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© Ressens

29.03.10, 10:52

HASARD – Harry Winston et Ressens à l’unisson

Coup du sort, les deux marques ont pris des voies différentes pour un même résultat: afficher l’heure par des disques intégrés à un cadran, lui-même en mouvement.


WORLDTEMPUS 26 mars 2010

Louis Nardin

L’Opus 10 d’Harry Winston se laissait admirer dans un luxueux stand, le premier modèle de Ressens, la Type 1001, ou 1002 pour la version avec cadran clair, dans une tente à quelques encablures de là. L’une marquait l’achèvement d’une décennie entière d’innovations devenue au fil du temps des rendez-vous attendus de Baselworld. L’autre est née de l’imagination de Benoît Mintiens, un designer industriel belge féru d’horlogerie qui s’est attelé seul à matérialiser son idée. Au final, une conjonction rare avec deux montres siamoises qui éclosent de concert. D’avis de professionnel, chacun a dû travailler en secret et sans connaître l’existence de l’autre projet. Seule certitude: les deux marques ont appris la nouvelle avec surprise et étonnement lors du salon!

L'Opus 10 © Harry Winston
L'Opus 10 © Harry Winston

 

David et Goliath

Du côté de Ressens, Benoît Mintiens a pris les mesures nécessaires pour protéger son invention. Et Harry Winston a dû également faire de même. Ceci étant, les deux modèles font appels à une architecture de type planétaire, un genre de construction connu dans l’horlogerie. Ainsi donc, les deux montres se réfèrent à un même patrimoine interprété de façon différente mais pour un résultat identique dans son esprit. Reste donc l’étonnant hasard de voir deux idées nouvelles émerger en même temps, et au même endroit. Au-delà du mystère se confirme donc un trend lancé il y a plus de dix ans par de jeunes créateurs indépendants et qui vise à indiquer l’heure autrement. L’Opus 10 et la première Ressens en ouvrent un nouveau chapitre. Et même si c’est un Goliath qui partage la scène avec un David, leurs destins ne suivent de loin pas les mêmes caps.

Rendu de la Type 1002. © Ressens
La Type 1001 affiche un cadran anthracite (rendu). © Ressens

 

Module planétaire

D’un côté, justement, se trouve Harry Winston. Maison new-yorkaise d’abord exclusivement joaillière, elle se pique d’horlogerie dès 1989 et invente l’indispensable concept Opus dès 2000 sous l’impulsion de Maximilian Büsser, son responsable de la branche horlogère d’alors. Dix ans après, la marque s’est construite une réputation de découvreuse de talents. Elle a été parmi les premières à faire sortir de l’ombre les horlogers de talent en associant systématiquement leur nom aux créations Opus. Avec l’Opus 10, les lumières se portent sur Jean-François Mojon et sa société de développement et de construction de mouvements Chronode. Avec son équipe et en collaboration avec le designer Antoine Tschumy de Neo Desis, il a remplacé l’affichage central traditionnel par un large module planétaire soutenant quatre disques. Trois d’entre eux abritent une aiguille animée par une roue dentée courant sur une couronne placée sous le bord du cadran, évidé pour l’occasion, et le dernier affiche le logo de la marque. Tous ces cadrans tournent autour de l’axe central de la montre en gardant leur position les uns par rapport aux autres. Les bagues supportant les index restent, elles aussi, toujours dans le même sens. L’affichage de l’Opus 10 évoque ainsi un système solaire miniaturisé où le temps se fait cyclique et perpétuel. Montés avec un angle de huit degrés pour créer une sensation de volume, les différents cadrans survolent ainsi le calibre qui apparaît au dessous. Indiquant les heures, les minutes et les secondes, le mouvement propose aussi un second fuseau horaire grâce à une aiguille dépassant du module central et effectuant une révolution complète en 24 heures. Vendue 210'000 francs suisses, l’Opus 10 se veut un objet de luxe ultime, et rare puisqu’il n’y en aura que 100 unités.

Gros plan sur les microcadrans de l'Opus 10. © Harry Winston
Gros plan sur les microcadrans de l'Opus 10. © Harry Winston

 

Du TGV à la montre

De l’autre côté, la mèche virevoltante repoussée sur le côté, se tient Benoît Mintiens. Employé d’un bureau de design d’Anvers, en Belgique, il a dessiné les TGV Thalys, ou la tente-caravane de luxe Opéra. Depuis 2007, il travaille à donner vie à la Type 1001-1002, sa première montre. Amoureux des garde-temps depuis son plus jeune âge, il goûte particulièrement aux horlogers «expérimentaux» tels Urwerk ou Ikepod qu’il adule. Taquiné par un ami diamantaire qui lui demande de créer une montre pour homme avec diamants, il se lance dans son projet, pour le moment dans des versions sans gemmes. «Le principe du mécanisme était clair dès le début, raconte-t-il. Le plus difficile a été de rassembler les composants pour réaliser le module.» Après avoir essuyé un refus de nombreux fabricants, il se tourne vers Hong Kong, dont il reviendra bredouille également. «J’aurai perdu une année avant de commencer à réaliser la construction moi-même.» Pour des questions de prix des aiguilles à coudre deviendront des axes, des seringues médicales les tubes indispensables. Pour ne pas influencer la demande de dépôt de brevet qui est en cours, il évite de s’adresser à des fournisseurs helvétiques. Des entreprises belges et hollandaises les remplaceront maintenant que le projet est bien avancé. Deux horlogers, Daniel Van Riet et Olaf Côme, l’aident pour le montage et la mise au point.


Rendu de la Type 1002. © Ressens


La Type 1001-1002 s’annonce comme une réussite. Encore à l’état de prototype, il lui faudra subir des tests au porté avant de passer à la phase d’industrialisation. Reste que ses formes, ses rondeurs et son volume la rendent déjà irrésistible. Deux glaces saphir bombées se prolongent jusqu’à couvrir la carrure. Vissée, celle du fond dévoile un rotor plein. Les attaches pour le bracelet ont la forme de boucles, comme sur les premières montres-bracelets qui étaient, aux commencements, des montres de poches transformées. Mécaniquement, un calibre ETA, également ardu à obtenir, entraîne le module dont les disques sont en titane pour des questions de poids.
Entre l’Opus 10 et la Type 100-1002 la comparaison ne vaut pas. L’une incarne l’achèvement d’une décennie de pièces maîtresses, l’autre l’accomplissement d’un rêve solitaire – et autofinancé. Entre les deux subsiste néanmoins le lien unique de la passion.

Le système d'affichage des modèles Ressens. © Ressens
Le système d'affichage des modèles Ressens. © Ressens

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