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02.02.12, 09:26

SOUSCRIPTION - Ceux qui ont osé: Laurent Favre

En complément à l’article sur la souscription comme mode de financement pour donner vie à une marque horlogère, plusieurs entrepreneurs ont fait le récit de leur expérience.


WORLDTEMPUS – 2 février 2012

René Giroud

Dixième descendant d’une famille d’horlogers, Laurent Favre souhaitait perpétuer l’héritage qu’il avait reçu. Favre-Leuba étant passée dans d’autres mains par le passé, il fonde sa propre marque: A.Favre & Fils.

Laurent Favre. © Louis Nardin/Worldtempus
Laurent Favre. © Louis Nardin/Worldtempus



René Giroud: Parmi les moyens de financer votre projet, pourquoi vous êtes-vous tourné vers la souscription?
Laurent Favre: J’ai créé la société en 2008 avec l’appui de deux co-fondateurs, mais ce soutien ne suffisait pas à financer le développement et la fabrication des premiers produits. J’ai donc effectué de multiples démarches auprès d’investisseurs privés, de l’Etat et des banques. Suite à de nombreux refus, je suis néanmoins parvenu à convaincre quelques investisseurs qui, suite à la crise des subprimes et l’affaire Madoff, se sont rétractés. Ayant moi-même pris des engagements, il était hors de question de reculer et il fallait trouver des solutions «créatives». Lorsqu’un de mes amis me dit qu’il était prêt à m’acheter mon premier modèle et à le prépayer en totalité, il fit germer en moi l’idée de la vente par souscription. Suite à une estimation du nombre de pièces à vendre pour couvrir les frais de la première série, j’ai mis en place un concept que j’ai appelé le «Cercle de la Première Heure». C’est ainsi que j’ai vendu 24 pièces en 2009, ce qui m’a permis de finir la mise au point du produit et de lancer la production des pièces.

Avec cette méthode, vous connaissez de facto le nombre exact de garde-temps achetés. N’est-ce pas là une bonne manière de contrôler les quantités à produire et de connaître la clientèle potentielle pour les produits?
On connaît le nombre de pièces vendues, mais il faut de toute façon en produire plus pour avoir un minimum de stock (entre autres pour le service après-vente) et une collection à présenter à la distribution traditionnelle. A mon humble avis, cela reste un modèle limité pour le développement d’un projet sur le long terme. On ne connaît évidemment pas tous les clients potentiels et on n’y a pas forcément accès. Etant totalement inconnu au bataillon et ayant peu de moyens pour communiquer, on ne se bouscule pas au portillon pour acheter nos garde-temps. Une fois que l’on est connu, c’est différent.
Quoi qu’il en soit, je pense qu’il est préférable à terme de passer par les réseaux traditionnels. Un grand patron de l’industrie me l’a un jour expliqué de la façon la plus simple: «la distribution, c’est un métier!»

© A.Favre & Fils
Phoenix 10.1 © A.Favre & Fils



La méthode de souscription fait que vous n'avez peu, voire aucune, entrée d'argent lors de la livraison des pièces. Dans ce cas, qu'avez-vous envisagé pour la suite de votre projet: poursuivre avec la souscription ou trouver un nouveau moyen de financement?
C’est effectivement un problème, qui m’avait d’ailleurs été soulevé par un ami entrepreneur de la branche et qui avait aussi eu recours à cette méthode. Au final, pour nous, cette opération s’était soldée par une «perte», car les investissements nécessaires au développement et la réalisation de produits d’une telle qualité ne peuvent être amortis sur une petite série. Donc une fois les pièces livrées, il a fallu repartir à la recherche de financements. Et il reste qu’une levée de fonds est rarement chose aisée. L’avantage de cette méthode est qu’à ce moment-là, le projet a pris de la valeur car le produit est devenu concret, et non virtuel.
Cela comporte un risque aussi. Lorsqu’on vend un bien à l’avance, ne pas le livrer entre dans le cadre pénal! Par conséquent, il est impératif de bien s’entourer et de bien penser son produit pour éviter cet écueil!

 

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