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L'oeuvre d'Héron d'Alexandrie

Coupe partielle du Théâtre d'Héron d'Alexandrie, avec les récipients et les conduits hydrauliques

Le théâtre constitue une autre partie très importante du Traité des Automates de Héron d'Alexandrie. Le premier livre s'occupe des personnages « à siège mobile». Les figurines y fonctionnent sur une sorte de caisson roulant se déplaçant devant les yeux des spectateurs.

Le second livre étudie les automates « à siège fixe ». Ici le caisson renfermant le mécanisme est fixe et ce sont les spectateurs qui se déplacent pour assister au déroulement de l'action. Héron a donné lui-même les détails suivants:

« On installe l'appareil automatique en un lieu déterminé dont on s'éloigne incontinent. Peu d'instants après, le théâtre se met en marche jusqu'à un certain endroit, où il s'arrête. Alors l'autel placé en avant de Bacchus s'allume, et, en même temps, du lait ou de l'eau jaillissent de son thyrse, tandis que sa coupe répand du vin sur la panthère. Les quatre faces du soubassement se ceignent de couronnes, et au bruit des tambours et des cymbales, les bacchantes dansent en rond autour de l'édicule. Bientôt le bruit ayant cessé, Bacchus et la Victoire, debout au sommet de la tourelle, font ensemble volte-face. L'autel, situé derrière le dieu, se trouve alors amené en avant et s'allume à son tour. Nouvel épanchement du thyrse et de la coupe; nouvelle ronde des Bacchantes au bruit des cymbales et tambours. La danse achevée, le théâtre revient à sa station première. Ainsi finit l'apothéose. »

Le vase supérieur, contenu dans le chapiteau, est rempli de vin, tandis que dans l'autre, on a versé du lait. Les conduites sortant de ces réservoirs sont dissimulées dans une colonne; elles peuvent être ouvertes ou fermées par un robinet double qui met en même temps en communication le thyrse et la coupe. Le liquide répandu s'échappe dans un cylindre central d'où il peut être évacué.

Le robinet tourne sous l'impulsion d'un contrepoids qui actionne aussi la plate-forme sur laquelle se tient Bacchus, de même que la poulie supportant la Victoire. Un grand réservoir d'eau se trouve dissimulé dans le haut du théâtre. Il tend continuellement à remplir un récipient (appelé en physique «vase de Tantale ») qui se vide brusquement par un siphon au moment même où il va déborder. Son poids varie ainsi constamment; il est tantôt plus lourd, tantôt moins lourd que le poids moteur auquel il est relié et force celui-ci à monter ou à descendre.

Dans ce théâtre de Héron, tout le mécanisme était caché dans le chapiteau, les colonnes et le socle. Au XVe siècle, à l'époque où l'on commença à traduire Héron d'Alexandrie, d'après les manuscrits arabes, on avait un exemple, fort intéressant de restitution partielle de ce théâtre antique d'automates. En 1452, le comte Borso d'Este ayant fait son entrée à Reggio, il y eut de grandes fêtes en son honneur et entre autres de brillantes représentations.

Sur un char décoré d'une manière très artistique, se trouvait l'ensemble, mais au centre, à la place de Bacchus, figurait saint Prosper, patron de Reggio, et tout autour, des anges remplaçant les bacchantes. Cependant les scènes se déroulaient selon le rythme historique.

Héron, dans la seconde partie de son traité, explique son Théâtre à scène fixe. Il fait mouvoir, par des moyens purement mécaniques, des pièces de théâtre, avec entr'actes, changement de décors, changement de scènes et même changement à vue.

Détails techniques de la danse des bacchantes.
Ensemble du théâtre mobile d'Héron d'Alexandrie.

"Ce drame en 5 actes séparés à huit clos par autant de changements de décors", représente divers épisodes du retour des Grecs après la prise de Troie et la terrible tempête qu'ils essuyèrent sur les côtes d'Eubée.

Le mécanisme compliqué est mû par des poids et des contrepoids, actionnant tous des cordes qui font mouvoir des jeux de rouleaux en bois sur lesquels sont fixés les personnages ou les animaux. Les décors peints sur toiles se déroulent successivement, à chaque changement de scène.

Le bruit du tonnerre est obtenu en laissant s'échapper d'une trappe quantité de boules en bois qui tombent à grand fracas sur une série de plans inclinés disposés dans une colonne. De l'oeuvre entière de Héron d'Alexandrie et de ses émules, il ne reste aucun objet. Fort heureusement, on a pu en étudier une grande partie, surtout d'après les traductions arabes et persanes, retrouvées à l'époque de la Renaissance et qu'ont utilisées nombre de savants et d'artistes. En particulier, une grande partie des constructions mécaniques qui ornèrent de pittoresque façon certains jardins seigneuriaux d'Italie, de France et d'Allemagne, s'en inspirèrent directement. Dans maints domaines de la mécanique, les Alexandrins avaient été d'admirables précurseurs.

Les Automates d'Alfred Chapuis et Edmond Droz, Editions du Griffon

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