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Les automates Arabes

La science des Alexandrins et en général celle des Grecs et des Romains fut détenue pendant de nombreux siècles par Byzance devenue, très longtemps après la chute de Rome, la métropole du proche Orient. Par son intermédiaire, cette science fut acquise par les Arabes et les Persans, comme en témoignent les manuscrits retrouvés. Les Arabes en particulier développèrent l'art de l'horlogerie de façon très originale et, bien que la religion de Mahomet prohibât la représentation des figures d'hommes et d'animaux, les clepsydres avec personnages mécaniques et les automates en général eurent une grande vogue chez eux. Nous n'étudierons point à nouveau toute cette question, nous contentant d'y revenir par quelques exemples et des images typiques.

L'étude comparée de l'oeuvre des Alexandrins et des Arabes montre clairement de nombreuses analogies entre les appareils qu'ils construisirent, ceux-ci ayant été inspirés par ceux-là. Les Arabes eux-mêmes publièrent plusieurs traités de mécanique hydraulique dont un des plus anciens fut celui des frères Banoû-Moûsâ (Kitâb-al-Hiyâl) vers l'an 850 de notre ère, et les plus connus, ceux d'AlJazari et de Ridwan, que MM. Wiedemann et Hauser ont étudiés dans tous leurs détails.

Certains de ces automates étaient avant tout des jouets scientifiques ou des applications de science amusante; d'autres faisaient partie d'horloges hydrauliques qui, en même temps qu'elles donnaient l'heure, intéressaient ou amusaient par leurs complications astronomiques et pittoresques. Souvent on a parlé de l'horloge offerte en l'an 807 par Haroun-al-Rachid à l'empereur Charlemagne et qu'a représentée de la manière la plus fantaisiste une image du XVIIe siècle. On en trouve une description sommaire dans la traduction d'Eginhard, Vie publique et privée du très glorieux Empereur et Roi Charlemagne, traduite par Turlez.

Horloge mécanique

Parmi les cadeaux succinctement décrits apportés au grand empereur se trouvait « Un mécanisme, mû par l'eau, indiquant les heures qui étaient annoncées par un nombre égal de petites boules d'airain, tombant dans un bassin de cuivre. » A midi, douze cavaliers sortaient de douze fenêtres qui se refermaient derrière eux. On admirait encore dans cette horloge d'autres merveilles, mais il serait trop long de les rapporter ici... »

Horloge arabe d'Al-Jazari

On remarquera les analogies de cette horloge (dont les dimensions ne sont point indiquées) et de la clepsydre décrite par AI-Jazari et sur laquelle nous donnons les détails suivants :

L'extérieur de cette horloge représente une sorte d'édifice s'élevant à deux hauteurs d'homme et qui comprend tout le mécanisme de l'heure. Sur la façade, une grande porte de neuf empans (1 empan représente 22 à 24 cm.) de hauteur et de cinq empans et demi de largeur, est fermée par une paroi de bois ou de bronze. Au-dessus de celle-ci une rangée de douze fenêtres sont au début du jour fermées par deux volets; puis au-dessous, douze portes à un battant toutes de même couleur. On perçoit ensuite des moulures longitudinales d'un pouce de largeur, qui laissent passer entre elles une tige recourbée, portant à son extrémité un petit croissant lunaire tel un « dinâr » en or.

Au début du jour ce croissant se trouve à l'extrême gauche. Plus bas encore, et de chaque côté du cintre de la porte, deux faucons aux ailes éployées, sont perchés à l'intérieur de deux niches, au- dessous desquelles sont posés deux vases «Quandîl». La voûte de la porte est constituée par douze disques en verre. Au pied du monument, on voit cinq automates musiciens dans des attitudes diverses, deux sonnant de la trompette, deux autres roulant du tambour et le cinquième, au centre, jouant de la timbale.

Au faîte de tout cet ensemble, dans un vaste demi-cercle, paraissent les signes du zodiaque, montant de la gauche et disparaissant à droite. Puis, plus au centre, une boule d'or représente le soleil. Il se lève, c'est-à-dire apparaît à gauche au commencement de la première heure du jour et se trouve placé dans la constellation correspondant à la saison. Une autre sphère, en verre, donne l'image de la lune. Si les deux sphères sont situées l'une au-dessous de l'autre, cela signifie qu'on se trouve à l'époque de la nouvelle lune. Mais peu à peu la marche de la sphère lunaire retarde sur celle du soleil, si bien qu'à l'époque de la pleine lune, on voit celle-ci se dégager à gauche, au-dessus de l'horizon, au moment précis où le soleil, ayant terminé sa course journalière, disparaît à droite au-dessous de l'horizon. Comme dans la réalité, au milieu du jour, le soleil est au plus haut point de son parcours.

