
Gold'Or - Avril 2011
Nicolas Paratte
Spécialisé dans le courtage en information, Centredoc a été créé en 1964 par des horlogers pour mettre sur pied un centre d’information technique de l’industrie horlogère sous une forme coopérative toujours en vigueur aujourd’hui. Depuis quinze ans, la PME a élargi ses compétences en s’ouvrant à d’autres secteurs tels que l’industrie pharmaceutique ou alimentaire. Le centre emploie treize personnes, pour moitié des ingénieurs et des scientifiques spécialisés en horlogerie, matériaux, chimie et physique.

Les locaux de Centredoc se trouvent dans le Centre Suisse d'Electronique et de Microtechnique (CSEM) à Neuchâtel. DR
«Nos clients achètent nos prestations parce qu'ils veulent que quelqu'un recherche, organise et hiérarchise pour eux des informations extrêmement complexes», explique Bernard Chapuis, directeur de Centredoc. La société, qui réalise deux millions de francs de chiffre d’affaires par an, offre deux prestations principales aux entreprises: un service de recherche lié à l’état de l’art, à la liberté d’exploitation, etc. et des veilles technologiques. Ces dernières permettent de détecter en continu les brevets des concurrents et de connaître les nouveaux développements techniques susceptibles d’influencer la branche.
Brevets: des avantages liés
Le choix de déposer une demande de brevet n’est pas toujours évident, mais il comporte plusieurs avantages, estime Bernard Chapuis. Une fois le dépôt effectué, une manufacture horlogère, par exemple, a un droit de confidentialité d’un an et demi jusqu’à la publication officielle. «Dans cette fenêtre, on ne sait pas ce qui se passe!», souligne le directeur. Après 18 mois, il est cependant légitime de se demander si le brevet, rendu public mais protégé juridiquement, ne peut servir de source d’inspiration à la concurrence. Pour Bernard Chapuis, la démarche ne doit pas retenir les horlogers, au contraire. En revendiquant l’originalité d’une invention, l’entreprise la valorise sur le plan commercial et de l’image. D’un autre côté, il y a un effet dynamique. La manufacture qui se lance, par exemple, dans le quantième perpétuel, veut savoir ce qui se fait et ce qui est protégé du point de vue des mécanismes. Elle cherchera ensuite à son tour à se profiler en termes technique et de communication. Aussi, la connaissance de l’état de l’art peut être utile pour entamer un rapprochement vers une entreprise concurrente afin d’acheter sa technologie.
Toute l’utilité de Centredoc se situe là. Pour les entreprises, il ne s’agit pas de réinventer la roue à chaque fois. Tous les ans, plus de 1,5 million de demandes de brevets, toutes technologies confondues, sont déposées dans le monde (près de 150'000 pour le seul office européen). Ils représentent environ 80 pour cent des informations techniques publiées et sont à ce titre une source incontournable. Selon Bernard Chapuis, l’industrie mondiale gaspille beaucoup de temps et plus de 20 milliards de dollars par an pour développer des technologies qui existent déjà et qui peuvent entrer en conflit sur le plan juridique. «En effet, certains clients arrivent chez nous trop tard. Il s’agit alors de mettre la main sur le document qui pourrait gêner. Mais dans de nombreux cas, les violations de brevet se règlent à l’amiable.»

Il a fallu 3 ans à Hautlence pour développer le mouvement de la nouvelle HL2.0. Cette montre affiche l'heure dans un guichet, sur une chaîne de 10 maillons, se déplaçant de manière contrôlée et régulée toutes les 60 minutes en 4 secondes. © Hautlence
Stratégies différentes
L’entreprise horlogère qui opte pour le brevet peut demander une extension géographique de la protection de son invention dans les 18 mois qui suivent le dépôt. «Mais ces extensions coûtent chers en annuités», prévient Bernard Chapuis. Si les multinationales pharmaceutiques protègent couramment leurs brevets de manière globale durant le temps maximal de 20 ans – les inventions tombent ensuite dans le domaine public –, il n’en va pas de même dans l’horlogerie. Les manufactures procèdent généralement à une protection dans des pays ciblés, là où elles sont actives commercialement. La validité est aussi variable: il n’y a pas vraiment d’intérêt à maintenir un brevet horloger trop longtemps, la technologie devenant plus rapidement obsolète qu’un brevet de médicament qui peut nécessiter quinze ans de développement et coûter des millions. Toutefois, s’il s’agit d’une question d’image, le maintient du brevet peut s’avérer judicieux, précise Bernard Chapuis.
Parallèlement, quand on parle d’inventions horlogères qui «dorment dans les tiroirs», le directeur de Centredoc réfute la notion de gaspillage. Pour lui, il en va de la stratégie des manufactures. En phase avec leur développement industriel, elles choisissent oui ou non de les protéger et de les commercialiser le moment venu. «Dans le cas du quartz par exemple, il s’agissait de savoir comment on allait utiliser cette technologie. Il était en outre difficile de mesurer les bouleversements qu’il aurait sur l’industrie des montres dans une perspective de dix à quinze ans. Parfois, il est néanmoins préférable d’effectuer une protection dans l’optique d’une utilisation future…»

Bernard Chapuis, directeur de Centredoc. DR
Montée en force de l’Asie du Sud-Est
Les données obtenues par Centredoc le sont auprès des différents instituts de propriété intellectuelle, qu’ils soient suisse (IPI), européens, américain, asiatiques ou encore mondial (OMPI). Au niveau spécifique de l’horlogerie, qui représente en gros la moitié des activités, le centre fournit aux abonnés des veilles, les toutes premières informations quant aux demandes et publications de brevets dans la branche, via notamment la Revue des Inventions et Modèles horlogers (RIH). Alors qu’en 2008 une nette croissance du nombre de brevets publiés dans la RIH était perceptible avec un total de 680, 2009 enregistra au contraire une baisse de près de 100 unités à 577. Selon Centredoc, il n’est pas possible d’affirmer que ce recul soit dû uniquement pour des raisons conjoncturelles. A noter que sur la période, dans la zone asiatique couverte, le nombre de brevets a augmenté, surtout en Chine (de 24 en 2008 à 66 en 2009). En effet, depuis quelques années, la quantité de dépôts de la part de pays émergents d’Asie du Sud-Est a pris de l’ampleur. Toutefois, de nombreuses inventions de cette région du monde ne présentent pas d’intérêt, «car il s’agit souvent d’une horlogerie de gadget», fait remarquer le directeur du centre. «Nous considérons seulement les brevets qui touchent à l’horlogerie mécanique en tant que telle. Le fabricant de montres chinois Seagull en est un bon exemple.»
Informations
www.centredoc.ch
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