
WORLDTEMPUS – 8 février 2012
Louis Nardin
Peu importe l’opinion que chacun se fait de la vague «vintage» ayant submergé les vitrines l’année dernière. Car l’exercice de rendre actuel un modèle de plus d’un demi-siècle reste une tâche difficile et périlleux. Difficile car les exigences techniques ont changé et qu’il faut les concilier avec un design dans ce cas précisément défini. Et périlleux car la faute de goût ne pardonne pas. Trop moderne, la pièce passe pour une étrange nouveauté qui se cherche. Trop portée sur l’histoire les différences s’estompent et la montre de grand-papa se retrouve, neuve, à la vente. Avec sa Capeland 10006 sortie en 2011 et dont Worldtempus a disposé pour quelques jours dans le cadre d’un test au porté, Baume & Mercier réussit brillamment l’exercice. Retrouvez également le compte-rendu, anglais, de Ian Ellery en cliquant ici.

La Capeland 10006 combine soigneusement le design d’époque avec l’esprit contemporain.
© Worldtempus/Louis Nardin
Contrastes clairs et attrayants
Du modèle de 1948, la Capeland 10006 a gardé le cadran technique. Accumulant échelles et annotations, il respire pourtant de les voir réparties avec équilibre sur l’entier de la surface – à défaut de la date qui se cache à 4h30. Affichant une échelle tachymétrique et une seconde, télémétrique, en plus des deux microcompteurs et de la numérotation sur minuterie, il offre son visage résolument vintage à la montre. Les décalques très bien exécutés sur le fond couleur coquille d’œuf du cadran sont noires ou bleues, une couleur reprise par les aiguilles et obtenue par passage au feu – le bleuissage, un traitement réservé aux uniquement montres d’un certain rang. L’ensemble offre des contrastes clairs et attrayants. A remarquer la forme pomme des aiguilles des heures et des minutes qui ajoutent là encore une note d’ancienneté. D’un point de vue esthétique, ce chronographe flyback est le fruit d’un fin travail d’actualisation et de respect des formes d’époque. L’alternance de surfaces polies ou satinées sont des signes supplémentaires qu’il s’agit effectivement d’un produit supérieur.

Les boutons-poussoirs « champignons » ainsi que la grande couronne permettent des manipulations aisées. © Worldtempus/Louis Nardin
Forte présence
La facette contemporaine de la Capeland 10006 s’exprime à travers sa glace et son fond saphir, ainsi qu’à sa motorisation. Côté formes en effet, le verre bombé et retombant sur la lunette lui offre un volume considérable, renforcé par le diamètre généreux de 44mm du boîtier ici en acier. Le fond saphir est capturé dans une bague métallique elle aussi bombée sur les côtés. Vue de profil, la Capeland 10006 affiche ainsi une forte présence, de celle recherchée par les porteurs souhaitant une montre belle mais qui se remarque également. Les boutons-poussoirs «champignons» ressortent suffisamment pour être aisés à manipuler, tout comme la couronne, elle aussi plus grande que la moyenne, ce qui offre un excellent confort d’utilisation.
A l’intérieur, le calibre chronographe mécanique à remontage automatique honore ses promesses de par sa bienfacture. Fruit des ateliers du constructeur Lajoux-Perret, il dispose de la fonction particulière flyback, raffinement technique supplémentaire sur une complication déjà exigeante à réaliser. Il permet de remettre à zéro pour un redémarrage immédiat l’aiguille des secondes du chronographe lorsqu’elle est déjà déclenchée. Par ailleurs, sa masse oscillante est décorée Côtes de Genève.

Le fond de la Capeland 10006 est constitué d’une bague enserrant le verre saphir. Il laisse voir le calibre et la masse oscillante décorée Côtes de Genève © Worldtempus/Louis Nardin
Luxe accessible
Comme points faibles il faut noter la qualité du bracelet qui, au toucher, ne semble pas à la hauteur de celle de la montre. Cette faiblesse, connue de la marque, est d’ailleurs l’un des axes d’amélioration sur lesquels elle travaille si l’on se réfère à sa présentation lors du dernier SIHH. Second regret, des cornes aux arrêtes vives et à aux formes trop anguleuses et sèches.
Surfant sur la vague d’un luxe accessible et malgré les points de détail évoqués, Baume & Mercier signe ici une très belle pièce pour quiconque veut accéder à un garde-temps à fort contenu horloger, et de qualité. Quoiqu’au dessus de la moyenne pour la marque, son prix de 7100 francs s’avère juste, dans sa limite supérieure.