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Devins, Magiciens, Escamoteurs

Le XVIIIe siècle n'a eu de crédulité que pour la magie, a-t-on dit avec quelque raison. Le fait est que certains des personnages les plus en vue de ce temps-là s'adonnaient à cette science des anciens mages: le comte de Saint-Germain, Lascaris, Cagliostro, et bien d'autres encore. Plusieurs d'entre eux, il est vrai, pratiquaient plutôt ce qu'on appelle aujourd'hui la magie blanche. Vocable moderne, en effet, qui est l'art de produire des effets merveilleux par des moyens purement naturels, empruntés à la physique, à la chimie, à la prestidigitation.

Par ces moyens, on simula des prodiges comparables à ceux dont se vantaient les magiciens: apparitions, disparitions de fantômes, jeux de décapités parlants, d'automates habilement construits, etc...

Au nombre de ces automates, se trouvaient les devins. La divination s'est manifestée de tout temps et en tous lieux. Tous les peuples du globe l'ont pratiquée, et, comme l'écrivait le poète Delille:

"Naguère des esprits hantaient chaque village

Tout hameau consultait son sorcier, son devin."

Il est naturel que les constructeurs d'androïdes aient cherché à en créer, qui remplissent le rôle de magiciens ou de devins. Nous sommes ici, bien entendu, dans ce domaine de la magie blanche, bien qu'Alphonse Esquiros, dans son livre, Le Magicien, paru vers 1850, et rempli de bizarreries romantiques parle d'un androïde de bronze "qui prêchait la chasteté".

Le grand Magicien des Maillardet (Chaux-de-Fonds, musée de l'horlogerie). Pendule du Grand Magicien.

Devins

Des livres de mécanique amusante, parus au XVIIIe siècle, indiquent le moyen de construire de petits temple de devins (ou magicien) dans lesquels des réponses paraissaient correspondre à une question choisie et marquée par un numéro sur un cadran placé dans la partie supérieure de l'édicule. Les réponses naturellement, étaient assez vagues pour s'appliquer à tout le monde. Quant aux questions de ce devin, elles étaient ce qu'en disait A. de Bersancourt à propos d'un devin mécanique de Stenevard : « Demandes absurdes et éternelles que pose le public en mal de joies et d'espérance future.»

En 1787, les livres de comptes de la Société H-L. Jaquet-Droz et Henri Maillardet à Londres mentionnaient «une paire de pièces à devin en travail». Il s'agit sans doute de celles qui furent transportées à travers la Chine par l'Ambassade hollandaise en 1795 pour être offertes à l'empereur, mais dont l'une fut fracassée en route. Par la suite, tout au début du XIXe siècle et plus tard, un frère d'Henri Maillardet, Jean-David Maillardet, établi à Fontaines au Val-de-Ruz, construisit plusieurs devins ou «magiciens» comme on les appelait en général, avec l'aide de son fils julien-Auguste et de son frère Jacques-Rodolphe.

Le Musée d'horlogerie de La Chaux-de-Fonds possède deux de ces magiciens Maillardet. Ph.Samuel Meylan, qui allait faire partie de la célèbre maison Piguet et Meylan, construisit de même des pendules à devins sur lesquelles nous avons retrouvé de précieux documents.

L'habileté des horlogers et des automatistes de Genève et de la Vallée de Joux permit de placer ces devins dans des tabatières toujours d'une très grande richesse, car de tels mécanismes étaient fort compliqués et coûteux et ne pouvaient se placer que dans des objets de luxe.

Tabatière à magicien signé John Rich (fermée)
Tabatière à magicien signé John Rich (ouverte)

Escamoteurs

Après les magiciens, passons aux escamoteurs: automates beaucoup plus répandus et d'une construction plus facile, bien que très ingénieuse aussi.

