Ecrire, dessiner? A l'origine des langues, ces deux activités se confondaient, empruntant des gestes qui se sont toujours ressemblés. En ce qui concerne les androïdes, le problème fut au début différent, en ce sens qu'ils écrivaient avec une plume ou dessinaient avec un crayon. Mais dans la suite, on parvint à faire exécuter les deux opérations par le même automate en lui mettant successivement dans la main un crayon ou uni pinceau que l'on trempait dans l'encre : solution élégante qui facilita naturellement beaucoup la tâche des constructeurs.
L'idée de faire imiter les gestes d'une personne qui écrit par un automate est très ancienne, puisque nous la voyons illustrée dans les automates arabes; mais il ne s'agissait là que d'un simulacre. C'est le XVIIIe siècle qui parviendra à la réaliser et cela d'une façon surprenante, les androïdes écrivains et dessinateurs comptant de beaucoup parmi les plus parfaites (ou si l'on préfère les moins imparfaites) des imitations humaines.
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Quatrième écrivain de Friedrich von Knaus |
Les plus anciens écrivains mécaniques sont ceux de Friedrich von Knaus. Son nom est trop oublié de nos jours, et pourtant ce grand mécanicien connut la gloire et la haute protection des rois, quelques-uns de ses contemporains le considérant comme un des plus grands génies qui eussent vécu.
Le comte Emilio Budan, dans une revue italienne, Lo steno dattilografo (1908), analysant une des machines de Knaus, qui écrivait trois copies, la signalait comme la première machine à écrire. Nous sommes, il est vrai, dans des domaines bien différents. Les machines à écrire remplacent l'action ordinaire d'un être humain, tandis que celles des Knaus et des Jaquet-Droz écrivent par elles-mêmes un texte plus ou moins long.
Knaus, après avoir durant de longues années travaillé au problème de l'écriture automatique, construisit, à partir de 1753, successivement quatre machines. Dans les premières, l'écriture est tracée seulement par une main tenant une plume, puis dans la quatrième, par un personnage. Le mécanisme, il est vrai, n'est point dans le corps de l'androïde, mais dans le globe de métal sur lequel il est placé. A cet égard, l'automate de Knaus se révèle d'une exécution plus facile que ceux des Jaquet-Droz qui sont complets par eux-mêmes par contre, celui de Knaus était capable d'écrire un texte considérable qui ne comptait pas moins de 107 mots. Il avait aussi pour lui une antériorité de vingt ans environ.
Après bien des péripéties et des retards, le dernier Écrivain ,sens fut présenté à l'empereur, le 4 octobre1760 et traça devant les plus hauts personnages de la cour d'Autriche, un texte en français de soixante-huit mots.
Au moment où F. von Knaus présentait son quatrième automate, Pierre Jaquet-Droz avait déjà acquis la renommée, sinon la célébrité; il était revenu d'Espagne où il avait vendu au roi ses extraordinaires pendules. C'est quelques années plus tard qu'il dut avoir l'idée de construite à son tour un androïde écrivain conçu d'une manière toute nouvelle.
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L'écrivain de Jaquet-Droz (1774), Musée de Neuchâtel |
Nous ne possédons pas de détails sur la genèse de cet automate qui, en 1772 était déjà terminé au moment où le fils de Pierre Jaquet-Droz, Henry-Louis, aidé en particulier de Jean-Frédéric Leschot, s'attacha plus particulièrement à construire le Dessinateur, la Musicienne et la curieuse Grotte. Sans doute, décidèrent-ils de ne faire connaître ces quatre automates qu'en groupe, et nous avons vu déjà, à propos de la Musicienne, l'enthousiasme qu'ils provoquèrent lors de leur apparition en 1774. Bientôt ils allaient être présentés dans toutes les cours d'Europe.
Pierre Jaquet-Droz, après une minutieuse et savante étude de la question, réussit à créer l'androïde-écrivain le plus perfectionné qui fût.
Ce joli bambin, en bois sculpté, haut de 70 cm, a une mine très éveillée et donne une curieuse impression de vie. L'automate est assis sur un tabouret de style Louis XV, devant une petite table en acajou. Il tient de sa main droite une plume d'oie, tandis que la gauche s'appuie sur sa table à écrire. La tête est mobile ainsi que les yeux qu'il peut tourner dans tous les sens. Au déclenchement, l'enfant trempe sa plume dans l'encrier placé à sa droite, la secoue deux fois, puis pose sa main au haut de la page et s'arrête. Une nouvelle pression sur un levier met alors l'androïde en mouvement et il commence à écrire. Il forme ses lettres soigneusement, observant les pleins et les déliés. (Remarquons que c'est le seul automate écrivain possédant cette particularité.) Il respecte aussi les espaces et change de ligne au moment voulu. Après la dernière lettre du texte, le laborieux écolier met un point final, puis s'arrête.
P. Jaquet-Droz et ses collaborateurs ont voulu que leur automate possédât toutes les apparences d'un être humain. A cette époque-là, il s'agissait, non pas d'exhiber un mécanisme de haute valeur, mais de présenter un être artificiel mystérieux, un androïde. C'est pourquoi ce mécanisme qui fait notre admiration fut très rarement montré aux spectateurs. L'effet surtout importait, tandis qu'aujourd'hui, c'est le moyen qui intrigue surtout.
Il y a quelque douze ans, M. F. Wiesendanger, photographe à Wetzikon (Zurich), après avoir étudié la seule description complète qui existe de l'Écrivain Jaquet-Droz, eut l'idée de construire une machine de cette espèce, capable d'écrire un texte comme cet automate. Il n'est donc pas mécanicien de métier, mais possède un esprit d'observation aigu et un véritable talent de constructeur, aidés par une patience et une persévérance dignes d'éloge.
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