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L'horloge de Berne

Rappelons que les horloges mécaniques proprement dites paraissent dater des débuts du XIVe siècle. Leur mouvement devait être fort simple, mais, vu l'utilité de ces instruments horaires, ils furent très vite répandus et, par conséquent, rapidement perfectionnés. Après que les heures eurent été sonnées à la main en Occident ou en Orient, annoncées à son de trompe, on perfectionna le mécanisme de la sonnerie en l'assurant aussi automatiquement. D'abord on ne sonna que les heures, puis les demies et les quarts.

Le Jaquemart

Qui eut le premier l'idée de faire frapper visiblement les heures par un personnage mécanique, le jaquemart ? On ne peut le préciser. Ce qui est certain, c'est que cette fantaisie remporta le plus grand succès auprès du public et qu'elle trouva bientôt des imitateurs dans tous les pays d'Occident. Avec la sonnerie des quarts, apparurent d'autres automates qui bientôt, outre leur rôle pratique, jouèrent des scènes animées, religieuses ou profanes qui amusaient prodigieusement le peuple : défilé de mages devant la Madone, de rois, de princes, de figures symbolisant le Temps, la Mort, apparition d'animaux, chant du coq, etc. Un jaquemart est donc une figure de fer ou de fonte représentant en général un homme armé, tenant un marteau à la main et qui, mû par un mécanisme, frappe les heures sur la cloche d'une horloge, d'où certainement l'origine de cette appellation qu'on a interprétée de diverses façons, souvent fantaisistes.

L'horloge de Berne (Zeitglockenturm)

Le jaquemart de la "Zytglogge" de Berne.

L'édifice qui contient cette horloge célèbre, que les Bernois appellent « Zytglogge », constituait, à l'origine, l'extrême tour de garde du côté de l'ouest. On ne peut dire exactement à quelle époque on y plaça une horloge. Divers maîtres d'état sont cités vers 1500 à son sujet, mais sans doute est-elle plus ancienne. Selon M. Ad. Fluri, professeur à Berne, qui nous a très obligeamment communiqué le résultat de ses remarquables travaux sur l'histoire des édifices de Berne, le jaquemart en bois sculpté qui frappe les heures tout en haut de la tour est antérieur aux autres personnages animés. On l'appelait « Hans von Thann » ou von Tannen et il n'a pas été possible d'en indiquer l'origine. Remarquons que dans plusieurs villes des Flandres et des contrées voisines, des automates de ce genre s'appellent jean ou Hans. Selon M. Wins, il faudrait voir l'origine de cette appellation dans le nom de Saint-Jean Baptiste spécialement honoré en ces villes.

Notre Hans bernois devrait-il aussi son nom au précurseur du Messie? Ce n'est point impossible. En tous cas, son aspect est celui d'un rude guerrier bardé de fer plutôt que de l'Annonciateur, et il paraît symboliser la garde du pays et la vigilance de ses défenseurs.

Revenons à l'horloge nouvelle qui fut installée en 1530 par Gaspard Brunner ainsi que l'indique une plaque gravée qui y est apposée. Cet artiste occupa une place importante dans la ville; il imagina les automates qui régulièrement jouent leur petite comédie pour la joie des passants. Mais l'horloge fut réparée et transformée à plusieurs reprises. Il y avait jadis deux trompettes qui sonnaient et ont été supprimées. Le coq surmontait le petit toit tandis qu'aujourd'hui il est placé à droite du roi. Par contre, on y ajouta à gauche, un lion et le pittoresque défilé des oursons aux pieds du roi. A toutes les heures, du jour et de la nuit, les figures s'animent. En premier lieu, le coq bat des ailes et pousse son cocorico. Alors le roi retourne son sablier, puis il abaisse son sceptre vers l'un des ours qui tourne la tête et incline son épée pour indiquer que le défilé des six autres ours peut commencer; ceux-ci apparaissent ensuite, les uns marchant à quatre pattes, d'autres debout; et l'un est à cheval. Ils sont armés soit d'une massue, soit d'une hallebarde. Le fou, assis à l'étage supérieur, frappe l'heure alternativement sur deux clochettes.

Ce défilé terminé, le coq chante une deuxième fois et, en haut de la tour, le jaquemart sonne lentement les quarts et les heures. Le vieillard compte les coups en remuant son sceptre, en ouvrant et fermant la bouche, le lion tourne en même temps la tête. Enfin le coq chante une troisième fois et tous les personnages se figent dans leur immobilité jusqu'à l'heure suivante.

Le défilé des oursons
Le roi de l'horloge de Berne

Rappelons qu'en plus, le cadran astronomique de 2 m 50 de diamètre, placé à gauche des automates (au-dessous du grand cadran), indique l'heure, le nom du jour de la semaine, celui du mois, les phases de la lune et le signe du zodiaque dans lequel passe le soleil. Il fut remis à neuf en 1929. Le mouvement d'horlogerie est tout en fer forgé, il possède des roues dont les dents sont en acier trempé, limées à la main, rapportées et fixées par une vis et une clavette. Malgré son grand âge le mouvement est en parfait état.

L'échappement est à roue de rencontre; le régulateur à foliot qui existait primitivement est remplacé maintenant par un pendule suspendu par une peau de buffle, à côté des rouages. Il est constitué par une tige d'environ deux mètres, et sa masse est un boulet de canon en fonte de 40 cm. de diamètre. Le réglage de la marche s'opère par le haut du pendule. Ce mouvement actionne toutes les aiguilles des cadrans, ainsi que la sonnerie des quarts et celle des heures. Une came déclenche aussi au moment voulu un deuxième rouage également en fer forgé qui est chargé de mettre en mouvement le jeu des automates. Les commandes se font par des cames poussant des leviers. Les points d'articulation de ceux-ci sont presque tous constitués par des pitons directement scellés dans la maçonnerie de la Tour. On voit aussi sur la même figure, le rouage du sablier royal, les leviers qui donnent les mouvements du bras tenant le sceptre, et celui de la bouche. Au-dessous, on distingue le carrousel.des oursons et plus bas encore le soufflet donnant l'air pour le chant du coq. En résumé, ce mécanisme est très simple et l'actionnement de tous les automates, comparable à la sonnerie d'une horloge.

Les Automates d'Alfred Chapuis et Edmond Droz, Editions du Griffon

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