Celui de Louis Rochat, de la Vallée de Joux en Suisse, avait été déjà signalé et décrit en quelques mots. La brochure qui en parle indique que cette pièce, alors en Suisse (1829) allait partir pour l'Extrême-Orient. Or, nous l'avons retrouvée dans le Catalogue Harcourt-Smith du Musée de Pékin où elle avait été reproduite avec d'autres pendules après avoir orné un des palais de l'empereur de Chine, sans doute celui de Jéhol en Tarbarie. Cet escamoteur est certainement un des plus remarquables qui aient été construits. Il avait valu à son auteur un diplôme délivré par la "Réunion des Industriles de Genève".

Escamoteur chinois de Louis Rochat, 1829

«Cette pendule présente le péristyle d'un temple dont le fronton est surmonté d'un globe sur lequel se meuvent des cercles enrichis de pierreries; sur ce globe est perché un oiseau. Dans l'intérieur du fronton se trouve l'horloge où l'heure n'est visible que par un guichet. Au-dessus de celui-ci se voit un soleil dont les rayons se meuvent en sens divers; ceux extérieurs se projettent par un mouvement d'extension concentrique tandis que ceux du centre, s'abaissant et s'élevant sur eux-mêmes, donnent du jeu aux pierreries dont ils sont embellis; au centre se trouve un double colimaçon flamboyant.

De chaque côté du soleil et parallèlement on aperçoit de grandes rosaces ayant aussi des colimaçons au centre et dont les vitraux changent de couleur de moment en moment.

Au-dessous du fronton et entre les colonnes se trouve la porte du temple qui s'ouvre pendant que la musique joue; lorsque l'oiseau a chanté, cette porte ouverte laisse voir un escamoteur chinois assis devant sa table. Ce petit automate, d'un air grave et avec un visage agréable semble adresser un discours aux spectateurs pendant que la musique se fait entendre; les mouvements de la tête, des yeux et surtout des lèvres de ce magicien, sont si naturels qu'on dirait qu'il respire. Lorsque la musique a cessé, il fait agir ses gobelets d'où il sort des fruits, des balles et finit par escamoter un colibri qui chantait un air devant lui. Dès que ces tours sont terminés, les portes se referment d'elles-mêmes.

Ce bel ouvrage se compose de plus de 2800 pièces et renferme, outre les deux chants d'oiseaux, une jolie musique sur lames, l'horloge et l'escamoteur.»

Acrobates

Jongleur à l'éventail

Des devins, nous avons passé aux escamoteurs et sommes ainsi en plein spectacle de la foire ou, si l'on préfère, du music-hall. Par conséquent, nous pouvons y ajouter quelques acrobaties d'automates dont il a été d'ailleurs déjà question à propos des tabatières, montres et bijoux.

Il s'agit d'une pièce spécialement belle, mettant en jeu un danseur de corde. Il est entouré de quatre personnages musiciens ayant l'air d'exécuter les jolis airs que l'on entend. Le danseur qui est actionné par dix commandes différentes, retombe avec élégance et ses deux pieds mobiles touchent le fil élastique. Le socle en marqueterie qui supporte cette mécanique que son propriétaire a su remettre parfaitement au point, porte gravé sur une plaque de cuivre: «chez Alph. Giroux, 7 Rue du Coq, St-Honoré, Paris».

Le programme de Schmidt à Londres, en 1827, où étaient annoncés les automates achetés à Henri Maillardet, indiquait entre autres un danseur de corde «surpassant en science et en agilité tous les maîtres en cet art et évoluant en mesure au son de la musique».

La collection Prinzlau, vers 1890, contenait divers androïdes opérant des jeux de cirque ou de spectacles forains. C'était tout d'abord un acrobate mécanique qui, par un mouvement rotatif très rapide de son éventail faisait rouler et voltiger trois étoiles de couleurs différentes: tour que les automates d'aujourd'hui font encore. Puis l'on voyait un artiste jongler avec douze boules, une divette qui, par le jeu de son éventail, montrait huit visages différents, enfin une femme serpent se produisant avec plusieurs reptiles.

Les Automates d'Alfred Chapuis et Edmond Droz, Editions du Griffon

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