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Jean-Christophe Babin, CEO de TAG Heuer. DR

11.03.10, 09:18

TAG HEUER - Comme un cachemire retravaillé par des artistes suisses

Depuis quelques mois, les polémiques sur Jean-Christophe Babin, le génie de TAG Heuer, propriété du groupe LVMH, vont bon train à propos du Calibre 1887.


Tribune de Genève
- 11 mars 2010

Gabriel Tortella - "Les propos de Gabriel"



Tout a débuté à Londres où, à la fin de 2009, la marque présentait devant un parterre de plus d’une centaine de journalistes son nouveau mouvement manufacture Calibre 1887. Ayant éclaté rapidement, la polémique se basait sur le fait que, présenté comme 100% TAG Heuer, ce mouvement ne serait qu’une copie d’un mouvement Seiko basé sur un brevet Seiko Instruments TC78. Jean-Christophe Babin, qui s’était rendu au Japon à la recherche d’un chronographe de qualité, y avait découvert que Seiko Instruments avait breveté en fait en 1999 un calibre répondant à 90% des besoins de TAG Heuer.

 

Jean-Christophe Babin, CEO de TAG Heuer. DR
Jean-Christophe Babin, CEO de TAG Heuer. DR



Donc, pour développer ce nouveau Calibre 1887, TAG Heuer n’hésita pas à investir 20 millions de francs pour assurer une bonne production dans ses usines de Cornol et de La Chaux-de-Fonds où travaillent déjà une cinquantaine de personnes à plein temps. Car la marque, c’est bien connu, vend sa spécialité, des chronographes, par dizaines de milliers. Finalement, elle n’a donc fait qu’emprunter un brevet au Japon, en a racheté les droits et a redéveloppé et adapté ce projet. Il faut aussi dire que 21 sous-traitants sur les 22 que compte la maison, ont participé à la re-fabrication de ce Calibre 1887.

Très différent par bien des points du TC78, il a respecté toutes les exigences liées au Swiss made. TAG Heuer espère produire ainsi quelque 50 000 pièces par année. Les premières seront commercialisées en juillet. Et chez Zenith, Jean-Frédéric Dufour a toutes les raisons de se réjouir. Car Jean-Christophe Babin continuera de lui acheter des mouvements pour des montres haut de gamme.

Il n’en reste pas moins que la marque a commis au départ une faute de communication en affirmant que le mouvement était complètement fait par TAG Heuer. Mais par suite des protestations, d’internautes notamment qui ont réussi à identifier une origine japonaise, Jean-Christophe Babin a immédiatement rectifié le tir. Même si ce n’est pas sa faute, il en est ainsi, c’est toujours le patron qui paie. On a même dit qu’avec cette «ouverture» japonaise, des maisons devraient fermer en Suisse, ce qui est manifestement exagéré.

Au fond, c’est comme si on avait été chercher un très beau cachemire en Ecosse et qu’on l’ait fait apprêter entièrement en Italie, selon les savoir-faire ancestraux. Ce qui en fait donc du made in Italy 100% et non pas du made in Scotland. Toutes proportions gardées, c’est le cas de TAG Heuer qui a emprunté une idée mais l’a façonnée selon ses exigences propres pour qu’elle soit vraiment made in Switzerland.

Et dire que j’ai connu ce personnage à ce qui était encore l’Hôtel du Rhône à Genève. C’était le 2 avril 2001! Il exerçait alors un tout autre métier et j’ai tout de suite pensé que ce jeune homme, vu sa carrure, avait un bel avenir devant lui. Il n’y a qu’à voir où, en quelques années, il a conduit TAG Heuer, cette maison fondée en 1860 et qui, aujourd’hui, fabrique même des téléphones et des lunettes. De luxe bien sûr.

 


Gabriel Tortella, fondateur de la Tribune des Arts. DR