
Par Henry Plouïdy
« Au crépuscule du septième jour –c’était un dimanche – le créateur, sans doute exténué par une semaine dédiée à l’organisation de la vie, oublia une contribution cruciale : un mode d’emploi. »
Quelques milliards d’années chaotiques plus tard, le fils de Dieu fit une apparition éclair sur Terre pour offrir la salvation à nos âmes égarées. Par l’intermédiaire d’une Eglise. En moins de temps qu’il n’en faut pour réciter un " Notre Père " , l’Eglise catholique répara l’oubli originel et publia le mode d’emploi manquant, à toutes fins utiles : résonnez tambours et trompettes, voici une revue des sept péchés capitaux.
Ils sont donc sept, comme le nombre de jours de la semaine ; pour les plus facétieux, cela signifie qu’à chaque jour un péché différent, histoire de ne pas ajouter l’ennui à cette liste…
Ce n’est pas un hasard que la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie sont capitaux : selon le moine gnostique Evagre le Pontique, qui le premier identifia ces " passions " au quatrième siècle, de ces péchés découlent en effet tous nos comportements impropres. Commettre un seul d’entre eux envoie notre âme en enfer de la manière la plus sûre et la plus rapide, où elle sera accompagnée d’un démon : Belphégor s’il s’agit d’un péché de paresse, Lucifer pour un péché d’orgueil… Du beau monde, pour ne citer que les plus illustres.
Aujourd’hui, peut-être parce que la religion est souvent pratiquée, en occident, " à la carte " , les péchés capitaux ont perdu leur notion de transgression. Au contraire, ils sont même devenus à la mode et l’on ne compte plus les agneaux de Dieu qui s’adonnent à l’orgueil ou à la gloutonnerie, par exemple. Au XXème siècle, l’écrivain Paul Valéry, pourtant catholique, faisait remarquer que ces sept péchés, dans une certaine mesure, se neutralisent entre eux. Ainsi l’envie, qui implique la jalousie de la position d’autrui, est souvent incompatible avec l’orgueil, un orgueilleux estimant rarement que la position d’autrui soit plus enviable que la sienne. " La perfection du juste est formée de la bonne composition des sept péchés capitaux, comme la lumière blanche de la composition des sept couleurs traditionnelles, " écrivait-il. En d’autres termes pécher certes, mais avec équilibre !
L’univers horloger se prête à merveille à une mise en situation de notre propos. Mieux, ou pire selon le point de vue, Revolution démontre au fil de pages qui suivent que les sept péchés capitaux peuvent être accomplis de la manière la plus douce, à la plus radicale.
Un dernier mot pour les néophytes de la transgression : il existe également les péchés dits véniels, qui découlent des péchés capitaux ; ils n’envoient l’âme qu’au purgatoire, et peuvent être aisément pardonnés par la confession ou la pénitence.
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