
WORLDTEMPUS – 17 Janvier 2012
David Chokron

Le semi-squelettage du P.2002 de Panerai: simple, partiel, mais efficace. © Worldtempus/David Chokron
Après avoir été bouleversé dans les années 2004-2008 par les Richard Mille, Roger Dubuis et autres Hublot, l'art d'évider les mouvements reprend du galon. Technique traditionnelle de découpage de l'intérieur des composants horlogers, il est devenu un moyen d'expression graphique. Et en 2012 ils fleurissent le long des vitrines du SIHH. Chez Piaget, c'est le mouvement 1200S qui passe à la découpe. Dans une nouvelle Altiplano 43 mm, il est réduit à sa plus simple structure porteuse. Ce qui est un exploit pour un calibre déjà si fragile de par sa finesse extrême. Dans la droite ligne de ses nouvelles collections de haute horlogerie, Cartier est devenu un chaud partisan du squelettage. La montre de poche Grande Complication en est une expression puissante. Chez elle, cet art technique concerne plus le boîtier que le mouvement. Certes, le calibre 9436 MC a été évidé, mais sa complexité en limite les effets de transparence. C'est surtout sur les chiffres romains qui cerclent son boîtier que l'exercice a été pratiqué. Et ce sur une surface bien supérieure à celle d'un mouvement.

Déjà extrêmement plat, et donc délicat, le calibre 1200 de Piaget est aussi passé à la découpe: un exercice périlleux. © Piaget
Expressionnisme
Après avoir été utilisé pour représenter des lettres, des chiffres et des formes géométriques, en particulier chez Roger Dubuis, le squelettage prend une nouvelle ampleur, très littérale, chez Richard Mille. En effet, le calibre de la RM 052 a la forme d'une tête de mort que des ponts-os relient au boîtier. Ce jeu de mot mécanique est un vrai choc visuel, qui plaira sûrement aux fans de Terminator. Pour fêter les 40 ans de sa Royal Oak, Audemars Piguet a aussi fait alléger son calibre 2924, un tourbillon extra-plat débarrassé d'une bonne partie de sa matière. Il en va enfin de même avec la dernière mouture du calibre Panerai P.2002 dont le pont de rouage et les barillets ont subi un allégement dans la PAM395.

Le tourbillon extra-plat d'Audemars Piguet cal. 2924 en version squelettée: allégé, tout en profondeur et en angles à retravailler. © Worldtempus/David Chokron
Mécanisation
Cette modernité est aussi un changement fondamental dans la manière d'aborder le squelettage. Car ce que l'on appelait autrefois ainsi a quasiment disparu. Il s'agissait de partir d'un mouvement existant et d'en retirer un maximum de matière sur les composants. Cet évidage se faisait à la main, ce qui demandait un travail fastidieux et une bonne compréhension des lignes de force d'un calibre. Mais de tels progrès ont été accomplis dans les techniques d'usinage que les mouvements naissent déjà squelettés. En plus d'une découpe de contour de pièce, le robot va également entreprendre une seconde découpe, à l'intérieur du composant. L'action manuelle est reportée sur le travail de chanfreinage des composants, rendu bien plus important du fait de l'apparition de nouvelles arêtes à travailler. Mais même là, la machine gagne du terrain et de nombreuses marques ont recours à des pré-anglages machine. Le squelettage main est donc en voie de disparition. Il est désormais réservé à quelques manufactures et à certains de leurs modèles d'exception, comme Audemars Piguet sur ses Grandes Complications. C'est là seulement que peuvent s'amortir des dizaines d'heures passées à scier du laiton pour créer la prestigieuse résille mécanique.

Cartier a squeletté ce calibre de grande complication. Mais il est si complexe que la transparence ne peut apparaître. La marque s'est reportée sur l'habillage et ses chiffres romains. © Cartier

La RM052 interprète littéralement le squelette horloger avec son calibre conçu dès l’origine en forme de crâne. © Richard Mille
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