
Bilan - 13 avril 2011
Michel Jeannot
Rebond, record, croissance, renforcement, augmentation: Baselworld 2011 a vécu à l’heure du positivisme. Pour les leaders de la branche, la crise est bel et bien passée, seuls demeurent les problèmes de production et de livraison.
Autre thème récurrent: être ou ne pas être à Baselworld. La même rengaine revient tous les ans: est-il encore nécessaire d’exposer à ce salon de l’horlogerie et de la bijouterie alors même que les marques sont au quotidien sur le terrain dans toutes les régions du monde? A observer la situation, la réponse est oui, même si les ventes réalisées durant l’événement bâlois ne sont proportionnellement plus aussi importantes que jadis. La meilleure preuve: Louis Vuitton (qui ne vend ses produits qu’à ses propres boutiques, donc qui n’a en théorie aucun besoin d’un salon de type Baselworld), est venue pour la première fois cette année sur les bords du Rhin. Un signe qui ne trompe pas. Si l’on veut réellement exister dans l’horlogerie, une présence à Baselworld (ou au SIHH de Genève) est indispensable.

Le grande foire internationale a vécu à l’heure du positivisme: la crise est bel et bien passée. © Baselworld
Au un millième de seconde
La guerre des fréquences a bien eu lieu. Ce domaine de recherche qui tend à faire battre plus rapidement les mouvements mécaniques pour gagner en précision et en fiabilité est en vogue. Zenith a présenté les premières pièces fonctionnelles d’un chronographe battant à 360 000 alternances par heure (50Hz), soit 10 fois plus rapidement que le mouvement El Primero actuel. La manufacture Chopard a également fait état de l’avancée de ses travaux en la matière: des échappements de 8ou 10Hz (contre 3ou 4Hz pour la majorité des montres sur le marché) qui pourraient être intégrés sur tous les mouvements Chopard L.U.C existants et à venir.
TAG Heuer a créé le buzz en présentant un chronographe – à l’état de concept–mesurant et affichant le 1/1000e de seconde grâce à une fréquence de 3 600 000 alternances par heure (500 Hz)! Première mondiale. Le principe réside dans le développement de deux trains de rouage et deux échappements: l’un pour le chronographe, l’autre pour l’affichage de l’heure ordinaire (à 4 Hz).
S’il ouvre de nouvelles voies, ce concept Mikrotimer Flying 1000 – non commercialisé en l’état – est encore, comme le concède Jean-Christophe Babin, CEO de TAG Heuer, «de l’art pour l’art». Est-il en effet bien raisonnable de vouloir mesurer le 1/1000e de seconde alors que le réflexe humain nécessaire à l’enclenchement et au déclenchement du chronographe est très en deçà de ces performances? Mais l’intérêt est peut-être ailleurs: dans la volonté de créer une norme et une certification pour la fonction chronographe. Elle n’existe pas encore.
Un mouvement exclusif
Omega a également marqué les esprits avec la présentation de son premier mouvement chronographe maison doté de l’échappement exclusif coaxial (calibre 9300/9301). Un mouvement qui équipe notamment une nouvelle Speedmaster – la montre des expéditions lunaires– et qui, à l’avenir, va permettre à l’ensemble des chronographes Omega de disposer d’un mouvement exclusif à la marque. Un pas essentiel pour le géant biennois.

Le nouvelle Speedmaster est équipée du premier mouvement chronographe maison. © Omega
Travail de fond également – mais à une tout autre échelle – chez Ulysse Nardin. Souvent en pointe en matière d’innovation, la marque indépendante a présenté son nouveau mouvement mécanique maison intégrant le premier échappement en DIAMonSIL, alliage de silicium et de diamant de synthèse permettant de supprimer toute lubrification. Ce nouveau calibre UN 118 est appelé à équiper à l’avenir de nombreux modèles de la marque locloise.
Ringards il y a quelques années, les modèles bicolores opèrent un retour en force. Ces montres mêlant l’acier et l’or sont à nouveau proposées dans de nombreuses collections. Assurément l’une des tendances du moment. Au-delà de l’évolution des goûts, c’est l’envolée des cours de l’or qui favorise ce retour en grâce. Une explosion des cours qui explique également la volonté de proposer des montres plus petites ou plus plates.
La plus compliquée du monde
Les privilégiés l’ont vu fonctionner, les autres attendront 2012. Breguet a levé le voile en toute discrétion sur celle qui devrait devenir la montre la plus compliquée du monde. Un titre détenu jusqu’ici presque naturellement par une montre de poche, mais que viendra lui ravir la montre-bracelet Classique Grande Complication Hommage à Nicolas G. Hayek. Ce concentré d’ingéniosité intégrera près de 2000 composants pour animer les 36 complications recensées. Cette montre sera présentée officiellement l’an prochain pour une commercialisation en 2013. Son prix n’est pas encore déterminé, mais il devrait dépasser les 2 millions de francs.
D’autres montres ont particulièrement marqué les esprits – parmi les dizaines de milliers de nouveautés présentées – à l’image de l’étonnante Opus Eleven de Harry Winston, réalisée cette année par Denis Giguet (MCT). La plus ludique? La 21 Blackjack de Christophe Claret. La plus poétique? Le modèle d’Hermès, Arceau, Le Temps Suspendu. La plus attendue? La nouvelle Explorer II de Rolex qui gagne 2mm de diamètre. Et cela suffit à créer l’événement.
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