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Lange & Sohne, Vulcain, Baume et mercier, Omega, Vacheron constantin

23.04.11, 06:10

DOSSIER - So classique

Parmi les milliers de nouveautés présentées lors des salons horlogers de Genève et de Bâle, quelques tendances fortes se dessinent. Place aux mouvements de fond et au long terme. Avec comme maîtres mots: sobriété, voyages, vintage, montres féminines mécaniques et mouvements « maisons ».

 

Bilan Luxe - Printemps 2011 

 

Michel Jeannot

 

Montres par Bilan l’avait déjà flairé l’an dernier et le fait est aujourd’hui avéré: l’extra-plat opère un retour remarqué sur le devant de la scène horlogère. L’époque est aux montres classiques, sobres, fines et élégantes. La crise est passée par là, le bling bling et le show-off sont rangés au placard. Loin de se tarir, la tendance aux montres plates et pures amorcée l’an dernier se renforcent cette année avec, pour corollaire, des dimensions moins généreuses. Les tailles, qui n’en finissaient plus de grossir depuis 10 ans, font un léger retour en arrière: on a perdu en moyenne 1 à 2 mm de diamètre. Le meilleur exemple de cette sagesse retrouvée est celui donné par Roger Dubuis, une marque en difficulté depuis quelques années, reprise par le groupe Richemont et qui a réalisé un travail de fond pour rendre son offre plus accessible et plus qualitative. Lancée en janvier, la première collection (La Monégasque) de cette nouvelle stratégie s’inscrit parfaitement dans l’air du temps: plus de sobriété et moins d’exubérance. Si elle touche pratiquement toute les marques, cette tendance pour des montres plus fines est également le fait de sociétés davantage reconnues pour leur garde-temps généreux, à l’instar d’Audemars Piguet ou de l’Allemand A. Lange & Söhne. Même Parmigiani a jugé cette année qu’une montre ronde classique était un incontournable de toute offre horlogère.

Pourquoi donc cette sagesse horlogère alors que les excentricités financières semblent de retour, que les bonus explosent à nouveau, que les bourses ont retrouvé des couleurs et que le secteur du luxe en profite de toute évidence déjà? La réponse tient dans les cycles de développement et de production horlogers particulièrement longs. Ainsi, il a fallu attendre l’année 2010 pour trouver en magasin la réponse des fabricants à la crise qui a violemment secoué l’économie mondiale dès l’automne 2008. Ainsi, les nouveautés présentées par les horlogers cette année relèvent encore de cette ambiance. Dans cette même perspective, il faudra sans doute attendre 2012 et 2013 pour retrouver des lancements plus en phase avec l’atmosphère optimiste qui prévaut aujourd’hui. A moins d’un violent retournement d’ici là...




Finesse et pureté pour cette Saxonia lancée par
A. Lange & Söhne © DR 

 

LE TEMPS DU VOYAGE

Ces cycles de production particulièrement étendus que connaît l’horlogerie favorisent les tendances lourdes et de fond. La mode qui prévaudrait une ou deux années seulement n’existe pas dans ce métier. C’est sur le plus long terme qu’il convient de décrypter ces mouvements, à l’instar de la seconde tendance qui ressort cette année : l’engouement pour les montres GMT, dites également montres à double (ou multi) fuseaux horaires. Complications parmi les plus utiles qui soient – avec le réveil qui pourrait également connaître à l’avenir un nouvel engouement - la fonction GMT, ou double fuseau horaire, répond naturellement à la mobilité accrue et à l’importance croissante du voyage dans la vie quotidienne. Pour preuve, il n’y a bientôt plus une marque qui ne propose en collection un modèle doté de cette complication. Et même les marques qui proposaient déjà des GMT dans leurs catalogues renouvellent régulièrement leur offre en la matière. Le SIHH de Genève – tenu en janvier dernier – l’a clairement démontré puisque plus de la moitié des exposants ont présenté un nouveau modèle GMT. A titre d’exemple, Vacheron Constantin revisite une emblématique complication liée au monde du voyage en présentant sa Patrimony Traditionnelle Heures du Monde, laquelle affiche l’heure des 37 fuseaux, demi-fuseaux et quarts de fuseaux horaires que comptent la planète. De son côté, poursuivant sa percée volontariste dans la haute horlogerie mécanique, Cartier lance cette année son modèle Calibre Multifuseaux tandis que Montblanc a développé un nouveau mouvement exclusif pour soutenir le lancement de sa nouvelle Star World-Time GMT Automatic.




Nouvelle complication chez Vacheron Constantin avec cette
Patrimony Traditionnelle Heures du Monde. © DR 



Si les modèles GMT évoquent la frénésie du voyage liée au monde contemporain, la nostalgie, à l’inverse, demeure une excellente carte qu’abattent avec régularité les designers horlogers. Comme si les produits des années 30, 50 ou 60 avaient des qualités esthétiques difficilement égalables aujourd’hui… La recette n’est certes pas nouvelle, mais la vague des montres vintage est en train de se transformer en tendance de fond. N’y aurait-il rien de plus rassurant qu’un bon vieux look d’antan, avec sa capacité à renforcer le caractère pérenne et légitime de la marque ? Baume & Mercier l’a bien compris, n’oubliant pas d’insuffler une pincée de cette composante nostalgique dans la complète redéfinition de la stratégie de la marque. Exercice réussi avec le nouveau chronographe Capeland bi-compteur avec tachymètre et télémètre directement inspiré d’un modèle Baume et Mercier de 1948. En ressortant sa collection Captain – inspirée d’un modèle de 1952 – Zenith entend également capitaliser sur son patrimoine. A l’image de Jaeger- LeCoultre qui célèbre cette année les 80 ans de sa fameuse Reverso et qui ressort pour l’occasion plusieurs versions directement inspirées des premiers modèles réversibles de 1931. Vulcain a également retravaillé l’un de ses garde-temps emblématiques des années 50 pour lancer sa 50s Presidents’ Watch intégrant le nouveau mouvement réveil automatique de la marque. Girard-Perregaux a même fait du passé des collections courantes (Vintage 1945, 1966) qui s’enrichissent tous les ans de nouveaux modèles d’inspiration ancienne. Et dès lors que nombre de sociétés ont trouvé dans ces rééditions de véritables motifs de satisfaction commerciale, le filon est de toute évidence loin d’être épuisé.

