Tribune de Genève - 3 juin 2010
Gabriel Tortella - "Les propos de Gabriel"
Dans la vie, tout le monde peut se tromper un jour ou l’autre. La dernière fois que ça m’est arrivé personnellement, c’était le week-end dernier. Je me suis rendu à Barcelone où j’ai pu constater que, contrairement à ce qu’affirment les méchantes langues et auxquelles, hélas, j’ai accordé parfois un certain crédit, la pratique de rabais importants dans le monde horloger espagnol n’existe pas en fait. Je m’en suis aperçu en me rendant au centre du luxe de cette ville splendide, au Paseig de Gracia, où au 99, le plus grand horloger d’Espagne, Rabat, a pignon sur rue.

Esteban Rabat, à droite, horloger et joaillier le plus en vue à Barcelone, en compagnie de son épouse, Cuca, et de son fils Jordi. DR
Dans ce temple du bon goût, j’ai pu parler longuement avec toute la famille, et surtout avec le père, Esteban Rabat, ainsi qu’avec le fils, Jordi Rabat. Ils dirigent deux boutiques situées à quelques centaines de mètres l’une de l’autre et ils ont aussi un magasin à Valence. Ce qui m’a frappé en premier lieu à Barcelone, c’est qu’il y a toujours beaucoup de monde dans ces deux boutiques. Les Espagnols sont vraiment des passionnés de belles montres. Et quand ils achètent, ils tiennent à payer la somme juste. Il y a certes des rabais de la part de tous, mais ils sont plus symboliques qu’autre chose.
Il faut savoir que Rabat a vendu quelque 15 000 montres l’an passé. Les grandes marques suisses sont très recherchées. Et notamment Cartier bien sûr, Hublot qui vend une moyenne de trois montres par jour chez Rabat, ce qui en fait quelque 900 par année, IWC, Jaeger-LeCoultre, Lange & Söhne et Vacheron Constantin. Certaines marques ne sont malheureusement pas représentées chez Rabat. Et ce, à la suite de rumeurs infondées. Il faut toujours se rendre sur place pour savoir vraiment la vérité. Pour ma part, j’ai constaté que toute la famille Rabat sont des vendeurs hors pair, tellement ils savent accompagner et conseiller très bien les clients, qu’ils soient Espagnols ou étrangers. On ne peut pas lui résister. Vous verrez, lors de votre prochain séjour à Barcelone, si vous entrez chez Rabat, vous en ressortirez avec une nouvelle montre au poignet.
Il faut dire que le métier de conseiller-vendeur est l’objet de tous les soins dans ce pays, ce qui n’est pas le cas en Suisse. C’est que Rabat, qui est aussi joaillier, a pas moins de 120 collaborateurs! Et je sais que cette maison trouve encore le temps de former des apprentis afin qu’ils deviennent maîtres horlogers à part entière. Finalement, j’ai réalisé que c’est un honneur de se rendre chez Rabat. Aussi, je ne peux que souhaiter beaucoup de bonheur à cette véritable dynastie.
J’ai le privilège d’avoir la ligne directe de Nicolas Hayek, et hier matin, j’ai pu ainsi m’entretenir quelques minutes avec lui. Il m’a confié qu’il est en train, selon ses propres termes, de redonner à César ce qui est à César. Il veut redonner un nouveau souffle à la marque Jaquet-Droz, une des plus prestigieuses qui a créé, de 1767 à 1774, les trois plus beaux automates qui se puissent concevoir, La musicienne , Le dessinateur et L’écrivain . Cette maison qui, depuis deux siècles et demi, fait rêver le monde entier, sera, dès septembre, l’objet de toutes les attentions de la part de ce grand magicien qui transforme en or tout ce qu’il touche.
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