
WORLDTEMPUS – 24 mars 2010
Louis Nardin
Avec le Pendulum, TAG Heuer fait honneur à son propre nom dont les trois premières lettres, l’acronyme de Technologie d’Avant-Garde, prennent ici tout leur sens. Présenté lors de Baselworld, cet échappement n’a pas d’équivalent puisqu’il se base sur les qualités de répulsion et d’attraction de microaimants. Débutée en 2006, la recherche a été menée conjointement avec le Laboratoire d’actionneurs intégrés, une unité de recherche de l'Institut de Microtechnique de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne – EPFL -, et grâce à une aide financière de la Confédération Helvétique. Encore à l’état de prototype, il nécessite encore des recherches intensives pour être rendu fiable et opérationnel. Si elle y parvient, la marque de la Chaux-de-Fonds aura à nouveau marqué l’histoire technique horlogère, quelque temps seulement après la présentation du V4, le premier mouvement où les habituels rouages ont laissé leur place à des microcourroies.

Eclaté de l'échappement Pendulum © TAG Heuer
Connexion mystérieuse
Monté à l’intérieur d’un mouvement Unitas pour la démonstration, l’échappement Pendulum dévoilé à Baselworld palpite dans le vide. La surprise est de taille puisque jusqu’à présent une pièce venait systématiquement faire le lien entre le balancier et son axe pour créer les alternances. Le plus répandu d’entre eux est évidemment le spiral, qui, dans la vidéo de présentation de la marque, éclate en morceaux pour ne plus jamais revenir. Après les différents échappements novateurs présentés ces dernières années – en particulier l’échappement Dual Ulysse avec ses deux roues en silicium d’Ulysse Nardin, l’échappement Constant de Girard-Perregaux avec sa lame de silicium flambée, l’échappement Audemars d’Audemars Piguet imaginé sur la base d’un échappement type Robin -, TAG Heuer amène un lien invisible donc d’autant plus spectaculaire, et magique.

Le Pendulum une fois assemblé © TAG Heuer
Jeu d’aimants
Le Pendulum fonctionne grâce à un effet de répulsion et d’attraction entre une rondelle fixée sur l’axe du balancier et composée de deux aimants l’un chargé positivement et l’autre négativement. A quelques millimètres seulement, une bague construire sur le même mode encercle l’axe. Ici, les aimants, composés d’un alliage de platine, de cobalt et de nickel, ont une forme partiellement bombée pour opposer une force toujours linéaire et constante aux aimants placés en face. Cette bague est elle-même intégrée dans un second cercle en métal doux pour neutraliser le rayonnement magnétique et ne pas troubler la marche du mouvement. Le prototype bat à 6HZ soit 43'000 alternances-heure et semble imperturbable dans sa marche. Mais plusieurs points restent en suspens.

Le Pendulum a été intégré à un mouvement Unitas pour un créer un premier prototype fonctionnel © TAG Heuer
En effet, si le Pendulum fonctionne, il n’est de loin pas opérationnel. «Ce système élimine les problèmes liés au spiral comme la sensibilité aux champs magnétiques, un affaiblissement de ses qualités physiques après quelques années d’utilisation ou encore l’influence de la gravité, explique Stéphane Linder, Vice-président de la marque et responsable produits et développement. En revanche, nous travaillons actuellement sur sa capacité de résistance aux variations de température pour stabiliser la marche et éviter des accélérations ou des ralentissements non contrôlés. Un système de réglage adapté doit aussi être créé. Pour le moment, nous cherchons en particulier un moyen de contrôler la hauteur de la rondelle par rapport à la bague. La recherche n’est donc de loin pas terminée et je pense que ce projet demandera autant d’efforts que ceux développés pour le calibre de la V4.» Côté longévité, Stéphane Linder mentionne que les cas de démagnétisation restent exceptionnels et que la durée de vie d’un aimant atteint plusieurs dizaines d’années.
Maquette d'un brand manager
L’idée est venue d’un brand manager de la marque. «Un jour, un collaborateur passionné par le monde du magnétisme a apporté une maquette construite avec des aimants de cuisine. Même imparfait, le mécanisme fonctionnait déjà. Considéré comme projet de recherche fondamentale, l’institut en charge du développement en collaboration avec TAG Heuer a bénéficié d’un soutien financier de la Confédération, un soutien possible sous plusieurs conditions comme le fait de contenir un réel intérêt commercial, d’être très innovant, d’assurer une éventuelle industrialisation.» Deux brevets ont déjà été déposés ainsi que des revendications.
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