 


Vulcain revisite «la montre des présidents»
des années 50. © DR 





FEMME, FEMME, FEMME

Née de la nécessité de se donner bonne conscience à l’égard de la gent féminine, les montres mécaniques pour dames semblent enfin passer un cap significatif. La branche est assurément en train de passer de la proposition prétexte à la tendance durable. Alors qu’il était communément reconnu jusqu’à récemment que le segment de la montre mécanique féminine était un leurre, l’observateur attentif aura noté quelques signes démontrant que la donne est en train de radicalement changer. Certes la montre à quartz est plus pratique (elle ne nécessite pas de remise à l’heure après avoir été laissée au repos, ni de remontage, moins d’entretien « moteur » et un changement de pile tous les 4 ou 5 ans). Mais voilà, la montre à quartz est un ersatz de l’horlogerie, et il était temps de se dire que la femme pouvait aussi s’intéresser à autre chose qu’à la seule esthétique, mais à l’objet dans son entier et à cette mécanique ahurissante dans quelques centimètres carrés. Rolex, qui ne propose que des modèles mécaniques automatiques pour ses collections hommes et dames, a de longue date fait sienne cette philosophie.  Aujourd’hui, plusieurs autres marques leaders font le pari que ce qui plaît déjà aux femmes en Asie, à savoir la montre automatique – la connaissance de l’horlogerie est plus développée dans cette région du monde – va intéresser toujours davantage la femme dans le monde entier. A commencer par l’Europe et les Etats-Unis.

Patek Philippe avait fait un premier geste significatif à l’automne 2008 en destinant son premier véritable mouvement chronographe maison à la femme avec un modèle dont le nom sonnait déjà comme un programme: Ladies First Chronograph. Le succès paraît être au rendez-vous puisque l’on chuchote que la manufacture genevoise pourrait présenter à Baselworld cette année de nouvelles propositions mécaniques importantes pour compléter son offre féminine.

Dans le même esprit, Piaget présente cette année une montre Altiplano pour dames entièrement sertie et munie d’un mouvement mécanique. Preuve que même les pièces les plus joaillières peuvent battre aujourd’hui au rythme d’un mouvement mécanique. Autre signe qui ne trompe pas : Omega, l’un des acteurs majeurs de l’horlogerie suisse, a lancé en fin d’année dernière sa première collection exclusivement féminine (et qui ne soit pas une déclinaison féminisée d’un modèle masculin). Et pour cette grande première – évidemment stratégique – Omega a fait le choix d’équiper sa nouvelle Ladymatic d’un mouvement mécanique automatique. La tendance féminine et mécanique est en marche.




Omega a choisi de doter d’un mouvement mécanique ses
modèles  Ladymatic, première collection exclusivement
 féminine de la marque. © DR 


 

TOUT EST DANS LE MOUVEMENT

Le dernier trend à mettre en évidence tient plus de la vague de fond que de l’effet de mode surexposé. Lame souterraine mais fondamentale, elle est sans conteste la moins visible des tendances 2011, mais assurément la plus importante en regard du futur de l’horlogerie mécanique suisse. C’est l’avènement des mouvements mécaniques propres à chaque marque, conçus, développés et le plus souvent produits par chacun des différents acteurs.

Avoir son ou ses propres mouvements mécaniques devient aujourd’hui une condition pour exister dans l’univers de la haute horlogerie. Qu’il semble loin le temps – pourtant pas si éloigné – où la majorité des horlogers se fournissait en mouvements mécaniques chez ETA (Swatch Group) avec pour conséquence de ne se distinguer que par l’esthétique de la montre. L’information et un peu de transparence sont passés par là et ces pratiques sont toujours plus difficiles à justifier pour des marques se qualifiant de «haute horlogerie».

De fait, depuis cinq ans, le lancement de mouvements mécaniques «maison» s’est clairement accéléré et se poursuit à un rythme encore jamais atteint. Il est vrai que les intentions de Swatch Group de raréfier son offre conduisent les sociétés les plus responsables à trouver des alternatives, ne fut-ce au prix d’importants investissements. A l’image, d’IWC et de son nouveau calibre 59210 à remontage manuel équipant le modèle 8 Jours de sa collection Portofino entièrement dépoussiérée, un nombre impressionnant de marques présenteront en 2011 un nouveau mouvement mécanique maison conçu et développé par eux. Sachant que le développement et la mise au point d’un tel calibre exige de 18 à 36 mois et plusieurs millions d’investissement, on comprend mieux les enjeux sous-jacents. Preuve de cette nouvelle réalité devenue incontournable, même Omega, l’une des marques suisses les plus puissantes, adossée à l’un des groupes les plus influents, ne peut se permettre de faire l’économie de compléter sa gamme de mouvements «maison». Elle en a déjà présenté quelques uns ces dernières années, mais lancée à la poursuite de Rolex, qui dispose de son propre mouvement chronographe depuis plus de 10 ans, Omega devrait dévoiler à Baselworld son premier mouvement chronographe exclusif. Plus qu’un signe, une évidente déclaration d’intentions!

 

 

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