
WORLDTEMPUS – 3 octobre 2011
Michel Jeannot
Chronique
Les médias utilisent fréquemment le terme de « nouvelle horlogerie » pour désigner les jeunes marques indépendantes à la production souvent originale. Et si nous parlions plutôt de nouvelle horlogerie pour dire que l’horlogerie de demain ne sera plus celle d’hier au vu des mutations en cours ?
Première problématique : la production de mouvements mécaniques. Face à la nécessité de se distinguer de la concurrence et au risque (prévisible depuis une décennie) de tarissements des sources historiques, de nombreuses sociétés ont choisi d’investir lourdement pour développer leurs propres capacités de production et leurs propres mouvements. D’autres entreprises (ou parfois les mêmes) ont cherché à intégrer des développeurs de calibres indépendants. Et si cette tendance n’est pas nouvelle – que l’on songe simplement à Audemars Piguet s’attachant les services de Renaud et Papi – son accélération est patente. Hermès a cherché à sécuriser son approvisionnement en mouvements haut de gamme en prenant dès 2006 une participation chez Vaucher Manufacture ; en 2008 le groupe Festina a cueilli de la faillite du chinois Peace Mark les sociétés Indtec et Soprod ; Hublot en a fait de même en 2010 de quelques restes de BNB. Plus proche de nous, Corum a récupéré les talents de la société en faillite Les Artisans Horlogers tandis que Louis Vuitton jetait en juillet dernier son dévolu sur La Fabrique du Temps.

Le compte à rebours a commencé. DR
Jours comptés?
Faut-il déduire de cette concentration que les jours des producteurs indépendants sont comptés? A observer le paysage horloger et les forces en présence – et la concurrence que se livrent les marques sur les produits stratégiques – cela paraît une évidence pour les plus importants d’entre eux. En même temps que l’on s’interroge sur l’avenir de la très courtisée manufacture La Joux Perret, on verrait d’un bon œil de connaître l’identité des soutiens financiers de Sellita. Même si tous les regards convergent, cela lèverait une dernière inconnue.
Reste que ce qui est vrai pour le mouvement l’est aussi de tous les autres composants d’habillage. On ne compte plus les rachats des fabricants de boîtes, de cadrans, d’aiguilles… Derniers exemples en date, le rachat de Donzé Cadrans par Ulysse Nardin et la prise de participation d’Hermès chez le boîtier Joseph Erard.
La distribution, l’autre enjeu
Si la lutte est plus acharnée que jamais en amont, côté production, elle l’est tout autant en aval, sur le versant de la distribution. Prises de participation, alliances et pressions plus accrues que jamais sur les points de vente sont les signes évidents d’une ère nouvelle.
Dans ce contexte global, il est difficile de ne pas s’inquiéter pour les indépendants. Les plus puissants et les mieux armés d’entre eux sauront sans doute résister encore un peu. A l’inverse, chez ceux qui sont tellement petits qu’ils ne gênent pas les géants, les meilleurs continueront à s’abriter dans leurs niches. Et pour tous les autres, l’année 0, c’est maintenant. Le compte à rebours a commencé.
/BIPH
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