Tribune de Genève - 25 février 2010
Gabriel Tortella - "Les propos de Gabriel"

Nicolas G. Hayek, président de Swatch Group © Xavier Voirol/DR
J’ai eu l’honneur de rencontrer Nicolas Hayek dernièrement, et moi qui suis pourtant matinal, dans la peur d’être en retard, je suis arrivé à Bienne, bien avant l’heure du rendez-vous. Or, il était déjà là, en train de donner des ordres, de contacter des personnes qu’il devait rencontrer par la suite. Et en plus, figurez-vous qu’il fait tous les jours l’aller et retour entre Bienne et l’Argovie, ce qui fait tout de même quelque 200 kilomètres. Et malgré cela, il est toujours frais et dispos. Je ne sais pas comment il fait, mais ce qui frappe aussi tout de suite en lui, c’est son esprit brillant.
Il vient de fêter ses 82 ans et il ne les fait pas du tout, vu son esprit constamment sur le qui-vive et sa puissance de travail. On lui fait cette réputation d’être un homme dur. Or, moi qui le connais très bien, je trouve que c’est un homme charmant, au grand cœur, qui adore sa famille. Son seul grand défaut est qu’il travaille trop. Nous évoquions la crise et il a éclaté de rire, en me disant qu’il avait bien fait de n’avoir pas mis des collaborateurs à la porte, car il aurait dû les réembaucher avant la fin de 2009, vu que les ventes ont alors explosé.
Constamment en alerte, il prend tous les matins la température, et inspecte, mine de rien, tout son monde. Et s’il sent que quelque chose ne va pas, il intervient tout de suite. C’est le cas de Jaquet Droz qui était dirigé par Manuel Emch. Il va reprendre lui-même les rênes de cette maison, lui appliquer sa propre recette et je suis sûr que ça va marcher et que Jaquet Droz aura une croissance sérieuse.
Au cours des deux heures passées en sa compagnie, le téléphone n’a pas arrêté de sonner. Il n’a pas besoin de mémo, il a tous les numéros dans sa tête. Tout le monde s’adresse à lui-même pour lui demander des conseils, y compris les conseillers fédéraux. Et il rend toujours service à tout le monde, y compris et surtout à l’Etat suisse. Sans oublier les personnalités du monde de l’horlogerie. Comme Jean-Claude Biver, qui lui a demandé conseil avant de prendre la direction de la marque que l’on connaît. Un homme qu’il porte dans son cœur, ça se sent.
Entre deux confidences, je ne me lassais pas d’observer son bureau. Un vrai bureau d’artiste. Car Nicolas Hayek possède une très grande culture. Il a réponse à tout, dans un grand sourire. Il aime l’humanité, mais il déteste par-dessus tout les gens malhonnêtes et qui ne sont pas sincères. Il est en somme comme ce chef d’Etat américain qui affirmait que si on est fidèle à sa femme, on est aussi fidèle à son peuple. Je suis sûr qu’avec Nicolas Hayek, l’horlogerie suisse a toujours de belles années devant elle. Sa force est au fond celle d’un chef d’Etat.

Gabriel Tortella, fondateur de la Tribune des Arts. DR
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