
WORLDTEMPUS – 12 octobre 2011
Louis Nardin
Il est des histoires qui se lisent comme des romans d’aventures. Directeur des études et des recherches à la Fondation de la haute horlogerie jusqu’à cette année, Dominique Fléchon a réussi l’exercice – d’équilibrisme parfois – de raconter en textes et en images l’histoire de la mesure du temps dans "La conquête du temps". Préfacé par Franco Cologni, ex CEO du groupe Richemont, Président du conseil culturel de la Fondation de la haute horlogerie, et écrivain, il vient combler un vide significatif dans les rayonnages d’ouvrages généralistes sur les montres. Les fêtes de fin d’année approchant, il aura toute sa place sous le sapin.
Os d'Isangho
Comment parler de tout sans lasser son lecteur, traiter des controverses sans les alimenter, dire assez sans expliquer trop ou encore lier la mesure du temps à son contexte historique, industriel, artistique, social? Chemin faisant, Dominique Fléchon y parvient en emmènant son lecteur d’un ton rassurant des premières traces avec l’Os d’Isangho, par exemple, datant de 20'000 avant notre ère, à l’avènement du silicium comme matériau horloger. Loin du pavé dogmatique, «La conquête du temps» est ponctué d’images, souvent en pleine page, d’illustrations et de reproductions agissant comme autant de respirations au fil d’un texte riche et limpide. Parfois, une double page met en lumière un fait historique, une invention précise. C’est donc un livre dans lequel on se promène plutôt qu’on ne le lit.

"La conquête du temps" porte un regard neuf et actuel sur l'histoire de la mesure du temps. © Worldtempus/Louis Nardin
Questions de choix
Pour concentrer le tout dans les 455 pages que compte l’ouvrage, une sélection drastique a été opérée dans le choix des sujets, l’accent mis sur des points précis et significatifs. Ainsi, le fil rouge commence à se dérouler avec les premières observations astronomiques devant aider à organiser et rythmer la vie sociale. Il se poursuit avec l’apparition des calendriers de Chine à la Grèce antique et des réflexions scientifiques qui ont amené à leur mise au point. Les premiers systèmes de mesure comme la clepsydre par exemple y apparaissent. Puis, de l’apparition de l’horloge monumentale mécanique, le lecteur assiste à la miniaturisation des calibres, suivi de près par l’intégration des beaux-arts qui donneront leur éclat et leur prestige extérieur aux premières montres portatives. Le chapitre «L’invention de la précision; du 16e au 18e siècle» montre comment l’horlogerie se trouve embarquée dans le fulgurant essor des sciences à l’époque de la Renaissance et comment la précision devient un enjeu crucial, en particulier pour la navigation en mer. De l’ère des scientifiques, comme Christiaan Huygens, physicien, entre autres, et inventeur du spiral réglant, ou de génies inspirés, comme John Harrison, inventeur du chronomètre de marine et ébéniste de formation, l’horlogerie glisse dans l’ère des fins techniciens horlogers comme Georges Graham, Julien Le Roy puis Abraham-Louis Breguet. L’histoire continue avec l’avènement des premières complications et de leur utilisation – comme le chronographe par exemple -, les questions liées à l’industrialisation de la production, tout en évoquant la diffusion des pendules et horloges d’habitations comme celle de la Forêt Noire et de son coucou! Puis la montre qui se porte passe, au tournant du 20e siècle, de la poche au poignet. De nouveaux matériaux sont utilisés et les ingénieurs planchent pour rendre les montres étanches, résistantes aux chocs ou pour qu’elles se remontent automatiquement. Le quartz et l’arrivée des montres en plastique comme la Swatch marqueront les années 1970-80 avant que la tradition horlogère se réincarne dès les années 1990. Les dernières pages soulignent l’impact fondamental que les nouvelles technologies auront eu dans la façon de concevoir et de fabriquer des montres avant de conclure sur ce que représente une montre à l’heure actuelle d’un point de vue social et comme objet de luxe.

Richement illustré, l'ouvrage propose de suivre l'histoire de l'homme et du temps sur 455 pages. © Worldtempus/Louis Nardin
Monde envoûtant
A la lecture de «La conquête du temps», les novices plongeront dans un monde envoûtant tandis que les connaisseurs renforceront leurs connaissances. Les érudits quant à eux auront peut-être matière à y redire et à débattre mais réaliseront aussi que ce livre ne leur est pas directement dédié. Mais l'ouvrage représente de toute évidence une telle somme d’efforts et de recherches qu’il constitue assurément une référence dans la littérature horlogère.
A noter toutefois la différence de prix de vente public entre la Suisse, 122,30 francs et l’Europe, 75 euros, qui ne devrait pas faire l’affaire des libraires helvétiques.
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