Créer artificiellement la parole humaine est un des problèmes difficiles, qui, depuis l'Antiquité, ont préoccupé les chercheurs. Il s'agissait ou de faire parler une machine (presque toujours un automate) ou de reproduire et de conserver la voix. Dans les deux cas, en somme, la figure humaine était inutile; la machine seule importait, car dans tous les androïdes parlants connus, la voix est reproduite par un mécanisme absolument indépendant de la tête, et celle-ci se contente au besoin de remuer les lèvres. Seulement l'imagination est beaucoup plus frappée par la vue d'un personnage artificiel et la parole en paraît plus vivante.
C'est en très grand nombre que l'on voit citer des têtes parlantes dès l'Antiquité, puis surtout au XVIIIe siècle, mais hâtons-nous d'ajouter que presque toutes constituaient des tromperies, de faux automates, comme celles que l'on fit entendre à Don Quichotte et qui, non seulement prononçaient des paroles, mais parlaient sensément.
Sur la plupart de celles qui furent sérieusement réalisées, on ne possède que très peu de détail, par exemple sur celles que Friedrich von Knaus présenta vers 1770 à l'empereur d'Autriche et au duc de Toscane. Puis ce furent les travaux mieux connus de l'abbé Mical en France, de C.-G. Kratzenstein 1780 du baron de Kempelen (1778) qui, malgré l'imperfection du résultat, méritent l'attention qu'on leur a portée.
Au sujet des têtes parlantes de l'abbé Mical, nous avons retrouvé les renseignements suivants, cités par E. Compardon, dans les Spectacles de la Foire d'après le "Journal de Paris",1er mai 1778:
«Vingt-sept septembre 1784, M. l'abbé Mical continue à montrer au public ses deux têtes parlantes, mais comme il n'est pas intrigant, qu'il est isolé, sans parti formé, sans cabale, qu'il n'a pas soudoyé de prôneur, qu'il n'a pas capté la bienveillance des journalistes, on a peu parlé de cette mécanique, l'admiration générale des physiciens. En effet, quelque imparfaite que soit sa machine, celle-ci a résolu le problème que depuis Archimède jusqu'à Vaucanson l'on avait jugé insoluble.»
Le prospectus qui annonçait l'audition de ces têtes disait entre autres:
«Problème résolu en mécanique.»
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Machine à parler de Kempelen |
On sait que le modeste inventeur, jugeant les résultats obtenus indignes des éloges outrés qu'on en faisait, finit par briser ses têtes. En 1779, l'Académie Impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg avait proposé comme sujet, pour ses prix annuels, la recherche, dans la nature des sons, des voyelles a, e, i, o, u et la construction d'un dispositif capable de les imiter. Ce prix fut gagné par Kratzenstein qui démontra que toutes les voyelles peuvent être prononcées en projetant l'air d'un soufflet dans des tuyaux de formes différentes où sont marquées les dites voyelles. Quant à la voyelle i, elle est prononcée simplement en soufflant dans l'appareil qui porte cette lettre, prolongé par le tuyau. C'est à peu près à la même époque que von Kempelen à Vienne, faisait de semblables expériences.
On doit admettre qu'il parvint à produire des mots entiers et des phrases comme: opéra, astronomy, Constantinopolis, secundus, Romanorum imperator semper Augustus, etc. Mais il ne parvint jamais à monter une figure parlante puis, sans doute, mécontent du résultat général obtenu, il ne fit connaître son appareil qu'à quelques amis. C'était une forme de boîte que l'on posait sur une table en la recouvrant d'un drap. Quand un mot était demandé par la société, Kempelen le faisait prononcer en introduisant ses mains sous le drap tout en ayant l'air de se borner à le déclencher. Goethe qui l'entendit, raconte qu'elle était «capable de prononcer très gentiment quelques mots enfantins». Cet appareil est aujourd'hui la propriété du «Deutsches Museum» de Munich.
Le Technisches Museum für Industrie & Gewerbe de Vienne possède une autre machine à parler, en forme de pupitre à clavier, de Kempelen.
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Machine à clavier de Kempelen |
Ces recherches furent poursuivies par l'Anglais Robert Willis à Cambridge. Il transforma l'appareil de Kempelen en diminuant sa profondeur et parvint à lui faire prononcer toutes les voyelles en manaeuvrant une planche plate sur le fond de la cavité. Nous laissons de côté les autres détails techniques qu'il imagina et qui pourraient paraître fastidieux. Brewster parle encore d'autres découvertes faites un peu plus tard par Savant, concernant le mécanisme de la voix humaine.
A la même époque, tout au début du XIXe siècle, il faut citer encore l'Anglais Robertson. A son sujet, le peintre Léopold Robert donnait en janvier 1815 les renseignements suivants dans une lettre écrite de Paris à son frère à La Chaux-de-Fonds:
« ... Nous fûmes, il y a quelque temps, voir le cabinet de M. Robertson qui arrive de Russie et, entre autres choses curieuses, nous vîmes un mannequin d'enfant en cire, qui prononçait très bien toutes les lettres de l'alphabet. La manière dont il s'exprimait pour prononcer plusieurs mots de suite était très intelligible. C'est une chose vraiment surprenante.»
Nous sommes mieux renseignés sur l'automate parlant du professeur Faber que Barnum emprunta en 1853 pour un prix exorbitant, à ce qu'il dit dans ses mémoires.
Un contemporain considérait cette machine comme très supérieure à celle de Kempelen. Il est vrai, ne montre qu'une tête, mais donne une assez bonne idée du mécanisme sur lequel le manager jouait comme on le fait sur un piano. Cette vue date de 1873, époque où la machine parlante était exhibée par Barnum.
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Machine du professeur Faber |
Vers 1842, J.-B. Rechsteiner, alors mécanicien du Museum de Dietz, fit un automate représentant un enfant qui pleurait en criant : «Papa, maman!» Cette construction lui donna une peine énorme en ce qui concerne la succession des sons et l'émission des consonnes. Le bambin criait : «Pama, Mapa, Ama, etc.» Enfin, à force de persévérance, l'habile mécanicien surmonta ces difficultés.
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