Le fonctionnement de cette horloge est des plus intéressants : au commencement du jour, le petit croissant d'or se met en marche d'un mouvement régulier vers la droite. Il passe devant la première porte et quand il se trouve entre la première et la deuxième, cela signifie que la première heure du jour est écoulée. C'est alors que les deux volets de la première fenêtre s'ouvrent, découvrant un petit personnage qui signifie l'heure écoulée. La première porte fait un demi-tour sur elle-même; elle présente son autre face qui est de couleur différente. Après ces premières phases, les deux faucons basculent et projettent chacun hors de leur bec une bille qui tombe dans chacun des vases, en produisant un son lointain. Puis les deux oiseaux se relèvent, et chaque fois qu'une heure est écoulée, ce jeu recommence avec toutes ses phases. A la fin de la sixième heure, puis à la neuvième et à la douzième, les musiciens entrent en action, jouant de leurs instruments.

La fin de la douzième heure annonce le commencement de la nuit. Toutes les portes se retournent, les personnages se retirent des fenêtres et les volets se referment. C'est à ce moment-là qu'une faible lumière apparaît sous la forme d'un petit croissant dans le premier disque de verre.

Vestiges de l'horloge de Abou Inane, Maroc.

La lumière augmente de plus en plus et quand tout le disque est éclairé, la première heure de nuit est passée. Les autres sont indiquées par le nombre de disques lumineux. De nuit comme de jour, les musiciens font entendre leur vacarme à la sixième, à la neuvième et à la douzième heure. Il semble que les heures de jour et celles de nuit n'avaient pas la même durée et que l'homme chargé de surveiller l'horloge (remplissage du réservoir de la clepsydre, remise des boules dans les rigoles correspondant au bec des faucons) pouvait, par un jeu de robinets, faire varier la vitesse d'écoulement de l'eau et en même temps, la durée des heures suivant les saisons, la première heure étant celle qui suit le lever du soleil.

Nous possédons la description de nombreuses horloges hydrauliques dans les divers pays de civilisation arabe, dans le proche Orient (Damas), dans l'Afrique du Nord (Tlemcen) dont plusieurs présentaient des particularités sewmbléables à celles de l'horloge de Ridwa: personnages paraissant à des fenêtres, faucons lâchant par leur bec des boules tombant dans un bassin, musiciens.

Cette photographie représente ce qui reste à Fez, au Maroc, d'une horloge monumentale arabe. Il s'agit de celle dite de Bou-Anania, qui se trouve dans les hauts quartiers de La Médina, au Talaa; elle date de 1357 et fut construite par l'émir Abou inane dont elle porte le nom. On y voit encore 12 fenêtres où apparaissaient sans doute des automates, de même que les 13 grands timbres en bronze reposant sur des consoles de bois sculpté. Quelques organes de transmission ont subsisté, mais on ne sait rien de précis au sujet du fonctionnement ni de l'histoire de cette pièce monumentale.

Seconde horloge mécanique

L'éléphant, des plus singulières également d'AlJazari, qui indique, à côté de ses fonctions pittoresques et variées, des heures d'égale durée de jour et de nuit. Un cornac est assis sur la tête de l'éléphant; il tient en sa main gauche un épieu pointu et sa dextre brandit un marteau. L'éléphant porte sur son dos une plate-forme quadrangulaire avec un baldaquin surmonté d'une tour, au sommet de laquelle perche un oiseau. Sur le haut de la coupole sont alignées quinze ouvertures, que l'image ne montre pas, dont chacune est de la grosseur d'un « Dirham » moyen. Elles sont couvertes à l'intérieur par un anneau d'argent, moitié noir, moitié blanc. La face antérieure de -la tour porte un petit balcon, sur lequel est assis un autre personnage mécanique, b, avec de chaque côté deux dragons, d, j, dont la gueule ouverte semble menacer les aigles placés dans deux loges, g. Un troisième personnage assis sous le baldaquin tient un roseau avec lequel il fait le simulacre d'écrire. Sa table en forme de secteur, est divisée en sept parties et demie. Les trois personnages ainsi que les animaux de cet en semble sont tous animés et jouent un rôle bien défini.

