau chantant mécanique. Nous n'avons pas trouvé de signature sur cette pendule, mais comme ses soeurs du Palais de Madrid; portent le nom "De Belle" à Paris, nous pouvons conclure avec certitude, quelle est sortie du même atelier. Cet horloger est cité à Paris en 1792 comme fournisseur de palais et châteaux princiers. Il habitait alors rue de l'Arbre sec (où se trouvaient plus anciennement, les fourches patibulaires) derrière l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois qui fait face au Louvre.

Les Automates d'Alfred Chapuis et Edmond Droz, Editions du Griffon

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