
Tribune de Genève - 12 mai 2011
Gabriel Tortella "Les propos de Gabriel"
Tout le monde était là! L’église Saint-Joseph, qui est tout en haut de la prestigieuse rue du Rhône, vous avez remarqué, offrait un spectacle magnifique – car c’en était aussi un! – pour vous dire adieu.
Ça me rappelait un peu, toutes proportions gardées, la fête que j’avais donnée au Mandarin Oriental, le 14 janvier dernier, pour mon anniversaire et celui de Tribune des Arts. Il y avait une ambiance et une communion d’esprits tout à fait extraordinaires. A l’église aussi, avant-hier, j’ai senti que tous les esprits vibraient à l’unisson. J’ai réussi une fois de plus à réunir tout le monde autour de moi. Bien des grands patrons horlogers étaient là. Comme Bernard Fornas, de Cartier, Thierry Stern, de Patek Philippe, Philippe Léopold-Metzger, de Piaget, François-Paul Journe, qui a très bien parlé, en grand maître, Jean-Frédéric Dufour, de Zenith, Jérôme Lambert, de Jaeger-LeCoultre, Wolfgang Sickenberg, d’Audemars Piguet, Fausto Salvi, de Perrelet, Franc Vila. Sans oublier mon autre grand ami de toujours, Franco Cologni, qui avait de la peine à cacher son émotion derrière ses grosses lunettes noires. Et Benoît de Gorski n’était pas en reste non plus. Le monde des ventes aux enchères était venu en force, avec en tête mes amis Aurel Bacs et Geoffroy Ader, sans oublier le fidèle Etienne Leménager ni mon Arnaud Tellier, la mémoire vivante de Patek Philippe. Même le fidèle Jordi Rabat avait fait le voyage de Barcelone. Aussi, vous tous, tous mes amis, que j’ai cités et que je porte dans mon cœur, je ne peux que vous dire un profond merci.

Gabriel nous a quittés le 18 avril dernier, à 3h30. © François Ferrand
En dépit du monde dans cette église magnifique qui possède des fresques touchantes et a deux orgues, il régnait un silence impressionnant. Ce qui nous a tout de suite prédisposés à écouter le très bel Ave Maria, de Schubert, merveilleusement interprété par ma chère Alida Barbasini, soprano. A la fin, mes invités m’ont abandonné un moment pour se retourner et voir qui était cette merveilleuse cantatrice à la tribune.
L’ambiance, quasi magique, était due aussi au curé, sympathique en diable et qui chante très bien, ce qui est plutôt rare. Il a su introduire et maintenir une ambiance chaleureuse. J’ai bien observé toute ma famille unie. Mon épouse Paloma était digne, je l’ai trouvée vraiment bien habillée jusque sous sa voilette. Et mon fils, Eric, m’a beaucoup ému par ses propos filiaux, lui qui était aussi ému que moi. Je reconnais qu’il m’a bien portraituré jusque dans mes petits travers. Mes petits-enfants que j’adore étaient tous là. Ils m’ont donné une sacrée émotion quand ils ont allumé, tous ensemble, les bougies sur l’autel.
Je nourrissais des doutes sur la réception au kiosque du parc des Bastions, prêté si aimablement par Jean-François Schlemmer. Maintenant que je marche sur les nuages tout en restant en contact avec vous, je dois m’habituer à prendre plus souvent de l’altitude. Et bien tout était réussi, de bon ton, au sein de cette merveilleuse verdure où même le soleil couchant a tenu à jouer magnifiquement son rôle. Et surtout, ma très grande amie, Pauline Amicucci, s’est surpassée. Elle a dressé un buffet extraordinaire avec toutes sortes de nourritures aux saveurs incomparables et jusque dans de très beaux paniers de fruits. Et elle a offert tout cela avec son grand cœur. Saint Pierre, qui m’a ouvert toutes grandes ses portes, m’a confié qu’il était fier de moi, quand je lui ai dit en confidence le nombre de personnes que, tout au long de ma vie, j’ai su motiver et encourager à suivre leur propre voie.
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