Horloge à l'éléphant d'Al-Jazari.

Au début du jour, les quinze ouvertures sont couvertes; l'écrivain a posé la pointe de son roseau en dehors et à gauche des divisions du secteur. Il le déplace ensuite d'un mouvement lent et régulier vers la droite et il s'écoule une demi-heure jusqu'à ce que le bras de l'automate ait parcouru toutes les divisions du secteur. Celui-ci revient alors à son point de départ. A ce moment, l'oiseau posé au sommet de la coupole siffle et tourne sur lui-même. La première des quinze ouvertures s'éclaire, le personnage du balcon lève le bras gauche et abaisse le droit, semblant par ce geste libérer l'aigle de gauche. Celui-ci se penche en avant, ouvre le bec et lâche une bille d'airain qui tombe dans la gueule toute proche d'un des dragons. Le poids de cette boule produit un déséquilibre dans le corps de la bête qui bascule lentement, atteint le vase où la boule disparaît. Elle roule et tombe finalement sur une cymbale. C'est de cette façon que l'heure est sonnée. Pendant ce temps, le cornac frappe sur la tête de l'éléphant de sa main droite puis de sa main gauche et reprend ensuite sa position de repos; tous les automates sont devenus immobiles.

Mais l'écrivain recommence à parcourir de son bras le secteur divisé. A la fin de la deuxième demi-heure, c'est le bras droit du personnage qui s'élève, tandis que son bras gauche, qui était resté levé, s'abaisse. L'aigle de droite jette alors une boule dans la gueule du dragon qui lui fait face et le fait s'abaisser à son tour, et la scène recommence toute pareille. Comme nous l'avons dit, toutes les heures sont égales; on les compte en dénombrant les boules que l'on trouve dans la cymbale (deux boules représentent une heure). Les fractions d'heure (quinzième) par le nombre d'ouvertures devenues blanches et par la position du roseau sur le secteur divisé. Quand vingtquatre heures se sont écoulées, on remet les boules dans la tour de l'horloge et on remplit d'eau le réservoir de la clepsydre qui recommence son cycle.

Quelques détails sur le cornac

On y remarque aussi quelques rudiments de mécanisme. Le fonctionnement de tout l'ensemble est le suivant :

- de l'eau s'écoule d'un réservoir supérieur, par une ouverture bien jaugée. Un flotteur s'abaisse régulièrement. Il tire sur une cordelette passant sur une poulie et de son extrémité entraîne une boîte allongée à compartiments, dans chacun desquels se trouve une bille. Quand un de ces casiers débouche sur une rigole, la bille qu'elle contient est libérée et roule dans le bec d'un des aigles; elle est dirigée par un clapet à changement de direction qui est en liaison avec les bras du personnage. Le poids de cette boule produit, lorsqu'elle tombe, un travail qui déclenche toutes les actions mécaniques décrites plus haut.

- Le déplacement lent et régulier de l'écrivain est dû à l'action directe d'un flotteur. Le renversement des dragons produit le jeu des bras du cornac et celui de l'oiseau. Quant au chant de l'oiseau, il est obtenu par l'application d'un des principes décrits par Héron d'Alexandrie. Un certain poids d'eau comprime de l'air dans le haut d'un vase clos et cet air est chassé dans une tubulure aboutissant à un sifflet logé près du bec de l'oiseau.

Ainsi que nous l'avons vu, malgré l'antagonisme entre l'Orient musulman et l'Occident chrétien, de multiples relations continuèrent à subsister par la Sicile, par l'Espagne, par les guerres mêmes, en particulier les Croisades, et cela surtout à partir du XIIe siècle.

Mais la Renaissance qui fut, rappelons-le, plutôt un grand perfectionnement qu'un complet bouleversement, provoqua l'étude des textes originaux latins, puis grecs, aussi bien dans le domaine des sciences que dans celui des arts. Grâce aux humanistes, ce qui subsistait de l'oeuvre des Alexandrins et les Pneumatiques de Héron particulièrement, furent traduits en latin, en italien, puis en d'autres langues européennes et ces publications, dont la première date de1501, étaient complétées par des dessins, plus ou moins heureux, interprétant les textes originaux.

Les Automates d'Alfred Chapuis et Edmond Droz, Editions du Griffon

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